LE SANG DE MÉDUSE.

M. Sébastien-Charles Leconte est un noble poète; il ne raconte pas son

âme comme Mme Delarue-Mardrus; il ne dit pas son pays et ses souvenirs

d'enfance comme M. Fabié, et comme M. Halleux, il ne s'attarde à mettre

en sonnets les jolis gestes de la bécassine et de la caille. A l'exemple

de Leconte de Lisle et de M. de Heredia, il dédaigne la flûte de Pan et

même la guitare; il ne manie que la lyre antique. Ses oeuvres

antérieures, comme le _Bouclier d'Ares_, avaient conquis, parmi les purs

stylistes et parmi les purs parnassiens, de nombreuses admirations.

Personne, aussi bien que M. Leconte, avec plus de vigueur et plus

d'éclat, ne sait ressusciter les vieux mythes et les vieilles légendes.

Nous lisons, avec les yeux, les autres poètes: ici la voix se met

fatalement de la partie. Impossible de ne pas déclamer, par exemple,

_Pâris de Troie:_

Dans la nuit violette étincelante et d'or

Dont le sang lumineux ruisselle sur la plaine,

Au faîte du palais du vieux Priam, Hélène,

Que les astres font plus surnaturelle encor,

Admire, sommeillant sur sa couche d'ivoire,

Pâris Alexandros, semblable aux Immortels...

Le _Sang de Méduse_ est une oeuvre d'où l'intimité est bannie, où le ton

peut-être est un peu trop soutenu, mais la plupart du temps, d'une

farouche beauté.

L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905 · 第 29 / 33 题