POÉSIES DE FRANÇOIS FABIÉ.

L'oeuvre poétique de M. François Fabié était disséminée dans plusieurs

volumes, aujourd'hui épuisés. La voici tout entière avec l'adjonction de

plus de cent pages nouvelles dans la _Petite Bibliothèque littéraire_ de

Lemerre. Dans les heures de loisir que lui a laissées l'enseignement, M.

Fabié, d'une voix vibrante, a célébré son pays du Rouergue, le clocher

de Rodez, aperçu de vingt lieues. Il s'est attaché presque uniquement à

dire les beautés de ses montagnes, et le moulin natal, et les choses

familières à son enfance:

Toi qui remets à neuf ce logis en ruine,

Si le coeur des anciens habite en ta poitrine.

Jeune homme, et si leur but est encore le tien,

Rends au lit paternel sa place coutumière,

Près de l'âtre, dans la chaleur et la lumière,

Sous le grand symbole chrétien...

Sur l'oreiller commun aux jumelles empreintes

Porte tous tes espoirs, tes bonheurs et tes craintes;

Qu'il soit ton confident, qu'il soit ton conseiller;

Les âmes des aïeux y reviennent sans doute,

Et l'oreille entend bien, si le coeur les écoute,

Ceux qui sur nous doivent veiller.

Enfin, sous ces rideaux fanés peints de ramages,

Sous ce ciel enfumé, ce buis et ces images

Que tant d'yeux à jamais éteints ont contemplés,

Croise tes bras un soir, quand le soleil trépasse,

A l'heure où l'Angélus fait prier à voix basse

Les hommes, les bois et les blés,

Et meurs paisiblement au lit de tes ancêtres,

Après un long regard d'amour à tous les êtres

Qui t'aimèrent: enfants, bêtes, coteaux, forêts;

Après le geste qui bénit et fait l'épreuve

Moins douloureuse au coeur des fils et de la veuve,

Plus doux et plus longs leurs regrets.

Ce qui domine dans le chantre de la Bretagne, Brizeux, c'est le rêve et

la douceur. Sa Marie, en coiffe de lin, est une silencieuse et discrète

apparition. Montagnard, avoisinant le Midi, M. Fabié a des accents plus

aigus; c'est un mode plus élevé et plus âpre qu'il a adopté; il y a

quelque chose de la rudesse de là-bas, mêlée à un peu de soleil ardent

dans sa phrase, et aussi beaucoup de l'éloquence romaine. Lisez le

_Concours de labourage_, où le tour est oratoire:

A qui la palme? A toi, laboureur lent et grave

Des Causses infinis, héritier des Romains,

Qui n'as lorsque la pierre ou la souche t'entrave

Qu'à peser sur le manche avec tes fortes mains?

Ou bien à toi, fils brun des verts pays de seigle,

Maigre et vif, tout esprit et tout nerfs, qui bondis

Quand s'arrêtent tes boeufs et, poussant des cris d'aigle

Piques rageusement leurs beaux flancs alourdis?

Non, mais à toi plutôt, chanteur, âme sereine,

Barde rustique à qui les vieux airs sont connus,

Qui n'as pas d'aiguillon à ta gaule de frêne,

Et dans le sillon frais marches doux et pieds nus...

C'est un vrai fils du Rouergue que M. Fabié. Il a le timbre éclatant des

laboureurs, ses compatriotes, qui, rentrant le soir avec les chars et

les troupeaux, envoient, à une lieue, leur chanson, leur adieu au jour

finissant.

L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905 · 第 27 / 33 题