LA FIÈVRE JAUNE ET LES MOUSTIQUES.

Jusqu'à ces temps derniers, les épidémies de fièvre jaune et surtout

leur propagation hors des foyers d'origine avaient des allures

capricieuses, qui défiaient toute explication satisfaisante. On sait

aujourd'hui que cette maladie, comme la malaria, est transmise par les

piqûres d'un moustique particulier, le _stegomya;_ et maintenant, tout

est devenu clair dans le mystère de la contagion de la fièvre jaune.

Et d'abord, il y a des pays où jamais on n'a constaté d'épidémie de

fièvre jaune: la France, l'Angleterre, l'Autriche; ce sont les pays où

le _stegomya_ n'existe pas. Au contraire, en Espagne, en Portugal, en

Italie, où existe le _stegomya_, on a fréquemment observé la fièvre

jaune. D'un autre côté, nous assistons à ce phénomène inattendu, que la

fièvre jaune disparaît presque en Europe, sans qu'on ait eu à prendre

contre elle des mesures de défense sanitaire. Et cependant, le nombre et

la rapidité des communications avec les pays contaminés ont augmenté

dans des proportions considérables.

Voici comment M. Chantemesse a expliqué ce fait surprenant devant

l'Académie de médecine. Dans l'antiquité jusqu'en 1856, tous les navires

étaient en bois; de 1856 à 1870, les vapeurs seuls sont en fer; à partir

de 1870, tous les vapeurs et l'immense majorité des voiliers sont en

fer. Le résultat de ce changement des matériaux de construction a été

l'étanchéité du navire et de sa cale en particulier. Or, la cale des

navires en bois était constamment remplie d'un mélange d'eau douce et

d'eau salée qui lui avait mérité, de la part des hygiénistes, le nom de

_marais nautique_. Avec les cales sèches, plus de moustiques, partant

plus de fièvre jaune possible, à l'arrivée des bateaux dans les ports

européens.

L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905 · 第 20 / 33 题