COMPOSÉ DE 46 ARTICLES.

1. MENG-TSEU dit: Celui qui développe toutes les facultés de son

principe pensant connaît sa nature rationnelle; une fois que l'on

connaît sa nature rationnelle, alors on connaît le ciel[1].

Conserver son principe pensant, alimenter sa nature rationnelle, c'est

en agissant ainsi que l'on se conforme aux intentions du ciel.

Ne pas considérer différemment une vie longue et une vie courte;

s'efforcer d'améliorer sa personne en attendant l'une ou l'autre, c'est

en agissant ainsi que l'on constitue le mandat que l'on a reçu du ciel

[ou que l'on accomplit sa destinée].

2. MENG-TSEU dit: Il n'arrive rien sans qu'il ne soit décrété par

le ciel. Il faut accepter avec soumission ses justes décrets. C'est

pourquoi celui qui connaît les justes décrets du ciel ne se placera pas

sous un mur qui menace ruine.

Celui qui meurt après avoir pratiqué dans tous ses points la loi du

devoir, la règle de conduite morale qui est en nous, accomplit le

juste décret du ciel. Celui qui meurt dans les entraves imposées aux

criminels n'accomplit pas le juste décret du ciel.

3. MENG-TSEU dit: Cherchez, et alors vous trouverez; négligez tout, et

alors vous perdrez tout. C'est ainsi que chercher sert à trouver ou

obtenir, si nous cherchons les choses qui sont en nous[2].

Il y a une règle, un principe sûr pour faire ses recherches; il y a une

loi fatale dans l'acquisition de ce que l'on cherche. C'est ainsi que

chercher ne sert pas à obtenir, si nous cherchons des choses qui sont

hors de nous[3].

4. MENG-TSEU dit: Toutes les actions de la vie ont en nous[4] leur

principe ou leur raison d'être. Si, après avoir fait un retour sur

soi-même, on les trouve parfaitement vraies, parfaitement conformes à

notre nature, il n'y a point de satisfaction plus grande.

Si on fait tous ses efforts pour agir envers les autres comme on

voudrait les voir agir envers nous, rien ne fait plus approcher de

l'humanité, lorsqu'on la cherche, que cette conduite.

5. MENG-TSEU dit: Oh! qu'ils sont nombreux ceux qui agissent sans avoir

l'intelligence de leurs actions; qui étudient sans comprendre ce qu'ils

étudient; qui, jusqu'à la fin de leurs jours, marchent sans connaître

la droite voie!

6. MENG-TSEU dit: L'homme ne peut pas ne point rougir de ses fautes. Si

une fois il a honte de ne pas avoir eu honte de ses fautes, il n'aura

plus de motifs de honte.

7. MENG-TSEU dit: La pudeur ou la honte est d'une très-grande

importance dans l'homme.

Ceux qui exercent les arts de ruses et de fourberies n'éprouvent plus

le sentiment de la honte. Ceux qui n'éprouvent plus le sentiment de

la honte ne sont plus semblables aux autres hommes. En quoi leur

ressembleraient-ils?

8. MENG-TSEU dit: Les sages rois de l'antiquité aimaient la vertu

et oubliaient leur autorité. Les sages lettrés de l'antiquité

auraient-ils agi seuls d'une manière contraire? Ils se plaisaient à

suivre leur droite voie, et ils oubliaient l'autorité des hommes[5].

C'est pourquoi, si les rois et les _Koung_ ou grands vassaux ne leur

témoignaient pas des sentiments de respect, s'ils n'observaient pas

envers eux toutes les règles de la politesse et de l'urbanité, alors

souvent ces princes n'obtenaient pas la faculté de les voir. Par

conséquent, si souvent ils n'obtenaient pas la faculté de les voir, à

plus forte raison n'auraient-ils pas obtenu d'en faire leurs agents ou

leurs sujets.

9. MENG-TSEU, s'adressant à _Soung-keou-tsian_, dit: Aimez-vous à

voyager pour enseigner vos doctrines? moi je vous enseignerai à voyager

ainsi.

Si les hommes [les princes] auxquels vous enseignez vos doctrines en

prennent connaissance et les pratiquent, conservez un visage tranquille

et serein; s'ils ne veulent ni les connaître ni les pratiquer,

conservez également un visage tranquille et serein.

_Soung-keou-tsian_ dit: Comment faire pour conserver toujours ainsi un

visage tranquille et serein.

MENG-TSEU dit: Si vous avez à vous honorer de votre vertu, si vous avez

à vous réjouir de votre équité, alors vous pourrez conserver un visage

tranquille et serein.

C'est pourquoi si le lettré [ou l'homme distingué par sa sagesse et ses

lumières] se trouve accablé par la misère, il ne perd jamais de vue

l'équité; et s'il est promu aux honneurs, il ne s'écarte jamais de la

voie droite.

«S'il se trouve accablé par la misère, il ne perd jamais de vue

l'équité;» c'est pourquoi l'homme distingué par sa sagesse et ses

lumières possède toujours l'empire qu'il doit avoir sur lui-même. «S'il

est promu aux honneurs, il ne s'écarte jamais de sa voie droite;» c'est

pourquoi le peuple ne perd pas les espérances de bien-être qu'il avait

conçues de son élévation.

Si les hommes de l'antiquité[6] obtenaient la réalisation de leurs

desseins, ils faisaient participer le peuple aux bienfaits de la

vertu et de l'équité. S'ils n'obtenaient pas la réalisation de leurs

desseins, ils s'efforçaient d'améliorer leur propre personne, et de se

rendre illustres dans leur siècle par leurs vertus. S'ils étaient dans

la pauvreté, alors ils ne s'occupaient qu'à améliorer leur personne

par la pratique de la vertu. S'ils étaient promus aux honneurs ou aux

emplois, alors ils ne s'occupaient qu'à faire régner la vertu et la

félicité dans tout l'empire.

10. MENG-TSEU dit: Ceux qui attendent l'apparition d'un roi comme

_Wen-wang_ pour secouer la torpeur de leur âme et se produire dans

la pratique du bien, ceux-là sont des hommes vulgaires. Les hommes

distingués par leur sagesse et leurs lumières n'attendent pas

l'apparition d'un _Wen-wang_ pour se produire.

11. MENG-TSEU dit: Si vous donnez à un homme toutes les richesses et

la puissance des familles de _Han_ et de _Weï_, et qu'il se considère

toujours avec la même humilité qu'auparavant, alors cet homme dépasse

de beaucoup les autres hommes.

12. MENG-TSEU dit: Si un prince ordonne au peuple des travaux dans le

but de lui procurer un bien-être à lui-même, quand même ces travaux

seraient très-pénibles, il ne murmurera pas. Si, dans le but de

conserver la vie aux autres, il fait périr quelques hommes du peuple,

quand même celui-ci verrait mourir quelques-uns des siens, il ne

s'irritera pas contre celui qui aura ordonné leur mort.

13. MENG-TSEU dit: Les peuples ou les sujets des chefs des grands

vassaux sont contents et joyeux; les sujets des rois souverains sont

pleins de joie et de satisfaction[7].

Quoique le prince fasse faire quelques exécutions [nécessaires], le

peuple ne s'en irrite pas; quoiqu'il lui procure des avantages, il n'en

sent pas le mérite. Le peuple chaque jour fait des progrès dans le

bien, et il ne sait pas qui les lui fait faire.

[Au contraire] partout où le sage souverain se transporte, le peuple

se convertit au bien; partout où il réside, il agit comme les esprits

[d'une manière occulte]. L'influence de sa vertu se répand partout en

haut et en bas comme celle du ciel et de la terre. Comment dira-t-on

que ce sont là de petits bienfaits [tels que ceux que peuvent conférer

les petits princes]?

14. MENG-TSEU dit: Les paroles d'humanité ne pénètrent pas si

profondément dans le cœur de l'homme qu'un renom d'humanité; on

n'obtient pas aussi bien l'affection du peuple par un bon régime, une

bonne administration et de bonnes lois, que par de bons enseignements

et de bons exemples de vertu.

Le peuple craint de bonnes lois, une bonne administration; le peuple

aime de bons enseignements, de bons exemples de vertu. Par de bonnes

lois, une bonne administration, on obtient de bons revenus [ou impôts]

du peuple; par de bons enseignements, de bons exemples de vertu, on

obtient le cœur du peuple.

15. MENG-TSEU dit: Ce que l'homme peut faire sans études est le

produit de ses facultés naturelles[8]; ce qu'il connaît sans y avoir

longtemps réfléchi, sans l'avoir médité, est le produit de sa science

naturelle[9].

Il n'est aucun enfant de trois ans qui ne sache aimer ses parents;

ayant atteint l'âge de cinq ou six ans, il n'en est aucun qui ne sache

avoir des égards pour son frère aîné. Aimer ses parents d'un amour

filial, c'est de la tendresse; avoir des égards pour son frère aîné,

c'est de l'équité. Aucune autre cause n'a fait pénétrer ces sentiments

dans les cœurs de tous les habitants de l'empire.

16. MENG-TSEU dit: Lorsque _Chun_ habitait dans les retraites profondes

d'une montagne reculée, au milieu des rochers et des forêts; qu'il

passait ses jours avec des cerfs et des sangliers, il différait bien

peu des autres hommes rustiques qui habitaient les retraites profondes

de cette montagne reculée. Mais lui, lorsqu'il avait entendu une parole

vertueuse, une parole de bien, ou qu'il avait été témoin d'une action

vertueuse, il sentait bouillonner dans son sein les nobles passions du

bien, comme les ondes des grands fleuves _Kiang_ et _Ho_, après avoir

rompu leurs digues, se précipitent dans les abîmes sans qu'aucune force

humaine puisse les contenir!

17. MENG-TSEU dit: Ne faites pas ce que vous ne devez pas faire [comme

étant contraire à la raison][10]; ne désirez pas ce que vous ne devez

pas désirer. Si vous agissez ainsi, vous avez accompli votre devoir.

18. MENG-TSEU dit: L'homme qui possède la sagacité de la vertu et la

prudence de l'art, le doit toujours aux malheurs et aux afflictions

qu'il a éprouvés.

Ce sont surtout les ministres orphelins [ou qui sont les fils de

leurs propres œuvres] et les enfants naturels[11] qui maintiennent

soigneusement toutes les facultés de leur âme dans les circonstances

difficiles, et qui mesurent leurs peines jusque dans les profondeurs

les plus cuisantes. C'est pourquoi ils sont pénétrants.

19. MENG-TSEU dit: Il y a des hommes qui dans le service de leur prince

[comme ministres] ne s'occupent uniquement que de lui plaire et de le

rendre satisfait d'eux-mêmes.

Il y a des ministres qui ne s'occupent que de procurer de la

tranquillité et du bien-être à l'Etat; cette tranquillité et ce

bien-être seuls les rendent heureux et satisfaits.

Il y a un peuple qui est le peuple du ciel[12], et qui, s'il est appelé

à remplir les fonctions publiques, les accepte pour faire le bien, s'il

juge qu'il peut le faire.

Il y a de grands hommes, d'une vertu accomplie, qui, par la rectitude

qu'ils impriment à toutes leurs actions, rendent tout ce qui les

approche [prince et peuple] juste et droit.

20. MENG-TSEU dit: L'homme supérieur éprouve trois contentements; et le

gouvernement de l'empire comme souverain n'y est pas compris.

Avoir son père et sa mère encore subsistants, sans qu'aucune cause de

trouble et de dissension existe entre le frère aîné et le frère cadet,

est le premier de ces contentements.

N'avoir à rougir ni en face du ciel ni en face des hommes est le second

de ces contentements.

Être assez heureux pour rencontrer parmi les hommes de sa génération

des hommes de talents et de vertus dont on puisse augmenter les

vertus et les talents par ses instructions, est le troisième de ces

contentements.

Voilà les trois contentements de l'homme supérieur; et le gouvernement

de l'empire comme souverain n'y est pas compris.

21. MENG-TSEU dit: L'homme supérieur désire un ample territoire et

un peuple nombreux; mais il ne trouve pas là un véritable sujet de

contentement.

L'homme supérieur se complaît, en demeurant dans l'empire, à pacifier

et rendre stables les populations situées entre les quatre mers; mais

ce qui constitue sa nature n'est pas là.

Ce qui constitue la nature de l'homme supérieur n'est pas augmenté

par un grand développement d'action, n'est pas diminué par un long

séjour dans l'état de pauvreté et de dénûment, parce que la portion [de

substance rationnelle qu'il a reçue du ciel][14] est fixe et immuable.

Ce qui constitue la nature de l'homme supérieur: l'humanité, l'équité,

l'urbanité, la prudence, ont leur fondement dans le cœur [ou le

principe pensant]. Ces attributs de notre nature se produisent dans

l'attitude, apparaissent dans les traits du visage, couvrent les

épaules et se répandent dans les quatre membres; les quatre membres les

comprennent sans les enseignements de la parole.

22. MENG-TSEU dit: Lorsque _Pe-i_[15], fuyant la tyrannie de

_Cheou_-(_sin_), habitait les bords de la mer septentrionale, il

apprit l'élévation de _Wen-wang_[16]; et se levant avec émotion il

dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre à lui? J'ai entendu dire

que le chef des grands vassaux de l'occident excellait dans la vertu

d'entrenir les vieillards.

Lorsque _Taï-kong_, fuyant la tyrannie de _Cheou-(sin),_ habitait les

bords de la mer orientale, il apprit l'élévation de _Wen-wang_; et,

se levant avec émotion, il dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre

à lui? J'ai entendu dire que le chef des grands vassaux de l'occident

excellait dans la vertu d'entretenir les vieillards.

S'il se trouve dans l'empire un homme qui ait la vertu d'entretenir

les vieillards, alors tous les hommes pleins d'humanité s'empresseront

d'aller se soumettre à lui.

Si dans une habitation de cinq arpents de terre vous plantez des

mûriers au pied des murs, et que la femme de ménage élève des vers à

soie, alors les vieillards pourront se couvrir de vêtements de soie;

si vous nourrissez cinq poules et deux porcs femelles, et que vous

ne négligiez pas les saisons [de l'incubation et de la conception],

alors les vieillards pourront ne pas manquer de viande. Si un simple

particulier cultive un champ de cent arpents, une famille de huit

bouches pourra ne pas souffrir de la faim.

Ces expressions [des deux vieillards], _le chef des vassaux de

l'occident excelle dans la vertu d'entretenir les vieillards_,

signifiaient qu'il savait constituer à chacun une propriété privée

composée d'un champ [de cent arpents][17] et d'une habitation [de

cinq][18]; qu'il savait enseigner aux populations l'art de planter [des

mûriers] et de nourrir [des poules et des pourceaux]; qu'en dirigeant

par l'exemple les femmes et les enfants, il les mettait à même de

nourrir et d'entretenir leurs vieillards. Si les personnes âgées de

cinquante ans manquent de vêtements de soie, leurs membres ne seront

pas réchauffés. Si les septuagénaires manquent de viande pour aliments,

ils ne seront pas bien nourris. N'avoir pas ses membres réchauffés [par

ses vêtements], et ne pas être bien nourri, cela s'appelle avoir froid

et faim. Parmi les populations soumises à _Wen-wang_, il n'y avait

point de vieillards souffrants du froid et de la faim. C'est ce que les

expressions citées précédemment veulent dire.

23. MENG-TSEU dit: Si l'on gouverne les populations de manière à ce

que leurs champs soient bien cultivés; si on allége les impôts [en

n'exigeant que le dixième du produit][19], le peuple pourra acquérir de

l'aisance et du bien-être.

S'il prend ses aliments aux heures du jour convenables[20], et qu'il

ne dépasse ses revenus que selon les rites prescrits, ses revenus ne

seront pas dépassés par sa consommation.

Si le peuple est privé de l'eau et du feu, il ne peut vivre. Si pendant

la nuit obscure un voyageur frappe à la porte de quelqu'un pour

demander de l'eau et du feu, il ne se trouvera personne qui ne les

lui donne, parce que ces choses sont partout en quantité suffisante.

Pendant que les saints hommes gouvernaient l'empire, ils faisaient en

sorte que les pois et autres légumes de cette espèce, ainsi que le

millet, fussent aussi abondants que l'eau et le feu. Les légumes et

le millet étant aussi abondants que l'eau et le feu parmi le peuple,

comment s'y trouverait-il des hommes injustes et inhumains?

24. MENG-TSEU dit: Lorsque KHOUNG-TSEU gravissait la montagne

_Toung-chan_, le royaume de _Lou_ lui paraissait bien petit; lorsqu'il

gravissait la montagne _Taï-chan_[21], l'empire lui-même lui

paraissait bien petit.

C'est ainsi que, pour celui qui a vu les mers, les eaux des rivières

et même des fleuves peuvent à peine être considérées comme des eaux;

et pour celui qui a passé par la porte des saints hommes [qui a été à

leur école], les paroles ou les instructions des autres hommes peuvent

à peine être considérées comme des instructions.

Il y a un art de considérer les eaux: on doit les observer dans leurs

courants et lorsqu'elles s'échappent de leur source. Quand le soleil et

la lune brillent de tout leur éclat, leurs reflets les font scintiller

dans leurs profondes cavités.

L'eau courante est un élément de telle nature, que si on ne la dirige

pas vers les fossés ou les réservoirs [dans lesquels on veut la

conduire], elle ne s'y écoule pas. Il en est de même de la volonté de

l'homme supérieur appliquée à la pratique de la droite raison: s'il ne

lui donne pas son complet développement, il n'arrivera pas au suprême

degré de sainteté.

25. MENG-TSEU dit: Celui qui, se levant au chant du coq, pratique la

vertu avec la plus grande diligence, est un disciple de _Chun._

Celui qui, se levant au chant du coq, s'occupe du gain avec la plus

grande diligence, est un disciple du voleur _Tché._

Si vous voulez connaître la différence qu'il y a entre l'empereur

_Chun_ et le voleur _Tché_, elle n'est pas ailleurs que dans

l'intervalle qui sépare le gain de la vertu.

26. MENG-TSEU dit: _Yang-tseu_ fait son unique étude de l'intérêt

personnel, de l'amour de soi. Devrait-il arracher un cheveu de sa tête

pour procurer quelque avantage public à l'empire, il ne l'arracherait

pas.

_Me-tseu_ aime tout le monde; si en abaissant sa tête jusqu'à ses

talons il pouvait procurer quelque avantage public à l'empire, il le

ferait.

_Tseu-mo_ tenait le milieu. Tenir le milieu, c'est approcher beaucoup

de la droite raison. Mais tenir le milieu sans avoir de point fixe [tel

que la tige d'une balance], c'est comme si l'on ne tenait qu'un côté.

Ce qui fait que l'on déteste ceux qui ne tiennent qu'un côté, ou qui

suivent une voie extrême, c'est qu'ils blessent la droite raison; et

que pendant qu'ils s'occupent d'une chose, ils en négligent ou en

perdent cent.

27. MENG-TSEU dit: Celui qui a faim trouve tout mets agréable; celui

qui a soif trouve toute boisson agréable: alors l'un et l'autre n'ont

pas le sens du goût dans son état normal, parce que la faim et la soif

le dénaturent. N'y aurait-il que la bouche et le ventre qui fussent

sujets aux funestes influences de la faim et de la soif? Le cœur de

l'homme a aussi tous ces inconvénients.

Si les hommes pouvaient se soustraire aux funestes influences de

la faim et de la soif, et ne pas dénaturer leur cœur, alors ils ne

s'affligeraient pas de ne pouvoir atteindre à la vertu des hommes

supérieurs à eux par leur sainteté et leur sagesse.

28. MENG-TSEU dit: _Lieou-hia-hoeï_ n'aurait pas échangé son sort

contre celui des trois premiers grands dignitaires de l'empire[22].

29. MENG-TSEU dit: Celui qui s'applique à faire une chose est comme

celui qui creuse un puits. Si, après avoir creusé un puits jusqu'à

soixante et douze pieds, on ne va pas jusqu'à la source, on est dans le

même cas que si on l'avait abandonné.

30. MENG-TSEU dit: _Yao_ et _Chun_ furent doués d'une nature parfaite;

_Thang_ et _Wou_ s'incorporèrent ou perfectionnèrent la leur par leurs

propres efforts; les cinq princes chefs des grands vassaux n'en eurent

qu'une fausse apparence.

Ayant eu longtemps cette fausse apparence d'une nature accomplie, et

n'ayant fait aucun retour vers la droiture, comment auraient-ils su

qu'ils ne la possédaient pas?

31. _Koung-sun-tcheou_ dit: _Y-yin_ disait: «Moi je n'ai pas l'habitude

de visiter souvent ceux qui ne sont pas dociles [aux préceptes de

la raison].» Il relégua _Thaï-kia_ dans le palais où était élevé le

tombeau de son père, et le peuple en fut très-satisfait. _Thaï-kia_

s'étant corrigé, il le fit revenir à la cour, et le peuple en éprouva

une grande joie.

Lorsqu'un sage est ministre de quelque prince, si ce prince n'est pas

sage [ou n'est pas docile aux conseils de la raison][23], peut-il, à

l'exemple de _Y-yin_, le reléguer loin du siége du gouvernement?

MENG-TSEU dit: S'il a les intentions de _Y-yin_ [c'est-à-dire son

amour du bien public][24], il le peut; s'il n'a pas les intentions de

_Y-yin_, c'est un usurpateur.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 254 / 266 题