COMPOSÉ DE 33 ARTICLES.

1. MENG-TSEU dit: _Chun_ naquit à _Tchou-foung_[1], il passa à

_Fou-hia_, et mourut à _Ming-thiao_; c'était un homme des provinces les

plus éloignées de l'orient.

_Wen-wang_ naquit à _Khi-tcheou_, et mourut à _Pi-yng;_ c'était un

homme des provinces les plus éloignées de l'occident.

La distance respective de ces deux régions est de plus de mille _li_

[cent lieues]; l'espace compris entre les deux époques [où naquirent

ces deux grands rois] est de plus de mille années. Ils obtinrent tous

deux d'accomplir leurs desseins dans le royaume du milieu avec la même

facilité que se réunissent les deux parties des tablettes du sceau

royal.

Les principes de conduite des premiers saints et des saints qui leur

ont succédé sont les mêmes.

2. Lorsque _Tseu-tchan_ présidait à l'administration du royaume de

_Tching_, il prit un homme sur son propre char pour lui faire traverser

les rivières _Tsin_ et _Veï_.

MENG-TSEU dit: Il était obligeant et compatissant, mais il ne savait

pas bien administrer.

Si chaque année, au onzième mois, les ponts qui servent aux piétons

étaient construits; si au douzième mois les ponts qui servent aux chars

étaient aussi construits, le peuple n'aurait pas besoin de se mettre en

peine pour passer à gué les fleuves et les rivières.

Si l'homme qui administre un Etat porte l'équité et la justice dans

toutes les parties de son administration, il peut [sans qu'on l'en

blâme] éloigner de lui la foule qui se trouverait sur son passage.

Comment pourrait-il faire passer l'eau à tous les hommes qu'il

rencontrerait?

C'est pourquoi celui qui administre un Etat, s'il voulait procurer un

tel plaisir à chaque individu en particulier, le jour ne lui suffirait

pas[2].

3. MENG-TSEU s'adressant à _Siouan-wang_, roi de _Thsi_, lui dit: Si le

prince regarde ses ministres comme ses mains et ses pieds, alors les

ministres regarderont le prince comme leurs viscères et leur cœur; si

le prince regarde ses ministres comme les chiens ou les chevaux [de ses

écuries], alors les ministres regarderont le prince comme un homme du

vulgaire; si le prince regarde ses ministres comme l'herbe qu'il foule

aux pieds, alors les ministres regarderont le prince comme un voleur et

un ennemi.

Le roi dit: On lit dans le _Livre des Rites_: [Un ministre qui

abandonne le royaume qu'il gouvernait] porte [trois mois] un habit de

deuil en mémoire du prince qu'il a servi. Comment un prince doit-il se

conduire pour qu'un ministre porte ainsi le deuil après l'avoir quitté?

MENG-TSEU répondit: Il exécute ses avis et ses conseils; il écoute

ses remontrances; il fait descendre ses bienfaits parmi le peuple.

Si, par une cause quelconque, son ministre le quitte, alors le prince

envoie des hommes pour l'escorter jusqu'au delà des frontières de

son royaume; en outre, il le précède, [par ses bons offices] près

du nouveau prince chez lequel l'ancien ministre a l'intention de se

rendre. Si, après son départ, il s'écoule trois années sans qu'il

revienne, alors il prend ses champs et sa maison [pour lui en conserver

les revenus]. C'est là ce que l'on appelle avoir trois fois accompli

les rites. S'il agit ainsi, son ministre, à cause de lui, se revêtira

de ses habits de deuil.

Maintenant, si le prince n'exécute pas les avis et les conseils de

son ministre; s'il n'écoute pas ses remontrances; s'il ne fait pas

descendre ses bienfaits parmi le peuple; si, par une cause quelconque,

son ministre venant à le quitter, il le maltraite et le retient par

force auprès de lui; qu'en outre il le réduise à la plus extrême misère

dans le lieu où il s'est retiré; si le jour même de son départ il se

saisit de ses champs et de sa maison: c'est là ce que l'on appelle

agir en _voleur_ et en _ennemi_. Comment ce ministre [ainsi traité]

porterait-il le deuil d'un _voleur_ et d'un _ennemi?_

4. MENG-TSEU dit: Si, sans qu'ils se soient rendus coupables de

quelques crimes, le prince met à mort les lettrés, alors les premiers

fonctionnaires peuvent quitter le royaume. Si, sans qu'il se soit rendu

coupable de quelques crimes, le prince opprime le peuple, alors les

lettrés peuvent quitter le royaume.

5. MENG-TSEU dit: Si le prince est humain, personne ne sera inhumain;

si le prince est juste, personne ne sera injuste.

6. MENG-TSEU dit: Le grand homme ne pratique pas une urbanité qui

manque d'urbanité, ni une équité qui manque d'équité.

7. MENG-TSEU dit: Les hommes qui tiennent constamment le milieu

nourrissent ceux qui ne le tiennent pas; les hommes de capacité et de

talents nourrissent ceux qui n'en ont pas. C'est pourquoi les hommes

se réjouissent d'avoir un père et un frère aîné doués de sagesse et de

vertu.

Si les hommes qui tiennent constamment le milieu abandonnent ceux qui

ne le tiennent pas; si les hommes de capacité et de talents abandonnent

ceux qui n'en ont pas, alors la distance entre le sage et l'insensé ne

sera pas de l'épaisseur d'un pouce [la différence entre eux ne sera pas

grande].

8. MENG-TSEU dit: Il faut que les hommes sachent ce qu'ils ne doivent

pas pratiquer, pour pouvoir ensuite pratiquer ce qui convient.

9. MENG-TSEU dit: Si l'on raconte les actions vicieuses des hommes,

comment faire pour éviter les chagrins que l'on se prépare?

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 237 / 266 题