Le Philosophe dit: Suivez la division des temps de la dynastie _Hia_.
Montez les chars de la dynastie _Yn_; portez les bonnets de la dynastie
_Tcheou_. Quant à la musique, adoptez les airs _chaô-woû_ [de _Chun_].
Rejetez les modulations de _Tching_; éloignez de vous les flatteurs.
Les modulations de _Tching_ sont licencieuses; les flatteurs sont
dangereux.
11. Le Philosophe dit: L'homme qui ne médite ou ne prévoit pas les
choses éloignées doit éprouver un chagrin prochain.
12. Le Philosophe dit: Hélas! je n'ai encore vu personne qui aimât la
vertu comme on aime la beauté corporelle[34].
13. Le Philosophe dit: _Tsang-wen-tchoung_ n'était-il pas un secret
accapareur d'emplois publics? Il connaissait la sagesse et les talents
de _Lieou-hia-hoeï_, et il ne voulut point qu'il put siéger avec lui à
la cour.
14. Le Philosophe dit: Soyez sévères envers vous-mêmes et indulgents
envers les autres, alors vous éloignerez de vous les ressentiments.
15. Le Philosophe dit: Si un homme ne dit point souvent en lui-même:
Comment ferai-je ceci? comment éviterai-je cela? comment, moi,
pourrais-je lui dire: Ne faites pas ceci, évitez cela? C'en est fait de
lui.
16. Le Philosophe dit: Quand une multitude de personnes se trouvent
ensemble pendant toute une journée, leurs paroles ne sont pas toutes
celles de l'équité et de la justice; elles aiment à ne s'occuper que de
choses vulgaires et pleines de ruses. Qu'il leur est difficile de faire
le bien!
17. Le Philosophe dit: L'homme supérieur fait de l'équité et de la
justice la base de toutes ses actions; les rites forment la règle de
sa conduite; la déférence et la modestie le dirigent au dehors; la
sincérité et la fidélité lui servent d'accomplissements. N'est-ce pas
un homme supérieur?
18. Le Philosophe dit: L'homme supérieur s'afflige de son impuissance
[à faire tout le bien qu'il désire]; il ne s'afflige pas d'être ignoré
et méconnu des hommes.
19. Le Philosophe dit: L'homme supérieur regrette de voir sa vie
s'écouler sans laisser après lui des actions dignes d'éloges.
20. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne demande rien qu'à lui-même;
l'homme vulgaire et sans mérite demande tout aux autres.
21. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est ferme dans ses
résolutions, sans avoir de différends avec personne; il vit en paix
avec la foule, sans être de la foule.
22. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne donne pas de l'élévation
à un homme pour ses paroles; il ne rejette pas des paroles à cause de
l'homme qui les a prononcées.
23. _Tseu-koung_ fit une question en ces termes: Y a-t-il un mot dans
la langue que l'on puisse se borner à pratiquer seul jusqu'à la fin de
l'existence? Le Philosophe dit: Il y a le mot _chou_[35], dont le sens
est: _Ce que l'on ne désire pas qui nous soit fait, il ne faut pas le
faire aux autres_.
24. Le Philosophe dit: Dans mes relations avec les hommes, m'est-il
arrivé de blâmer quelqu'un, ou de le louer outre mesure? S'il se trouve
quelqu'un que j'aie loué outre mesure, il a pris à tâche de justifier
par la suite mes éloges.
Ces personnes [dont j'aurais exagéré les défauts ou les qualités]
pratiquent les lois d'équité et de droiture des trois dynasties; [quel
motif aurais-je eu de les en blâmer]?
25. Le Philosophe dit: J'ai presque vu le jour où l'historien de
l'empire laissait des lacunes dans ses récits [quand il n'était pas sûr
des faits]; où celui qui possédait un cheval le prêtait aux autres pour
le monter; maintenant ces mœurs sont perdues.
26. Le Philosophe dit: Les paroles artificieuses pervertissent la vertu
même; une impatience capricieuse ruine les plus grands projets.
27. Le Philosophe dit: Que la foule déteste quelqu'un, vous devez
examiner attentivement avant de juger; que la foule se passionne pour
quelqu'un, vous devez examiner attentivement avant de juger.
28. Le Philosophe dit: L'homme peut agrandir la voie de la vertu; la
voie de la vertu ne peut pas agrandir l'homme.
29. Le Philosophe dit: Celui qui a une conduite vicieuse, et ne se
corrige pas, celui-là peut être appelé vicieux.
30. Le Philosophe dit: J'ai passé des journées entières sans
nourriture, et des nuits entières sans sommeil, pour me livrer à des
méditations, et cela sans utilité réelle; l'étude est bien préférable.
31. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne s'occupe que de la droite
voie; il ne s'occupe pas du boire et du manger. Si vous cultivez la
terre, la faim se trouve souvent au milieu de vous; si vous étudiez, la
félicité se trouve dans le sein même de l'étude. L'homme supérieur ne
s'inquiète que de ne pas atteindre la droite voie; il ne s'inquiète pas
de la pauvreté.
32. Le Philosophe dit: Si l'on a assez de connaissance pour atteindre
à la pratique de la raison, et que la vertu de l'humanité que l'on
possède ne suffise pas pour persévérer dans cette pratique; quoiqu'on y
parvienne, on finira nécessairement par l'abandonner.
Dans le cas où l'on aurait assez de connaissance pour atteindre à la
pratique de la raison, et où la vertu de l'humanité que l'on possède
suffirait pour persévérer dans cette pratique; si l'on n'a ni gravité
ni dignité, alors le peuple n'a aucune considération pour vous.
Enfin, quand même on aurait assez de connaissance pour atteindre à la
pratique de la raison, que la vertu de l'humanité que l'on possède
suffirait pour persévérer dans cette pratique, et que l'on y joindrait
la gravité et la dignité convenables; si l'on traite le peuple d'une
manière contraire aux rites, il n'y a pas encore là de vertu.
33. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne peut pas être connu et
apprécié convenablement dans les petites choses, parce qu'il est
capable d'en entreprendre de grandes. L'homme vulgaire, au contraire,
n'étant pas capable d'entreprendre de grandes choses, peut être connu
et apprécié dans les petites.
34, Le Philosophe dit: La vertu de l'humanité est plus salutaire aux
hommes que l'eau et le feu: j'ai vu des hommes mourir pour avoir foulé
l'eau et le feu; je n'en ai jamais vu mourir pour avoir foulé le
sentier de l'humanité.
35. Le Philosophe dit: Faites-vous un devoir de pratiquer la vertu
de l'humanité, et ne l'abandonnez pas même sur l'injonction de vos
instituteurs.
36. Le Philosophe dit: L'homme supérieur se conduit toujours
conformément à la droiture et à la vérité, et il n'a pas d'obstination.
37. Le Philosophe dit: En servant un prince, ayez beaucoup de soin et
d'attention pour ses affaires, et faites peu de cas de ses émoluments.
38. Le Philosophe dit: Ayez des enseignements pour tout le monde, sans
distinction de classes ou de rangs.
39. Le Philosophe dit: Les principes de conduite étant différents, on
ne peut s'aider mutuellement par des conseils.
40. Le Philosophe dit: Si les expressions dont on se sert sont nettes
et intelligibles, cela suffit.
L'intendant de la musique, nommé _Mian_[36], vint un jour voir
(KHOUNG-TSEU). Arrivé au pied des degrés, le Philosophe lui dit: Voici
les degrés. Arrivé près des siéges, le Philosophe lui dit: Voici les
siéges. Et tous deux s'assirent. Le Philosophe l'informa alors qu'un
tel s'était assis là, un tel autre là. L'intendant de la musique,
_Mian_, étant parti, _Tseu-tchang_ fit une question en ces termes: Ce
que vous avez dit à l'intendant est-il conforme aux principes?
41. Le Philosophe dit: Assurément; c'est là la manière d'aider et
d'assister les maîtres d'une science quelconque.
[34] Voyez la même pensée exprimée ci-devant.
[35] Voyez ce mot, et l'explication que nous en avons donnée dans notre
édition déjà citée du _Ta-hio, en chinois, en latin et en français_,
avec la traduction complète du commentaire de _Tchou-hi_, p. 66. Voyez
aussi la même maxime déjà plusieurs fois exprimée précédemment.
[36] Il était aveugle.