24. _Tseu-lou_[7] fit nommer _Tseu-kao_ gouverneur de _Pi_.

Le Philosophe dit: Vous avez fait du tort à ce jeune homme.

_Tseu-lou_ dit: Il aura des populations à gouverner, il aura les

esprits de la terre et des grains à ménager; qu'a-t-il besoin de

lire des livres [en pratiquant les affaires comme il va le faire]? il

deviendra par la suite assez instruit.

Le Philosophe dit: C'est là le motif pourquoi je hais les docteurs de

cette sorte.

25. _Tseu-lou, Thseng-sie[8], Yan-yeou, Kong-si-hoa,_ étaient assis aux

côtés du Philosophe.

Le Philosophe dit: Ne serais-je même que d'un jour plus âgé que vous,

n'en tenez compte dans nos entretiens [n'ayez aucune réserve par

rapport à mon âge].

Demeurant à l'écart et dans l'isolement, alors vous dites: Nous ne

sommes pas connus. Si quelqu'un vous connaissait, alors que feriez-vous?

_Tseu-lou_ répondit avec un air léger, mais respectueux: Supposé un

royaume de dix mille chars de guerre, pressé entre d'autres grands

royaumes, ajoutez même, par des armées nombreuses, et qu'avec cela il

souffre de la disette et de la famine; que _Yeou_ (_Tseu-lou_) soit

préposé à son administration, en moins de trois années je pourrais

faire en sorte que le peuple de ce royaume reprît un courage viril et

qu'il connût sa condition. Le Philosophe sourit à ces paroles.

Et vous, _Khieou_, que pensez-vous?

Le disciple répondit respectueusement: Supposé une province de soixante

ou de soixante et dix _li_ d'étendue, ou même de cinquante ou de

soixante _li_, et que _Khieou_ soit préposé à son administration,

en moins de trois ans je pourrais faire en sorte que le peuple eût

le suffisant. Quant aux rites et à la musique, j'en confierais

l'enseignement à un homme supérieur.

Et vous, _Tchi_, que pensez-vous?

Le disciple répondit respectueusement: Je ne dirai pas que je puis

faire ces choses; je désire étudier. Lorsque se font les cérémonies du

temple des ancêtres, et qu'ont lieu de grandes assemblées publiques,

revêtu de ma robe d'azur et des autres vêtements propres à un tel

lieu et à de telles cérémonies, je voudrais y prendre part en qualité

d'humble fonctionnaire.

Et vous, _Tian_, que pensez-vous?

Le disciple ne fit plus que tirer quelques sons rares de sa guitare;

mais, ces sons se prolongeant, il la déposa, et, se levant, il répondit

respectueusement: Mon opinion diffère entièrement de celles de mes

trois condisciples.--Le Philosophe dit: Qui vous empêche de l'exprimer?

chacun ici peut dire sa pensée. [Le disciple] dit: Le printemps n'étant

plus, ma robe de printemps mise de côté, mais coiffé du bonnet de

virilité[9], accompagné de cinq ou six hommes et de six ou sept jeunes

gens, j'aimerais à aller me baigner dans les eaux de l'_Y_[10], à aller

prendre le frais dans ces lieux touffus où l'on offre les sacrifices

au ciel pour demander la pluie, moduler quelques airs, et retourner

ensuite à ma demeure.

Le Philosophe, applaudissant à ces paroles par un soupir de

satisfaction, dit: Je suis de l'avis de _Tian_.

Les trois disciples partirent, et _Thseng-sie_ resta encore quelque

temps. _Thseng-sie_ dit: Que doit-on penser des paroles de ces trois

disciples? Le Philosophe dit: Chacun d'eux a exprimé son opinion, et

voilà tout.--Il ajouta: Maître, pourquoi avez-vous souri aux paroles de

_Yeou_?

[Le Philosophe] dit: On doit administrer un royaume selon les lois et

coutumes établies; les paroles de _Yeou_ n'étaient pas modestes, c'est

pourquoi j'ai souri.

Mais _Khieou_ lui-même n'exprimait-il pas le désir d'administrer aussi

un Etat? Comment voir cela dans une province de soixante à soixante et

dix _li_, et même de cinquante à soixante _li_ d'étendue? ce n'est pas

là un royaume.

Et _Tchi_, n'était-ce pas des choses d'un royaume dont il entendait

parler? ces cérémonies du temple des ancêtres, ces assemblées

publiques, ne sont-elles pas le privilége des grands de tous les

ordres? et comment _Tchi_ pourrait-il y prendre part en qualité

d'humble fonctionnaire? qui pourrait donc remplir les grandes fonctions?

[1] Parce qu'il était toujours de l'avis de son maître.

[2] A cause de son esprit aventureux et hardi.

[3] Commentaire de TCHOU-HI.

[4] Instrument de musique nommé _sse_ en chinois. On en peut voir la

figure dans notre ouvrage cité. _Planche_ 2.

[5] Fils puîné de _Ki-chi_, qui, par la grande puissance que sa famille

avait acquise, avait fait nommer ses deux fils ministres. (TCHOU-HI.)

[6] Commentaire.

[7] _Tseu-lou_ était gouverneur de _Ki-chi_.

[8] Père de _Thseng-tseu_, rédacteur du _Ta-hio._

[9] _Kouan_, bonnet que le père donne à son fils à l'âge de vingt an».

[10] Située au midi de la ville de _Kou_.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 163 / 266 题