Maintenant ou plus tard, je sais que je dois vous quitter, mes chers
disciples.
4. _Thsêng-tseu_ étant malade, _Meng-king-tseu_ (grand du royaume de
_Lou_) demanda des nouvelles de sa santé. _Thsêng-tseu_ prononça ces
paroles: «Quand l'oiseau est près de mourir, son chant devient triste;
quand l'homme est près de mourir, ses paroles portent l'empreinte de la
vertu.»
Les choses que l'homme supérieur met au-dessus de tout, dans la pratique
de la raison, sont au nombre de trois: dans sa démarche et dans son
attitude, il a soin d'éloigner tout ce qui sentirait la brutalité et
la rudesse; il fait en sorte que la véritable expression de sa figure
représente autant que possible la réalité et la sincérité de ses
sentiments; que dans les paroles qui lui échappent de la bouche et dans
l'intonation de sa voix, il éloigne tout ce qui pourrait être bas ou
vulgaire et contraire à la raison. Quant à ce qui concerne les vases
en bambous [choses moins importantes], il faut que quelqu'un préside à
leur conservation.
5. _Thsêng-tseu_ dit: Posséder la capacité et les talents, et prendre
avis de ceux qui en sont dépourvus; avoir beaucoup, et prendre avis de
ceux qui n'ont rien; être riche, et se comporter comme si l'on était
pauvre; être plein, et paraître vide ou dénué de tout; se laisser
offenser sans en témoigner du ressentiment; autrefois j'avais un ami
qui se conduisait ainsi dans la vie.
6. _Thsêng-tseu_ dit: L'homme à qui l'on peut confier un jeune
orphelin de six palmes (_tchi_) de haut[39], à qui l'on peut remettre
l'administration et le commandement d'un royaume de cent _li_
d'étendue, et qui, lorsque apparaît un grand déchirement politique, ne
se laisse pas arracher à son devoir, n'est-ce pas un homme supérieur?
Oui, c'est assurément un homme supérieur!
7. _Thsêng-tseu_ dit: Les lettrés ne doivent pas ne pas avoir l'âme
ferme et élevée, car leur fardeau est lourd, et leur route longue.
L'humanité est le fardeau qu'ils ont à porter (ou le devoir qu'ils ont
à remplir): n'est-il pas en effet bien lourd et bien important? C'est
à la mort seulement qu'on cesse de le porter: la route n'est-elle pas
bien longue?
8. Le Philosophe dit: Elevons notre esprit par la lecture du _Livre des
Vers_; établissons nos principes de conduite sur le _Livre des Rites_;
perfectionnons-nous par la _Musique_.
9. Le Philosophe dit: On peut forcer le peuple à suivre les principes
de la justice et de la raison; on ne peut pas le forcer à les
comprendre.
10. L'homme qui se plait dans les actions courageuses et viriles,
s'il éprouve les privations et les souffrances de la misère, causera
du trouble et du désordre; mais l'homme qui est dépourvu des vertus
de l'humanité, les souffrances et les privations même lui manquant,
causera beaucoup plus de troubles et de désordres.
11. Le Philosophe dit: Supposé qu'un homme soit doué de la beauté et
des talents de _Tcheou-koung_, mais qu'il soit en même temps hautain et
d'une avarice sordide, ce qui lui reste de ses qualités ne vaut pas la
peine qu'on y fasse attention.
12. Le Philosophe dit: Il n'est pas facile de trouver une personne qui
pendant trois années se livre constamment à l'étude [de la sagesse]
sans avoir en vue les émoluments qu'elle peut en retirer.
13. Le Philosophe dit: Celui qui a une foi inébranlable dans la
vérité, et qui aime l'étude avec passion, conserve jusqu'à la mort les
principes de la vertu, qui en sont la conséquence.
Si un État se trouve en danger de révolution [par suite de son mauvais
gouvernement], n'allez pas le visiter; un pays qui est livré au
désordre ne peut pas y rester. Si un empire se trouve gouverné par les
principes de la droiture et de la raison, allez le visiter; s'il n'est
pas gouverné par les principes de la raison, restez ignorés dans la
retraite et la solitude.
Si un État est gouverné par les principes de la raison, la pauvreté et
la misère sont un sujet de honte; si un État n'est pas gouverné parles
principes de la raison, la richesse et les honneurs sont alors les
sujets de honte[40].
14. Le Philosophe dit: Si vous n'occupez pas des fonctions dans un
gouvernement, ne donnez pas votre avis sur son administration.
15. Le Philosophe dit: Comme le chef de musique nommé _Tchi_, dans son
chant qui commence par ces mots: _Kouan-tsiu-tchi-louan_, avait su
charmer l'oreille par la grâce et la mélodie!
16. Le Philosophe dit: Être courageux et hardi sans droiture, hébété
sans attention, inepte sans sincérité; je ne connais pas de tels
caractères.
17. Le Philosophe dit: Étudiez toujours comme si vous ne pouviez jamais
atteindre [au sommet de la science], comme si vous craigniez de perdre
le fruit de vos études.
18. Le Philosophe dit: O quelle élévation, quelle sublimité dans le
gouvernement de _Chun_ et de _Yu!_ et cependant il n'était encore rien
à leurs yeux.
19. Le Philosophe dit: O qu'elle était grande la conduite de _Yao_
dans l'administration de l'empire! qu'elle était élevée et sublime! il
n'y a que le ciel qui pouvait l'égaler en grandeur; il n'y a que _Yao_
qui pouvait imiter ainsi le ciel! Ses vertus étaient si vastes et si
profondes, que le peuple ne trouvait point de noms pour leur donner!
O quelle grandeur! quelle sublimité dans ses actions et ses mérites! et
que les monuments qu'il a laissés de sa sagesse sont admirables!