«Que sa bouche fine et délicate a un sourire agréable!
Que son regard est doux et ravissant! Il faut que le fond du tableau
soit préparé pour peindre!» (Paroles du _Livre des Vers_.) Quel est le
sens de ces paroles?
Le Philosophe dit: Préparez d'abord le fond du tableau pour y appliquer
ensuite les couleurs. _Tseu-hia_ dit: Les lois du rituel sont donc
secondaires? Le Philosophe dit: Vous avez saisi ma pensée, ô _Chang!_
Vous commencez maintenant à comprendre mes entretiens sur la poésie.
9. Le Philosophe dit: Je puis parler des rites et des cérémonies de la
dynastie _Hia_; mais _Ki_ est incapable d'en comprendre le sens caché.
Je puis parler des rites et des cérémonies de la dynastie _Yn_; mais
_Sung_ est incapable d'en saisir le sens caché: le secours des lois
et l'opinion des sages ne suffisent pas pour en connaître les causes.
S'ils suffisaient, alors nous pourrions en saisir le sens le plus caché.
10. Le Philosophe dit: Dans le grand sacrifice royal nommé _Ti_, après
que la libation a été faite pour demander la descente des esprits, je
ne désire plus rester spectateur de la cérémonie.
11. Quelqu'un ayant demandé quel était le sens du grand sacrifice
royal, le Philosophe dit: Je ne le connais pas. Celui qui connaîtrait
ce sens, tout ce qui est sous le ciel serait pour lui clair et
manifeste; il n'éprouverait pas plus de difficultés à tout connaître
qu'à poser le doigt dans la paume de sa main.
12. Il faut sacrifier aux ancêtres comme s'ils étaient présents; il
faut adorer les esprits et les génies comme s'ils étaient présents. Le
Philosophe dit: Je ne fais pas les cérémonies du sacrifice comme si ce
n'était pas un sacrifice.
13. _Wang-sun-kia_ demanda ce que l'on entendait en disant qu'il valait
mieux adresser ses hommages au génie des grains qu'au génie du foyer.
Le Philosophe dit: Il n'en est pas ainsi; dans cette supposition, celui
qui a commis une faute envers le ciel[19] ne saurait pas à qui adresser
sa prière.
14. Le Philosophe dit: Les fondateurs de la dynastie des _Tchcou_
examinèrent les lois et la civilisation des deux dynasties qui les
avaient précédés; quels progrès ne firent-ils pas faire à cette
civilisation! Je suis pour les _Tcheou_.
15. Quand le Philosophe entra dans le grand temple, il s'informa
minutieusement de chaque chose; quelqu'un s'écria: Qui dira maintenant
que le fils de l'homme de _Tséou_[20] connaît les rites et les
cérémonies? Lorsqu'il est entré dans le grand temple, il s'est informé
minutieusement de chaque chose! Le Philosophe ayant entendu ces
paroles, dit: Cela même est conforme aux rites.
16. Le Philosophe dit: En tirant à la cible, il ne s'agit pas de
dépasser le but, mais de l'atteindre; toutes les forces ne sont pas
égales; c'était là la règle des anciens.
17. _Tseu-koung_ désira abolir le sacrifice du mouton, qui s'offrait
le premier jour de la douzième lune. Le Philosophe dit: _Sse_, vous
n'êtes occupés que du sacrifice du mouton; moi je ne le suis que de la
cérémonie.
18. Le Philosophe dit: Si quelqu'un sert (maintenant) le prince comme
il doit l'être, en accomplissant les rites, les hommes le considèrent
comme un courtisan et un flatteur.
19. _Ting_ (prince de _Lou_) demanda comment un prince doit employer
ses ministres, et les ministres servir le prince. KHOUNG-TSEU répondit
avec déférence: Un prince doit employer ses ministres selon qu'il est
prescrit dans les rites; les ministres doivent servir le prince avec
fidélité.
20. Le Philosophe dit: Les modulations joyeuses de l'ode _Kouan-tseu_
n'excitent pas des désirs licencieux; les modulations tristes ne
blessent pas les sentiments.
21. _Ngaï-koung_ (prince de _Lou_) questionna _Tsaï-ngo_, disciple de
KHOUNG-TSEU, relativement aux autels ou tertres de terre érigés en
l'honneur des génies. _Tsaï-ngo_ répondit avec déférence: Les familles
princières de la dynastie _Hia_ érigèrent ces autels autour de l'arbre
_pin_; les hommes de la dynastie _Yn_, autour des _cyprès_; ceux
de la dynastie _Tcheou_, autour du _châtaignier_: car on dit que le
_châtaignier_ a la faculté de rendre le peuple craintif[21].
Le Philosophe ayant entendu ces mots, dit: Il ne faut pas parler des
choses accomplies, ni donner des avis concernant celles qui ne peuvent
pas se faire convenablement; ce qui est passé doit être exempt de blâme.
22. Le Philosophe dit: _Kouan-tchoung_ (grand ou _ta-fou_ de l'État
de _Thsi_) est un vase de bien peu de capacité. Quelqu'un dit:
_Kouan-tchoung_ est donc avare et parcimonieux? [Le Philosophe]
répliqua: _Kouan-chi_ (le même) a trois grands corps de bâtiments
nommés _Koueï_, et dans le service de ses palais il n'emploie pas plus
d'un homme pour un office: est-ce là de l'avarice et de la parcimonie?
Alors, s'il en est ainsi, _Kouan-tchoung_ connaît-il les rites?
[Le Philosophe] répondit: Les princes d'un petit État ont leurs portes
protégées par des palissades; _Kouan-chi_ a aussi ses portes protégées
par des palissades. Quand deux princes d'un petit État se rencontrent,
pour fêter leur bienvenue, après avoir bu ensemble, ils renversent
leurs coupes; _Kouan-chi_ a aussi renversé sa coupe. Si _Kouan-chi_
connaît les rites ou usages prescrits, pourquoi vouloir qu'il ne les
connaisse pas?
23. Le Philosophe s'entretenant un jour sur la musique avec le
_Taï-sse_, ou intendant de la musique du royaume de _Lou_, dit: En fait
de musique, vous devez être parfaitement instruit; quand on compose un
air, toutes les notes ne doivent-elles pas concourir à l'ouverture? en
avançant, ne doit-on pas chercher à produire l'harmonie, la clarté, la
régularité, dans le but de compléter le chant?
24. Le résident de _Y_ demanda avec prière d'être introduit [près
du Philosophe], disant: «Lorsque des hommes supérieurs sont arrivés
dans ces lieux, je n'ai jamais été empêché de les voir.» Ceux qui
suivaient le Philosophe l'introduisirent, et quand le résident sortit,
il leur dit: Disciples du Philosophe, en quelque nombre que vous
soyez, pourquoi gémissez-vous de ce que votre maître a perdu sa charge
dans le gouvernement? L'empire[22] est sans lois, sans direction
depuis longtemps; le ciel va prendre ce grand homme pour en faire un
héraut[23] rassemblant les populations sur son passage, et pour opérer
une grande réformation.
25. Le Philosophe appelait le chant de musique nommé _Tchao_ (composé
par _Chun_) parfaitement beau, et même parfaitement propre à inspirer
la vertu. Il appelait le chant de musique nommé _Vou_, _guerrier_,
parfaitement beau, mais nullement propre à inspirer la vertu.
26. Le Philosophe dit: Occuper le rang suprême, et ne pas exercer des
bienfaits envers ceux que l'on gouverne; pratiquer les rites et usages
prescrits sans aucune sorte de respect, et les cérémonies funèbres sans
douleur véritable: voilà ce que je ne puis me résigner à voir.
[14] Il était permis aux empereurs, par les rites, d'avoir _huit_
troupes de musiciens dans les fêtes; aux princes, _six_; et aux
_ta-fou_ ou ministres, _quatre_. _Ki-chi_ usurpait le rang de prince.
[15] _Jin_, la _droite raison du monde._ (_Comm_.)
[16] C'est ainsi que les commentateurs chinois entendent le mot _li_.
[17] Disciple du Philosophe, et aide-assistant de _Ki-chi_.
[18] Il n'y avait que le chef de l'État qui avait le droit d'aller
sacrifier au mont _Taï-chan_.
[19] «Envers la raison (_li_)» (_Comm_.)
[20] L'homme de _Tséou_, c'est-à-dire le père de KHOUNG-TSEU.
[21] Le nom même du châtaignier, _li_, signifie _craindre_.
[22] Littéralement: _tout ce qui est sous le ciel_ (_Thian-hia_, le
_monde_).
[23] Tel est le sens que comportent les deux mots chinois _mou-to_,
littéralement: _clochette avec battant de bois_, dont se servaient les
hérauts dans les anciens temps, pour rassembler la multitude dans le
but de lui faire connaître un message du prince. (_Comment_.) Le texte
porte littéralement: _le ciel va prendre votre maître pour en faire
une clochette avec un battant de bois_. Nous avons dû traduire en le
paraphrasant, pour en faire comprendre le sens.