1. C'est pour cela que l'homme souverainement parfait ne cesse jamais
d'opérer le bien, ou de travailler au perfectionnement des autres
hommes.
2. Ne cessant jamais de travailler au perfectionnement des autres
hommes, alors il persévère toujours dans ses bonnes actions;
persévérant toujours dans ses bonnes actions, alors tous les êtres
portent témoignage de lui.
3. Tous les êtres portant témoignage de lui, alors l'influence de la
vertu s'agrandit et s'étend au loin; étant agrandie et étendue au loin,
alors elle est vaste et profonde; étant vaste et profonde, alors elle
est haute et resplendissante.
4. La vertu de l'homme souverainement parfait est vaste et profonde:
c'est pour cela qu'il a en lui la faculté de contribuer à l'entretien
et au développement des êtres; elle est haute et resplendissante: c'est
pour cela qu'il a en lui la faculté de les éclairer de sa lumière; elle
est grande et persévérante: c'est pour cela qu'il a en lui la faculté
de contribuer à leur perfectionnement, et de s'identifier par ses
œuvres avec le ciel et la terre.
5. Les hommes souverainement parfaits, par la grandeur et la profondeur
de leur vertu, s'assimilent avec la terre; par sa hauteur et son
éclat, ils s'assimilent avec le ciel; par son étendue et sa durée, ils
s'assimilent avec l'espace et le temps sans limite.
6. Celui qui est dans cette haute condition de sainteté parfaite ne
se montre point, et cependant, comme la terre, il se révèle par ses
bienfaits; il ne se déplace point, et cependant, comme le ciel, il
opère de nombreuses transformations; il n'agit point, et cependant,
comme l'espace et le temps, il arrive au perfectionnement de ses œuvres.
7. La puissance ou la loi productive du ciel et de la terre peut être
exprimée par un seul mot; son action dans l'un et l'autre n'est pas
double: c'est la perfection; mais alors sa production des êtres est
incompréhensible.
8. La raison d'être, ou la loi du ciel et de la terre, est vaste en
effet; elle est profonde! elle est sublime! elle est éclatante! elle
est immense! elle est éternelle!
9. Si nous portons un instant nos regards vers le ciel, nous
n'apercevons d'abord qu'un petit espace scintillant de lumière; mais si
nous pouvions nous élever jusqu'à cet espace lumineux, nous trouverions
qu'il est d'une immensité sans limites; le soleil, la lune, les
étoiles, les planètes, y sont suspendus comme à un fil; tous les êtres
de l'univers en sont couverts comme d'un dais. Maintenant, si nous
jetons un regard sur la terre, nous croirons d'abord que nous pouvons
la tenir dans la main; mais, si nous la parcourons, nous la trouverons
étendue, profonde; soutenant la haute montagne fleurie[20] sans fléchir
sous son poids; enveloppant les fleuves et les mers dans son sein, sans
en être inondée, et contenant tous les êtres. Cette montagne ne nous
semble qu'un petit fragment de rocher; mais, si nous explorons son
étendue, nous la trouverons vaste et élevée; les plantes et les arbres
croissant à sa surface, des oiseaux et des quadrupèdes y faisant leur
demeure, et renfermant elle-même dans son sein des trésors inexploités.
Et cette eau que nous apercevons de loin nous semble pouvoir à peine
remplir une coupe légère; mais, si nous parvenons à sa surface, nous ne
pouvons en sonder la profondeur; des énormes tortues, des crocodiles,
des hydres, des dragons, des poissons de toute espèce, vivent dans son
sein; des richesses précieuses y prennent naissance.