CHAPITRE XXVI.

1. C'est pour cela que l'homme souverainement parfait ne cesse jamais

d'opérer le bien, ou de travailler au perfectionnement des autres

hommes.

2. Ne cessant jamais de travailler au perfectionnement des autres

hommes, alors il persévère toujours dans ses bonnes actions;

persévérant toujours dans ses bonnes actions, alors tous les êtres

portent témoignage de lui.

3. Tous les êtres portant témoignage de lui, alors l'influence de la

vertu s'agrandit et s'étend au loin; étant agrandie et étendue au loin,

alors elle est vaste et profonde; étant vaste et profonde, alors elle

est haute et resplendissante.

4. La vertu de l'homme souverainement parfait est vaste et profonde:

c'est pour cela qu'il a en lui la faculté de contribuer à l'entretien

et au développement des êtres; elle est haute et resplendissante: c'est

pour cela qu'il a en lui la faculté de les éclairer de sa lumière; elle

est grande et persévérante: c'est pour cela qu'il a en lui la faculté

de contribuer à leur perfectionnement, et de s'identifier par ses

œuvres avec le ciel et la terre.

5. Les hommes souverainement parfaits, par la grandeur et la profondeur

de leur vertu, s'assimilent avec la terre; par sa hauteur et son

éclat, ils s'assimilent avec le ciel; par son étendue et sa durée, ils

s'assimilent avec l'espace et le temps sans limite.

6. Celui qui est dans cette haute condition de sainteté parfaite ne

se montre point, et cependant, comme la terre, il se révèle par ses

bienfaits; il ne se déplace point, et cependant, comme le ciel, il

opère de nombreuses transformations; il n'agit point, et cependant,

comme l'espace et le temps, il arrive au perfectionnement de ses œuvres.

7. La puissance ou la loi productive du ciel et de la terre peut être

exprimée par un seul mot; son action dans l'un et l'autre n'est pas

double: c'est la perfection; mais alors sa production des êtres est

incompréhensible.

8. La raison d'être, ou la loi du ciel et de la terre, est vaste en

effet; elle est profonde! elle est sublime! elle est éclatante! elle

est immense! elle est éternelle!

9. Si nous portons un instant nos regards vers le ciel, nous

n'apercevons d'abord qu'un petit espace scintillant de lumière; mais si

nous pouvions nous élever jusqu'à cet espace lumineux, nous trouverions

qu'il est d'une immensité sans limites; le soleil, la lune, les

étoiles, les planètes, y sont suspendus comme à un fil; tous les êtres

de l'univers en sont couverts comme d'un dais. Maintenant, si nous

jetons un regard sur la terre, nous croirons d'abord que nous pouvons

la tenir dans la main; mais, si nous la parcourons, nous la trouverons

étendue, profonde; soutenant la haute montagne fleurie[20] sans fléchir

sous son poids; enveloppant les fleuves et les mers dans son sein, sans

en être inondée, et contenant tous les êtres. Cette montagne ne nous

semble qu'un petit fragment de rocher; mais, si nous explorons son

étendue, nous la trouverons vaste et élevée; les plantes et les arbres

croissant à sa surface, des oiseaux et des quadrupèdes y faisant leur

demeure, et renfermant elle-même dans son sein des trésors inexploités.

Et cette eau que nous apercevons de loin nous semble pouvoir à peine

remplir une coupe légère; mais, si nous parvenons à sa surface, nous ne

pouvons en sonder la profondeur; des énormes tortues, des crocodiles,

des hydres, des dragons, des poissons de toute espèce, vivent dans son

sein; des richesses précieuses y prennent naissance.

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 102 / 266 题