1. Le Philosophe a dit: Oh! que la piété filiale de _Wou-wang_ et de
_Tcheou-koung_ s'étendit au loin!
2. Cette même piété filiale sut heureusement suivre les intentions des
anciens sages qui les avaient précédés, et transmettre à la postérité
le récit de leurs grandes entreprises.
3. Au printemps, à l'automne, ces deux princes décoraient avec soin le
temple de leurs ancêtres; ils disposaient soigneusement les vases et
ustensiles anciens les plus précieux [au nombre desquels étaient le
grand sabre à fourreau de pourpre, et la sphère céleste de _Chun_][15];
ils exposaient aux regards les robes et les différents vêtements des
ancêtres, et ils leur offraient les mets de la saison.
4. Ces rites étant ceux de la salle des ancêtres, c'est pour cette
raison que les assistants étaient soigneusement placés à gauche ou
adroite, selon que l'exigeait leur dignité ou leur rang; les dignités
et les rangs étaient observés: c'est pour cette raison que les hauts
dignitaires étaient distingués du commun des assistants; les fonctions
cérémoniales étaient attribuées à ceux qui méritaient de les remplir:
c'est pour cette raison que l'on savait distinguer les sages des autres
hommes; la foule s'étant retirée de la cérémonie, et la famille s'étant
réunie dans le festin accoutumé, les jeunes gens servaient les plus
âgés: c'est pour cette raison que la solennité atteignait les personnes
les moins élevées en dignité. Pendant les festins, la couleur des
cheveux était observée: c'est pour cette raison que les assistants
étaient placés selon leur âge.
5. Ces princes, _Wou-wang_ et _Tcheou-koung_, succédaient à la dignité
de leurs ancêtres; ils pratiquaient leurs rites; ils exécutaient leur
musique; ils respectaient ce qu'ils avaient respecté; ils chérissaient
ce qu'ils avaient aimé; ils les servaient morts comme ils les auraient
servis vivants; ils les honoraient ensevelis dans la tombe comme s'ils
avaient encore été près d'eux: n'est-ce pas là le comble de la piété
filiale?
6. Les rites du sacrifice au ciel et du sacrifice à la terre étaient
ceux qu'ils employaient pour rendre leurs hommages au suprême
Seigneur[16]; les rites du temple des ancêtres étaient ceux qu'ils
employaient pour offrir des sacrifices à leurs prédécesseurs. Celui
qui sera parfaitement instruit des rites du sacrifice au ciel et du
sacrifice à la terre, et qui comprendra parfaitement le sens du grand
sacrifice quinquennal nommé _Ti_, et du grand sacrifice automnal nommé
_Tchang_, gouvernera aussi facilement le royaume que s'il regardait
dans la paume de sa main.
Voilà le dix-neuvième chapitre.
[15] On peut voir la gravure de cette sphère, et la description des
cérémonies indiquées ci-dessus, dans la _Description de la Chine_, par
le traducteur, tom. 1, p. 89 et suiv.
[16] «Le ciel et la terre qui est au milieu.» (_Glose_.)