1. L'homme sage qui s'est identifié avec la loi morale [en suivant
constamment la ligne moyenne également éloignée des extrêmes] agit
selon les devoirs de son état, sans rien désirer qui lui soit étranger.
2. Est-il riche, comblé d'honneurs, il agit comme doit agir un homme
riche et comblé d'honneurs. Est-il pauvre et méprisé, il agit comme
doit agir un homme pauvre et méprisé. Est-il étranger et d'une
civilisation différente, il agit comme doit agir un homme étranger et
de civilisation différente. Est-il malheureux, accablé d'infortunes, il
agit comme doit agir un malheureux accablé d'infortunes. Le sage qui
s'est identifié avec la loi morale conserve toujours assez d'empire sur
lui-même pour accomplir les devoirs de son état dans quelque condition
qu'il se trouve.
3. S'il est dans un rang supérieur, il ne tourmente pas ses inférieurs;
s'il est dans un rang inférieur, il n'assiège pas de sollicitations
basses et cupides ceux qui occupent un rang supérieur. Il se tient
toujours dans la droiture, et ne demande rien aux hommes; alors la paix
et la sérénité de son âme ne sont pas troublées. Il ne murmure pas
contre le ciel, et il n'accuse pas les hommes de ses infortunes.
4. C'est pourquoi le sage conserve une âme toujours égale, en attendant
l'accomplissement de la destinée céleste. L'homme qui est hors de la
voie du devoir se jette dans mille entreprises téméraires pour chercher
ce qu'il ne doit pas obtenir.
5. Le Philosophe a dit: L'archer peut être, sous un certain point de
vue, comparé au sage: s'il s'écarte du but auquel il vise, il rentre
en lui-même pour en chercher la cause.
Voilà le quatorzième chapitre.