Prenant le manche modèle pour tailler l'autre manche, il le regarde de
côté et d'autre, et, après avoir confectionné le nouveau manche, il
les examine bien tous les deux pour voir s'ils diffèrent encore l'un
de l'autre. De même le sage se sert de l'homme ou de l'humanité pour
gouverner et diriger les hommes; une fois qu'il les a ramenés au bien,
il s'arrête là[9].
3. Celui dont le cœur est droit, et qui porte aux autres les mêmes
sentiments qu'il a pour lui-même, ne s'écarte pas de la loi morale du
devoir prescrite aux hommes par leur nature rationnelle; il ne fait pas
aux autres ce qu'il désire qui ne lui soit pas fait à lui-même.
4. La règle de conduite morale du sage lui impose quatre grandes
obligations: moi, je n'en puis pas seulement remplir complétement une.
Ce qui est exigé d'un fils, qu'il soit soumis à son père, je ne puis
pas même l'observer encore; ce qui est exigé d'un sujet, qu'il soit
soumis à son prince, je ne puis pas même l'observer encore; ce qui est
exigé d'un frère cadet, qu'il soit soumis à son frère aîné, je ne puis
pas même l'observer encore; ce qui est exigé des amis, qu'ils donnent
la préférence en tout à leurs amis, je ne puis pas l'observer encore.
L'exercice de ces vertus constantes, éternelles; la circonspection
dans les paroles de tous les jours; ne pas négliger de faire tous ses
efforts pour parvenir à l'entier accomplissement de ses devoirs; ne pas
se laisser aller à un débordement de paroles superflues; faire en sorte
que les paroles répondent aux œuvres, et les œuvres aux paroles; en
agissant de cette manière, comment le sage ne serait-il pas sincère et
vrai?
Voilà le treizième chapitre.
[8] Livre _Kouë-foung_, ode _Fa-ko_.
[9] Il ne lui impose pas une perfection contraire à sa nature.