Sur le devoir de rendre ses intentions pures et sincères.
1. Les expressions _rendre ses intentions pures et sincères_
signifient: Ne dénature point tes inclinations droites, comme celles de
fuir une odeur désagréable, et d'aimer un objet agréable et séduisant.
C'est ce qui est appelé la satisfaction de soi-même. C'est pourquoi le
sage veille attentivement sur ses intentions et ses pensées secrètes.
2. Les hommes vulgaires qui vivent à l'écart et sans témoins commettent
des actions vicieuses; il n'est rien de mauvais qu'ils ne pratiquent.
S'ils voient un homme sage qui veille sur soi-même, ils feignent de
lui ressembler, en cachant leur conduite vicieuse et en faisant parade
d'une vertu simulée. L'homme qui les voit est comme s'il pénétrait leur
foie et leurs reins; alors à quoi leur a-t-il servi de dissimuler?
C'est là ce que l'on entend par le proverbe: _La vérité est dans
l'intérieur, la forme à l'extérieur_. C'est pourquoi le sage doit
veiller attentivement sur ses intentions et ses pensées secrètes.
3. _Thsêng-tseu_ a dit: De ce que dix yeux le regardent, de ce que dix
mains le désignent, combien n'a-t-il pas à redouter, ou à veiller sur
lui-même!
4. Les richesses ornent et embellissent une maison, la vertu orne et
embellit la personne; dans cet état de félicité pure, l'âme s'agrandit,
et la substance matérielle qui lui est soumise profite de même. C'est
pourquoi le sage doit _rendre ses intentions pures et sincères_[11].
Voilà le sixième chapitre du Commentaire. Il explique ce
que l'on doit entendre par _rendre ses intentions pures
et sincères_.
[11] «Il est dit dans le _King: Désirant rendre ses intentions pures et
sincères, ils s'attachaient d'abord à perfectionner au plus haut degré
leurs connaissances morales_. Il est encore dit: _Les connaissances
morales étant portées au plus haut degré, les intentions sont ensuite
rendues pures et sincères_. Or l'essence propre de l'intelligence est
d'être éclairée; s'il existe en elle des facultés qui ne soient pas
encore développées, alors ce sont ces facultés qui sont mises au jour
par le perfectionnement des connaissances morales; il doit donc y avoir
des personnes qui ne peuvent pas véritablement faire usage de toutes
leurs facultés, et qui, s'il en est ainsi, se trompent elles-mêmes.
De cette manière, quelques hommes sont éclairés par eux-mêmes, et ne
font aucun effort pour devenir tels; alors ce sont ces hommes qui
éclairent les autres; en outre, ils ne cessent pas de l'être, et ils
n'aperçoivent aucun obstacle qui puisse les empêcher d'approcher de la
vertu. C'est pourquoi ce chapitre sert de développement au précédent,
pour rendre cette vérité évidente. Ensuite il y aura à examiner le
commencement et la fin de l'usage des facultés, et à établir que leur
ordre ne peut pas être troublé, et que leurs opérations ne peuvent pas
manquer de se manifester. C'est ainsi que le philosophe raisonne.»
(TCHOU-HI.)