CHAPITRE VI.

Sur le devoir de rendre ses intentions pures et sincères.

1. Les expressions _rendre ses intentions pures et sincères_

signifient: Ne dénature point tes inclinations droites, comme celles de

fuir une odeur désagréable, et d'aimer un objet agréable et séduisant.

C'est ce qui est appelé la satisfaction de soi-même. C'est pourquoi le

sage veille attentivement sur ses intentions et ses pensées secrètes.

2. Les hommes vulgaires qui vivent à l'écart et sans témoins commettent

des actions vicieuses; il n'est rien de mauvais qu'ils ne pratiquent.

S'ils voient un homme sage qui veille sur soi-même, ils feignent de

lui ressembler, en cachant leur conduite vicieuse et en faisant parade

d'une vertu simulée. L'homme qui les voit est comme s'il pénétrait leur

foie et leurs reins; alors à quoi leur a-t-il servi de dissimuler?

C'est là ce que l'on entend par le proverbe: _La vérité est dans

l'intérieur, la forme à l'extérieur_. C'est pourquoi le sage doit

veiller attentivement sur ses intentions et ses pensées secrètes.

3. _Thsêng-tseu_ a dit: De ce que dix yeux le regardent, de ce que dix

mains le désignent, combien n'a-t-il pas à redouter, ou à veiller sur

lui-même!

4. Les richesses ornent et embellissent une maison, la vertu orne et

embellit la personne; dans cet état de félicité pure, l'âme s'agrandit,

et la substance matérielle qui lui est soumise profite de même. C'est

pourquoi le sage doit _rendre ses intentions pures et sincères_[11].

Voilà le sixième chapitre du Commentaire. Il explique ce

que l'on doit entendre par _rendre ses intentions pures

et sincères_.

[11] «Il est dit dans le _King: Désirant rendre ses intentions pures et

sincères, ils s'attachaient d'abord à perfectionner au plus haut degré

leurs connaissances morales_. Il est encore dit: _Les connaissances

morales étant portées au plus haut degré, les intentions sont ensuite

rendues pures et sincères_. Or l'essence propre de l'intelligence est

d'être éclairée; s'il existe en elle des facultés qui ne soient pas

encore développées, alors ce sont ces facultés qui sont mises au jour

par le perfectionnement des connaissances morales; il doit donc y avoir

des personnes qui ne peuvent pas véritablement faire usage de toutes

leurs facultés, et qui, s'il en est ainsi, se trompent elles-mêmes.

De cette manière, quelques hommes sont éclairés par eux-mêmes, et ne

font aucun effort pour devenir tels; alors ce sont ces hommes qui

éclairent les autres; en outre, ils ne cessent pas de l'être, et ils

n'aperçoivent aucun obstacle qui puisse les empêcher d'approcher de la

vertu. C'est pourquoi ce chapitre sert de développement au précédent,

pour rendre cette vérité évidente. Ensuite il y aura à examiner le

commencement et la fin de l'usage des facultés, et à établir que leur

ordre ne peut pas être troublé, et que leurs opérations ne peuvent pas

manquer de se manifester. C'est ainsi que le philosophe raisonne.»

(TCHOU-HI.)

Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine · 第 43 / 266 题