Comme ils se sentaient très petits, ils se sont gonflés pour paraître
plus considérables.
[Illustration]
Comme ils ne se sentaient pas d’ailes aux flancs pour monter vers le
ciel de la pensée, ils se sont emplis, comme des ballons, en tirant
parti de leur vide même pour engloutir plus de fumée. La politique est
un gaz qui fait cette double merveille de rendre majestueuse la sottise
humaine, en l’arrondissant, et de lui donner une envolée superficielle
dont s’amuse la curiosité des badauds. Ils composent ainsi un peuple
de petites outres, un microcosme de vessies qui ballottent, comme on
en voit aux longs bâtons des paillasses dans les foires. Les imbéciles
les prennent pour des lanternes et s’imaginent qu’ils en sont éclairés.
Aucun de ces Icares du Louvre ne sera jamais brûlé au soleil; ils ne
peuvent guère monter plus haut que le vol des oies, ce qui suffit à la
foule pour les charger de sauver les Capitoles en détresse. Seulement
les oies, qui vont également en troupes, fendent vraiment l’espace de
leur vol triangulaire et y enfoncent un réel chemin. Eux font seulement
semblant de se mouvoir vers un but; mais, au demeurant, ils flottent
seulement; ils flottent, tout en tournant, comme d’aériennes toupies,
avec un bruit ronflant qui est la musique du creux. C’est dans un
cercle de mots, chrysalides ouvertes d’idées envolées, qu’ils font
ce travail de hannetons. Cela ne les empêche pas de tenir, dans la
société, une place considérable, bien que les hannetons, les autres, y
soient détruits. A eux s’en vont droit les honneurs, comme les chardons
semblent se dresser d’eux-mêmes, devant le nez rose des baudets. Leur
seul tort, est, au fond, de prendre ces chardons pour des palmes et
de croire qu’ils broutent le sol de l’Immortalité. Ils prennent pour
les hauteurs de leur front celle de leurs oreilles. Ah! mes petites
outres chéries, mes mignons petits ballonnets. Si vous saviez comme le
firmament où plane l’âme des amants, des artistes et des poètes est
loin du plafond de papier bleu où se collent vos modestes chimères et
vos ambitions essoufflées, en attendant qu’elles y crèvent comme des
bulles de savon!
[Illustration]
Tournez, tournez, pauvres ambitieux, vers le chemin de l’Oubli!