Il n’est qu’un amour dans la vie, mais un amour fait souvent de
plusieurs tendresses.
Nous naissons avec un idéal immuable de la Femme, mais qu’elles se
mettent généralement plusieurs à réaliser. C’est comme un fruit vivant
que nous portons en nous et qu’il nous faut souvent une douleur pour
en arracher, comme l’enfant que la femme avait au ventre. La fable
de la côte d’Adam ne veut pas dire autre chose. Oui, nous naissons
prisonniers d’une image, esclaves d’un type, et nous sommes, par
avance, les vaincus d’une certaine beauté. Toutes les fatalités de
l’Amour tiennent dans ce secret.
Nous aussi, nous nous débattons dans un cercle inflexible, nous sommes
enfermés dans un monde invisible, comme mystérieusement enchaînés à la
sphère d’une planète par l’aveugle loi de nos désirs.
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Et nous gravitons, nous gravitons autour de l’idole, avec des litanies
de baisers sur la bouche, psalmodiant l’hymne monotone et sublime des
caresses dans l’encens vague des extases, tombant souvent aux pieds
de faux dieux que nous brisons ensuite avec colère. Heureux celui
qui rencontre enfin l’immortelle Divinité de son rêve; celle en qui
se réalisent les muettes aspirations de sa pensée antérieure; au
front de qui ses anciens désirs, devenus des bonheurs, s’allument
resplendissants et clairs comme des étoiles! Il ne se doit plus
plaindre d’avoir vécu, d’avoir souffert; il ne se doit plus résigner
aux posthumes consolations d’une éternité problématique. Il eut sa
part, dès ce monde. Car l’éternité peut tenir, dans une minute, par
l’infini des joies. Le temps est une abstraction, une hypothèse, une
simple mesure de nos plaisirs ou de nos douleurs. Heureux celui qui a
rencontré l’immortelle et immuable Bien-Aimée! C’est une ronde aussi
que les pieds ailés des amoureux tracent sur les fleurs qu’ils ne
meurtrissent pas, une ronde sans fin dont la musique leur vient du ciel.
Tournez, tournez, cœurs bien épris, sur le chemin sacré de l’Amour!
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