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C’est, à vrai dire, une des heures les plus terribles de la vie que
celle où un homme qui vous a donné la main, que vous estimez souvent
et que vous avez trompé, vous dit tout haut ses doutes, épiant un aveu
sur la pâleur même de votre visage. Certes, c’est là une des plus rudes
épreuves de la vie irrégulière. A vous, jeunes gens, de l’attendre avec
une fermeté convaincue et la volonté parfaite de tout souffrir, même
l’insulte, plutôt que de trahir une femme qui s’est donnée à vous.
Car volontiers je vous blâmerais, si je ne savais la fatalité de nos
tendresses, de n’avoir pas choisi un coquin ou un complaisant pour le
tromper. Ce n’est pas ce qui manque dans le monde! Mais si vous n’avez
pas eu la chance de vous mal apparenter de la main gauche, si c’est
un homme de bien que vous avez essayé de ridiculiser malhonnêtement,
votre faute n’a qu’une excuse possible: un amour vrai et capable de
tous les sacrifices.
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Si vous n’avez pas aimé vraiment, de toute la ferveur de votre cœur,
vous êtes de simples drôles de vous être jetés à travers l’honneur
d’un gentilhomme. Il faut même que la femme que vous avez choisie soit
digne de ce magnifique holocauste si vous voulez que je vous absolve
et même que je vous loue. Mais fût-elle la dernière des dernières,
que votre devoir n’en resterait pas moins absolu, celui de nier, non
pas seulement devant le mari, mais devant le monde tout entier, si
le monde avait l’impertinence de se mêler de vos affaires. Ah! vous
voulez un point absolu de morale? eh bien, je vais vous le fournir.
Un homme d’honneur, en quelque circonstance que ce soit, ne convient
jamais des faveurs qui lui furent accordées, celles-ci vinssent-elles
même d’une créature banale à qui le droit reste toujours de vous avoir
personnellement dédaigné, rendît-elle tout le reste de l’univers
heureux. Ce sont choses dont un homme de quelque délicatesse ne se
vante jamais, s’agît-il d’une fille. Les lèvres qui le racontent ne
sont pas dignes du baiser. Le secret des caresses données et reçues
doit demeurer au plus profond des pudeurs de l’âme. Le mensonge à la
maîtresse qui aime encore, le parjure au mari qui interroge, le silence
à la foule qui espionne: voilà le devoir triplement et nettement
formulé. Vous me direz que la vérité n’y trouve guère son compte.
Qu’importe si l’Amour, qui est l’unique Vérité, l’unique Lumière et
l’unique Joie, y trouve le sien!
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