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Je cite encore: «Et, pour finir, quel est le sentiment qui a le plus
de valeur? Son amour, avec toutes ses ardeurs, mais ses raisonnements,
sa petite pointe de scepticisme voulu, que donne l’expérience... ou
le mien, avec les infinis abandons, les aveugles et reconnaissantes
tendresses d’un premier amour qui, de la froide jeune fille d’hier,
a fait aujourd’hui la femme au cœur tout vibrant de sensations
délicieusement nouvelles et inconnues?» Il faut être un rude orfèvre,
Mademoiselle, pour doser le titre d’un sentiment et en apprécier «la
valeur». Je crois cependant que nos sentiments valent d’autant plus
que l’égoïsme y est plus étranger et qu’il y entre une plus grande
part de sacrifice. La moralité des actes m’a toujours paru pouvoir se
définir par le rapport entre ce qu’ils nous donnent de satisfaction et
ce qu’ils en sacrifient à un idéal plus haut que nous-mêmes. Lequel
de vous deux apporte le plus de désintéressement dans sa tendresse?
Voilà ce qu’il faudrait savoir pour vous répondre. Actuellement vous
y trouvez, tous les deux, votre compte. Vous, jeune fille d’hier,
en savourant l’ivresse de «sensations délicieusement nouvelles et
inconnues». Vous, jeune homme d’autrefois, en exhalant comiquement les
plaintes d’un martyre dont vous ne voudriez, pour rien au monde, être
soulagé. Car c’est de charmants instruments de supplice qu’une bouche
rose et fraîche qui vous baise, qu’un épanouissement de tendresses
ingénues qui vous étreignent, qu’une floraison de caresses qui s’ouvre
pour vous seul et vous ouvre le ciel. On envie plus qu’on ne plaint
ceux qui sont suppliciés de cette façon et vous avez choisi là un genre
de mort intermittente qui fait tout à fait honneur à votre goût. Tant
que vous en serez à cet échange d’enchantements, je ne vous dirai pas
ce que vaut votre amour, à l’un et à l’autre. J’attends que quelque
traverse y mette à l’épreuve vos deux cœurs. Alors je saurai ce que
pèse ce scepticisme, faux peut-être, et ce que cette reconnaissance,
actuellement toute sensuelle, a de vivace. Vous n’en êtes encore qu’au
jeu de l’amour. Son grand combat vous attend où se mesurent vraiment
les âmes. Les dangers que celui-ci brave avec quelque ostentation
puérile, que celle-là oublie par enfantillage peut-être plus que par
passion, se feront réalités. Celui qui aime le plus est celui qui
apportera, à la lutte, le plus de courage et surtout d’abnégation,
celui qui sera fidèle à la douleur comme à la joie, celui qui sera
heureux de souffrir plutôt que d’oublier!
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