Passons au moral, maintenant, s’il vous plaît.
Là, par exemple, j’ai mon sentiment absolu et je vous donne, comme
certain, mon diagnostic. L’amour n’a ici-bas qu’un ennemi sérieux:
l’amour-propre. C’est contre lui que vous devez diriger toutes les
épreuves auxquelles vous soumettez le néophyte avant de l’admettre dans
le temple (je crois que l’image est noblement tournée) ou de prononcer
le: _Dignus, dignus es intrare!_ de la comédie, soit pour citer
heureusement Molière. Proposez-lui de faire, hardiment, pour obtenir
de vous une faveur--oh! mon Dieu, la moindre!--une faveur grande comme
votre petit doigt, la plus petite des faveurs! une fleur, par exemple,
qui sera tombée de votre corsage et que votre joli pied aura meurtrie,
proposez-lui de faire, dis-je, un acte de stupidité écrasante et qui
doive le rendre grotesque aux yeux de l’Univers tout entier. S’il
hésite un seul instant, flanquez-le à la porte. Il y en a, tous les
jours, qui n’hésitent pas, et ce sont les vrais amants!
Tout ceci est pour le côté sérieux des biens que vous attendez du
vôtre. Mais n’allez pas négliger les côtés plus purement aimables de la
question. Gardez-vous précieusement d’un amant jaloux. Contrairement à
l’avis général, ce n’est pas l’Amour que prouve la jalousie, mais son
plus implacable ennemi, l’Amour-propre. C’est le fait des tempéraments
égoïstes et avares. J’ai vu très sérieusement jalouses de leurs maris
des femmes qui les trompaient à la journée--car ce n’est que les amants
qu’on trompe à la nuit--en vertu de ce monstrueux sentiment, très
commun chez la femme, que tout lui est dû et qu’elle ne doit rien au
reste de l’humanité, même des excuses pour nous avoir fait mettre à la
porte du Paradis! Mais il est aussi des hommes de cette farine. Il les
faut fuir comme la peste. Prenez-moi un brave être doux et confiant et
qui ne croie pas que l’Infini se partage, et qui a joliment raison. Car
tous nous pouvons dire à la femme que nous avons aimée, avec le poète:
Ce que j’aimais en vous, c’était ma propre ivresse!
Et cette ivresse-là, toutes les infidélités du monde ne sauraient nous
la voler. A celui à qui vous donnez, Madame, l’immense joie de l’Amour,
qui pourrait se flatter d’en voler quelque chose, puisque ce bonheur
est fait d’impressions qui lui sont absolument personnelles et que la
femme est comme un instrument d’où chacun tire l’air qu’il lui plaît?
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Ne prenez pas davantage un gourmand qu’un jaloux. La bonne chère est
aussi une ennemie de l’Amour. La robustesse passionnelle est aux sobres
et aux tempérants. C’est une vieille sottise accréditée, par les
chansons, que Bacchus et Vénus font bon ménage. L’amant ayant quelque
ferveur se veut appliquer tout entier à la possession consciente de la
maîtresse aimée; entre elle et lui, il ne veut pas de vaines fumées,
mais que seulement monte, vers elle, l’encens qui brûle dans son cœur.
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Mais par-dessus tout, Madame, ne prenez pas non plus pour amant un
politicien. Vous me reviendriez avant huit jours si cruellement
désenchantée qu’il me faudrait me remettre à l’œuvre, et franchement je
ne puis passer tout mon temps à meubler votre couche. Un politicien,
pauvre femme! Dieu vous garde de cette déplaisante bête particulière
au temps où nous vivons, de ce hanneton bourdonnant qui n’a pas même
la circonstance atténuante de n’être d’une seule saison. Conservez,
pour les sonores abeilles du baiser, vos floraisons épanouies et bonne
chance, maintenant!
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