À la suite d'une conférence interminable, où chacune donnait son avis,
il fut décidé qu'Henriette écrirait à Guillaume. La princesse trouvait
normal que les femmes fissent le premier pas.
Elle ajouterait à la lettre un post-scriptum, qui lui ôterait toute
apparence clandestine.
—-Sois tranquille, dit-elle à Henriette, je ne lirai rien.
Henriette s'enferma dans sa chambre, regarda le portrait de Guillaume
et écrivit:
«MON CHER GUILLAUME,
«Je ne sais de quelle façon commencer cette lettre. Je voudrais vous
l'écrire très courte, parce que je ne suis pas adroite et que ce que
j'ai à vous dire est bien simple. Mon cher Guillaume, ne commettez
aucune imprudence: Je vous aime _aussi._
«Je ne veux pas dire que je vous aime comme maman vous aime, ni comme
j'aime maman. Je vous aime d'amour. J'en suis malade et très heureuse.
Mais j'ai peur.
«J'ai compris que vous évitiez la maison par délicatesse, à votre joie
sincère de nous voir arriver à la Panne. Car si vous vouliez nous fuir
pour d'autres raisons, notre surprise vous aurait été plutôt désagréable.
«Mon cher Guillaume, maman et moi, nous étions contentes d'entendre
les soldats faire votre éloge, mais je n'ai pas besoin d'eux pour vous
connaître.
«J'ai peur que vous vous exposiez plus qu'on ne vous le demande et que
vous risquiez votre vie dix fois, pendant que les autres la risquent
une fois.
«Si je vous écris cette lettre si difficile et qui me donne tant de
mal, parce que j'aimerais mieux vous parler, vous tenir la main, c'est
que je voudrais que vous vous ménagiez pour moi, pour nous, pour notre
avenir. Maman est si bonne que vous ne pouvez pas savoir. C'est elle
qui me permet de vous écrire et qui me dit de vous écrire vite pour
gagner du temps.
«Mon cher Guillaume, répondez-moi. Dites-moi si vous m'aimez comme je
vous aime et si vous êtes heureux de ce que maman consente à notre
bonheur.
«Je vous quitte, parce que j'ai envie de pleurer et que je répéterais
toujours la même chose. Mon cher Guillaume,
«Je vous embrasse.»
Sans lire cette lettre, la princesse ajouta au bas de la feuille:
«C'est du propre.»