LES FUSILIERS-MARINS.

Ils se relayaient aux lignes et habitaient une villa de Coxyde-bains.

Ce que Guillaume avait de beau les enchanta. Et, au fait, à ce moment,

quel reproche pourrait-on lui faire? Il ne trompe personne. Ce n'était

pas un nom de générai qui influençait ces âmes nobles. Du reste, ce

nom qui perdait en ce lieu son sens pratique, ne devenait-il pas un

simple nom de guerre? Ils en portaient tous. Guillaume Thomas était

_Fontenoy_, comme Roy: _Fantomas_, Pajot: _Cou de Girafe_, Combescure:

_Mort subite_, Breuil de la Payotte, fils de l'amiral: _l'Amiral_, Le

Gannec: _Gordon Pym._

Leur devoir semblait être celui de madame de Bormes: s'ennuyer le

moins possible. Le reste du secteur, comme le monde à Clémence, n'y

comprenait rien. On prenait leur désinvolture pour de la morgue. On

les traitait d'aristocrates. On se trompait de peu. C'était une

aristocratie, c'est-à-dire une démocratie profonde, une famille, que

ce bataillon.

L'accueil fait à Guillaume n'était possible que là. Jalousies, crainte

des registres, grades, inégalité des classes, l'eussent empêché

ailleurs.

Le bataillon entretenait le négligé de la véritable élégance. À la fin

du repas, Le Goff, matelot qui servait à table, cousit des ancres sur

la vareuse bleu sombre des cantines, et le tour fut joué. On adoptait

Guillaume. On ne se quitterait plus.

Les marins, comme la princesse, furent un foyer pour Guillaume. Ils en

raffolaient, le fêtaient, le consultaient. Ils l'emmenèrent dîner chez

leur chef. Ce vieillard délicieux trouva l'adoption aussi drôle que si

ses enfants, comme il appelait ses subalternes, lui eussent amené un

petit ours. Le fait est que, comme les ours, singes, marmottes,

Guillaume devint fétiche. Il se sentait au but. Son amour pour Henriette

tomba. Son cœur s'était mis en marche à cause d'elle, mais son amour

était l'amour tout court. Il en reportait l'élan sur ses nouveaux amis.

Il leur versait sa richesse. Il était amoureux du bataillon.

Thomas l'imposteur Histoire · 第 35 / 71 题