Il poussait entre les fentes de cette cour d'étranges champignons.
L'orage de la guerre eut sa faune et sa flore, éteintes sitôt la paix.
Madame Valiche en fut un spécimen.
Éprise de drame, pour d'autres motifs que la princesse, elle s'était
offerte au convoi comme infirmière-major. Elle amenait avec elle un
mauvais dentiste, le docteur Gentil, qu'elle donnait pour chirurgien
des hôpitaux. Elle était aussi laide, vulgaire et rapace que madame
de Bormes était belle, noble, désintéressée. Ces deux femmes se
rencontraient sur le terrain de l'intrigue. Simplement, l'une intriguait
pour son plaisir, l'autre pour son intérêt.
Madame Valiche voyait dans cette guerre confuse une excellente eau
trouble, une pêche miraculeuse aux récompenses. Elle aimait le docteur
Gentil et le poussait. Elle joignait à ce mobile un goût maladif pour
l'atroce.
La princesse confondait cet enthousiasme avec le sien. Elle devait
bientôt s'apercevoir de leurs différences profondes.
Madame Valiche était veuve d'un colonel, mort des fièvres au Tonkin.
Elle racontait cette mort et les péripéties du cercueil qu'elle ramenait
en France. Ce cercueil, mal attaché à la grue qui le débarquait, était
finalement tombé à l'eau. Elle se consolait avec le dentiste. Il avait
une barbe noire, une figure jaune, des yeux d'almée.
Ce couple vivait en blouse et en bonnet de police. Madame Valiche
avait cousu des galons sur son amant et sur elle-même. Elle suivait
Clémence dans les bureaux où son aplomb et ses brassards faisaient
merveille.
Mais, malgré tant de grâce d’une part et tant d’astuce de l’autre, le
convoi restait un convoi idéal, cassant la tête des malades et donnant
à l'ambulance l’aspect d’un ministère.