Londres, le 27 juillet 1839.
Monsieur le maréchal,
J'ai reçu ce matin la dépêche télégraphique par laquelle Votre
Excellence m'annonce la défection du capitan pacha. J'ai écrit sans
retard à lord Palmerston pour lui communiquer cette importante nouvelle.
Il m'a répondu en me priant de me rendre à deux heures au Foreign
office; il devait y avoir conseil de cabinet, et je crois qu'il était
bien aise de consulter ses collègues séance tenante.
Lord Palmerston est sorti du conseil pour prendre lecture de la dépêche
télégraphique; il est rentré pour la communiquer aux autres membres du
cabinet. Le résultat de leur délibération a été qu'avant de connaître le
développement de ce nouvel événement, il n'y avait rien à modifier aux
précédentes instructions.
Un courrier de Vienne, parti le 17 juillet, est arrivé ce matin à
Londres. Il apporte des nouvelles de Constantinople jusqu'au 8. La
trahison du capitan pacha était déjà connue à cette date. Le prince
Esterhazy m'a donné à lire la dépêche de M. de Metternich et les
extraits de correspondance du baron de Sturmer. Le tableau de
l'internonce est bien sombre. Le prince de Metternich écrit au prince
Esterhazy qu'il ne faut pas _perdre de temps à gémir_ et que c'est le
moment de resserrer plus fortement que jamais l'union des cinq cours
dans la négociation projetée à Vienne.
Lord Palmerston m'a parlé ce matin dans le même sens; il est d'avis
de presser autant que possible la conclusion de l'arrangement sous le
patronage des cinq cours. Il dit que lord Beauvale est suffisamment
pourvu d'instructions et de pouvoirs à cet effet; ces instructions
sont, comme Votre Excellence le sait, l'hérédité dans la famille de
Méhémet-Ali et une compensation territoriale pour la Porte ottomane.
Je sais que, dans la pensée du cabinet anglais, cette compensation va
jusqu'à la _rétrocession complète de la Syrie;_ mais je ne crois pas
qu'il en fasse une condition _sine qua non_.
Lord Palmerston est très-frappé de la crainte que le cabinet russe ne
pousse à Constantinople à un arrangement direct entre le sultan
et Méhémet-Ali, qui fasse échouer, en les rendant inutiles, les
négociations de Vienne et les garanties qui en découleront; mais il
pense que, même dans le cas de l'arrangement direct admis, nous devrons
continuer nos efforts pour faire sortir du concours moral des quatre
cours un acte auquel la cinquième ne pourra s'empêcher de souscrire.
Veuillez agréer, etc.
BOURQUENEY.