_Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Louis SAUVRY, tombé au champ
d'honneur, le 9 Août 1918 à la prise de Montdidier, à son fils aîné,
Aspirant au 61e d'artillerie, sur le front._
Mon bien cher Fils,
Nous voici à la veille de prendre part d'une manière personnelle et
agissante à la lutte et à notre offensive générale.
Sans trahir aucun secret, nous allons pousser à notre tour par un
mouvement sur notre droite en traversant la voie ferrée à trois
kilomètres environ de la ville de X... (Montdidier), dans un endroit qui
possède des marécages malencontreux. Mais ce qui se passe à notre droite
et à notre gauche nous déblayera certainement beaucoup le terrain.
Il y a, bien entendu, des pièces de tous les calibres et il en arrive
encore cette nuit. Nous avons eu une nuit bruyante, le tapage s'est
continué toute la journée et des deux côtés cela a été un grand concert,
toute la lyre.
Mon bien cher Alfred, tu n'as pas oublié ce que je t'écrivais l'an
dernier dans une semblable circonstance, tu es mieux placé encore
pour apprécier mes sentiments. Si la mort me frappait sur le champ de
bataille, tu pourras te dire que je l'ai trouvée, que je suis venu la
chercher de loin, pour accomplir ce qui m'a paru un devoir, et que
j'ai considéré, à tort peut-être, mais en toute conscience, que je
travaillais pour notre honneur, inspiré par mon amour pour vous.
Au demeurant, la confiance la plus entière m'anime que Dieu veillera sur
mes jours comme il veille sur les tiens et je me place entièrement sous
sa suprême volonté.
Ne t'étonne pas surtout si tu ne reçois pas de lettres de moi, cela
prouvera simplement que les correspondances ne marchent pas, mes
dispositions étant prises à toutes éventualités.
Au revoir, mon bien cher Alfred, je t'embrasse avec tout mon coeur.
Ton père qui t'aime,
Louis SAUVRY.
_Lettre écrite par Charles SAVEL, Maréchal des Logis au 11e Chasseurs, à
Vesoul, mort au champ d'honneur._
Chers Parents,
Si vous recevez cette lettre, c'est que mon rêve se sera réalisé, je
serai mort pour la Patrie, j'aurai donné mon sang pour la France. Je
vous demande de ne verser sur mon cercueil que des larmes de joie;
faites en vos coeurs le sacrifice de votre enfant et exaucez ma prière.
Je pars avec la volonté ferme de me battre à outrance toutes les fois
que j'en aurai l'occasion; rassurez-vous, je ne m'acharnerai pas sur
un ennemi désarmé ou sur un vieillard, non. Mais je veux montrer aux
Allemands que les jeunes Français sont plus patriotes qu'ils ne le
croient. J'ai fait, pour ma part, depuis longtemps, le sacrifice que
je vous demande de faire, encore une fois, exaucez cet ultime voeu. Je
meurs pour Dieu, pour ma Patrie et pour vous et cela ne fait qu'un tout
indissoluble. Parents chéris, je vous presse une dernière fois sur mon
coeur.
Votre CHARLES.
_Lettre écrite par Albert-Charles TAUZIN, 12e Cuirassiers à pied, blessé
mortellement devant La Pompelle le 19 Décembre 1917, décédé sept jours
après à l'ambulance du front, Château Pommery, à Chigny-les-Roses
(Marne)._
Le 25 Décembre 1917.
Mon petit Papa chéri,
Ma bonne petite Maman chérie,
Je ne vous verrai plus, mais je veux que vous sachiez, encore une
dernière fois, que vous étiez ce que j'ai de plus cher au monde et que
je vous ai aimés jusqu'à la dernière minute.
Albert TAUZIN.
_Lettre écrite par le Sergent Charles TEMPLIER, 331e Régiment
d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, le 16 Septembre 1916, à
Bouchavesne._
Jeudi 14 Septembre 1916.
Mon cher Georges,
Deux mots seulement pour te dire que cette fois j'ai vu la bataille, ou
du moins nous y sommes depuis hier.
Je ne veux pas m'en plaindre, loin de là. J'y suis, je ferai mon
possible pour faire pour le mieux, mais sois certain que ton frère fera
son devoir sans trembler, en pensant à vous tous.
Hélas! je ne puis et ne veux te parler de la guerre que je ne
connaissais en rien depuis deux ans et cependant dans sa beauté (car
ce qu'elle représente dans un rayon très étendu est beau), mais aussi
quelle horreur dans son détail, que de tristes choses que l'on voit....
Enfin, les opérations vont assez bien et espérons que bientôt ce sera
fini et j'espère aussi qu'il me sera encore permis de retourner vous
dire ce que j'aurai vu.
Voilà déjà qu'il ne fait pas chaud.
Embrasse bien tout ton monde pour moi et reçois de ton frère un bien bon
baiser.