LOUIS.

_Lettre écrite par Pierre SAGOT, Sous-Lieutenant au 22e Bataillon de

Chasseurs Alpins, mort glorieusement pour la France, le 3 Septembre

1914, en conduisant sa section à l'assaut de la Tête de Behouille

(Vosges)._

J'écris ce petit mot aujourd'hui 2 Septembre, ne connaissant pas le sort

que Dieu me destine.

Quand vous recevrez cette lettre, bien chers parents, j'aurai donné ma

vie pour la Patrie, je serai mort en pensant à vous, après avoir fait

ma prière si Dieu m'en donne le temps! Vivez heureux malgré cette dure

épreuve, reportez votre affection sur votre petit Roger. Dites à tous de

bien aimer leur Patrie pour récompenser ceux qui sont morts pour elle.

Dites à tous de vivre en chrétien, car on a besoin de Dieu au moment de

mourir.

Adieu, bien chers parents, je vous bénis tous.

Votre PIERRE.

_Lettre écrite par Marcel SARCIRON, blessé mortellement, le 6 Septembre

1914, à la bataille de la Marne._

Ma chère Maman,

A la hâte, car le temps presse, une dernière lettre. Malheureusement,

les pourparlers dont je t'avais déjà causé ne sont que trop vrais: avant

la fin de cette semaine, il y aura déjà de mes camarades qui seront

blessés ou morts, peut-être serai-je de ceux-là. En tout cas, il faut

que je te dise qu'avant d'aller à la mort, j'ai rempli mes devoirs de

chrétien. Monsieur le Curé de Gaillon est venu et j'ai été me confesser;

nous étions nombreux, plus que je ne l'aurais cru; il m'a remis une

médaille que je garde. Si tu voyais la figure des soldats, tous sont

pâles et muets.

A l'heure actuelle où je t'écris, on nous informe que nous allons aller

demain à Maubeuge; tu regarderas sur la carte et tu verras que c'est

tout près de la frontière; enfin, je pourrai mourir content, car, bien

que nous soyons tous sacrifiés, j'aurai fait mon devoir jusqu'au bout,

car je pars fier de servir ma Patrie, pour te défendre, et tu pourras

dire que ton fils aura accompli sans défaillance la tâche qu'on lui

imposait, et au dernier moment, je te reverrai, ma petite mère chérie,

et mon cher papa qui a été pour moi un grand ami. Je vous embrasse de

tout coeur en criant: «Vive la France!»

Votre fils qui vous aime et qui pense toujours à vous.

Marcel SARCIRON.

_P.-S._--Ce matin, les habitants de Gaillon nous ont accompagnés à la

gare, nous ont donné du pain, du tabac; tous pleuraient.

Encore un dernier souvenir à vous deux et je meurs en pensant à vous!

Adieu, mon papa chéri, adieu, ma maman adorée! Je vous embrasse comme je

vous ai toujours aimés.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 139 / 150 题