_Lettre écrite par Louis ROBBE, 217e Régiment d'Infanterie, tombé au
champ d'honneur, le 30 Mai 1918, à Terdeghem, près Cassel._
Aux armées, le 12 Août 1917.
Bien chers Parents,
Si vous recevez cette lettre, c'est que je ne serai plus de ce monde.
Oh! mes chers parents, croyez que je serai par la grâce de Dieu auprès
de lui, et je vous supplie de ne pas pleurer sur moi, car, n'étant sur
cette terre que pour gagner le ciel, qu'importe-t-il que ce soit tôt ou
tard, et quelle belle occasion de passer dans l'éternité en combattant
pour la France, qui a certainement commis bien des fautes, mais qui est
malgré tout le royaume de la Sainte Vierge; quoi de plus beau que de
mourir pour elle qui sert quand même la juste cause?
Je fais ici le sacrifice de ma vie au bon Dieu pour la France, si c'est
sa volonté, et je pars avec le désir de faire tout mon devoir sans
exposer ma vie inutilement, bien entendu, mais de servir entièrement
mon pays et aussi je pars réconforté à la pensée que je vous défends
vous-mêmes, mes chers parents.
Je vous demande bien pardon des peines que j'ai pu vous faire, et je
vous remercie de tout mon coeur de ce que vous m'avez élevé dans notre
religion et je demande au bon Dieu de vous bénir pour cela.
Je n'oublierai pas non plus de remercier de tout mon coeur Monsieur
l'Abbé Perret, qui m'a instruit de ma religion et qui m'a fait tant de
bien; Monsieur l'Abbé Amiot, qui a été pour moi un bon pasteur et qui
a si bien continué l'oeuvre de l'Abbé Perret; mes oncles et tantes des
Faittes, qui depuis mon plus jeune âge ont été pour moi des seconds
pères et mères, et en général tous mes autres parents et amis qui m'ont
fait du bien sur la terre; je me recommande aux prières de tous: j'en
aurai tant besoin pour paraître devant le souverain juge.
Enfin, je termine, mes bien chers parents, en vous disant de croire que
ma dernière pensée après Dieu sera pour vous crier un grand au revoir
dans l'Eternité.
Votre LOUIS.
_Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Louis ROBIN, 76e Régiment
d'Infanterie, blessé mortellement le 25 Septembre 1915._
Chère Soeurette,
Je t'écris à toi, car je te sais assez courageuse pour préparer papa et
maman au cas où je resterais dans la fournaise. Si, dans une dizaine
de jours, tu n'as rien reçu de moi, tu pourras dire adieu à ton grand
frérot. Comme tu as dû t'en rendre compte, c'est le grand coup que l'on
donne aux Boches et ce sera probablement la plus grande bataille des
temps modernes sur un front de 800 kilomètres.
Que m'est-il réservé? Mystère. Le 76° est appelé à pénétrer un des
premiers dans les pays envahis par les Boches. Tout le monde ici est
plein d'espoir, ainsi que moi d'ailleurs, et je te recommande mes vieux
parents, ma chère femme et surtout ton petit neveu.
Je termine en t'embrassant.
Ton frère,