Pour mettre en culture des terrains jusque-là vierges, où la charrue
entre avec peine, les colons américains employent souvent la dynamite
qu'ils font exploser au fond de trous de mine ayant 0 m. 75 ou 1 mètre
de profondeur, et forés à intervalles variant de 4 à 7 mètres.
L'établissement fédéral de chimie agricole, à Lausanne, pour se rendre
compte des avantages du procédé, vient de faire faire des essais qui
sont intéressants. Il s'agissait de préparer le terrain destiné à une
plantation d'arbres fruitiers. A la place destinée à chacun de ceux-ci,
on fit exploser une cartouche de 250 grammes de gamsite, contenant 24%
de nitroglycérine. Il fut évident, à l'examen du sol, après l'explosion,
que celle-ci le préparait fort bien. La terre est soulevée et triturée
pour un volume d'un mètre cube et demi, volume de forme conique dont la
base a environ 2 mètres de diamètre à la surface du sol.
L'ameublissement est parfait, et lors de la plantation des arbres on n'a
qu'à creuser à la pelle un trou tout juste suffisant pour recevoir les
racines qui n'éprouveront aucune difficulté à se développer dans la
terre remuée et légère.
L'opération représente une dépense d'environ 75 centimes par arbre: or
le travail à la main qui ne remue pas un demi-mètre cube de terre coûte
généralement plus.
L'expérience a montré que les arbres plantés dans le sol ameublé à la
dynamite se développent plus vite et produisent plus tôt des fruits.
Une observation a été faite en passant à Lausanne: c'est que le procédé
ne vaut rien pour les terrains humides, à nappe d'eau proche de la
surface. On voulut défoncer un terrain humide destiné à recevoir, après
drainage, une culture de luzerne. Mais la résistance de l'eau s'opposa à
un travail utile; l'énergie de l'explosif ne servit qu'à projeter la
terre à une grande hauteur, en creusant des trous d'un demi-mètre cube.
Quoi qu'il en soit, l'industrie des explosifs paraît pouvoir trouver
dans l'agriculture un emploi pacifique de ses produits et gagner de
l'argent sans massacrer des hommes.