UN NOUVEAU POIVRE ARTIFICIEL.

Chignons d'olives, noyaux pulvérisés, maniguettes, baies de

laurier-cerise, graines de céréales, riz, pommes de terre, gingembre,

galanga, etc., etc., on trouve un peu de tout dans certains poivres

moulus du commerce, sans compter des poussières, du sable et des débris

minéraux. Malheureusement, ces falsifications complexes ne peuvent guère

être mises en évidence que par des chimistes ou des micrographes

spécialisés, et le grand public des consommateurs est à peu près désarmé

contre elles.

Malgré cette impossibilité pratique de les reconnaître à première vue et

malgré le prix relativement élevé du poivre pur, on s'explique mal le

succès que rencontrent, depuis quelques mois surtout, certains

succédanés du poivre, mis en vente sous des noms plus ou moins

fantaisistes. Ils sont, en effet, d'un prix marchand élevé, car, s'ils

coûtent de 30 à 40% moins cher que le poivre pur, il en faut en moyenne

de trois à quatre fois plus pour obtenir un résultat culinaire identique

à celui que donne le bon poivre. Le plus connu de ces produits

artificiels coûte à fabriquer 0 fr. 75 le kilo environ; il est vendu en

gros au prix de 3 fr. 75, tandis que le poivre blanc qu'il se propose

d'imiter et de remplacer vaut de 5 fr. 50 à 6 francs le kilo. Mais,

comme il est composé de farine de sarrazin macérée dans de la teinture

de myrrhe et du jus d'oignons, additionné de piment de Cayenne, d'une

faible quantité de poivre moulu, de clous de girofles et de plantes

aromatiques séchées, ce qui constitue un ensemble dont la valeur

«poivrante» est assez faible, il est permis d'estimer que l'économie

réalisée par son emploi est beaucoup plus apparente que réelle.

L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913 · 第 19 / 26 题