VISION.

_L’era ona nocc di più indiavolaa

Scur come in bocca al loff: no se sentiva

Una pedana. . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

E’l pover merit che l’ è minga Don

Te me l’ hann costringiuu là in don canton._

Il y a plus de véritable poésie dans cet ouvrage que dans tout ce

qu’on a publié en France depuis les _Métamorphoses_ de M. Lemercier.

Jamais satire contre un gouvernement ne fut plus sanglante, plus

méritée, et l’on peut dire plus dangereuse. Comme ce poëme est aussi

frappant par le pittoresque de la fiction (l’ombre de Prina apparaît

à un bourgeois qui traverse le cimetière où il repose, et lui

demande ce que Milan a gagné à l’avoir assassiné), que par le

mordant des épigrammes, il s’en répandit deux mille copies en huit

jours.

«Si la police, disait-on, a quelque preuve contre le malheureux

poète, il ira pourrir, le reste de sa vie, dans un cachot de

Mantoue.» L’auteur, qui est fort jeune, faisait le nigaud tant qu’il

pouvait dans le monde. Il commençait à respirer, lorsqu’un beau jour

on arrête deux de ses amis. Ils sont convaincus d’avoir distribué

les premières copies de l’ouvrage, et vont être punis comme auteurs.

Le gouverneur fait alors appeler le pauvre jeune homme, et lui fait

sentir adroitement l’infamie dont il se couvre en laissant conduire

ses amis en prison. Il n’hésite pas à tout avouer. «J’ai cru,

disait-il devant moi le jour même de l’événement, me jeter en prison

pour le reste de ma vie: quelle a été ma surprise de voir son

excellence me dire: «Monsieur, le gouvernement est moins méchant que

vous ne le croyez: vous aurez la ville pour prison, et je m’en vais

moi-même demander votre grâce au conseil aulique.» Deux mois après

le jeune poète est appelé de nouveau. Il fait ses arrangemens

croyant ne plus rentrer chez lui. Il arrive tout pâle chez le

gouverneur qui lui dit: «Sa Majesté pardonne à votre jeunesse, et

vous invite à faire désormais un meilleur usage de vos talens.»

Aucun Italien n’est assez mon ami pour que j’ose le consulter sur les

réflexions précédentes: c’est tout ce qu’il y a de plus délicat. J’ai

voulu chez madame ***, à minuit et demi, quand nous n’étions plus que

sept à huit, donner une tournure littéraire à la question. J’ai avancé

«que pour arriver à un nouveau Dante il fallait commencer par semer des

Delolme et des Benjamin Constant, que jamais homme n’a été plus lui-même

que le Dante, qu’Alfieri n’était pas _lui_ pour la langue, que même pour

les idées il était bien moins _lui_ qu’il ne croyait.» J’ai été sifflé

en quatuor; quatre personnes sur sept parlaient à la fois pour me

terrasser. Après m’être assuré que l’expérience était impossible, je

suis bien vite convenu de mon tort.

Ce qu’il y a d’affreux, c’est que ce défaut de la langue rend le comique

impossible. Il n’y a pas de tournure _affectée_ qui ne soit naturelle

dans quelque coin[31]. Il restait la pauvre _comedia dell Arte_,

Arlequin et Pantalon; les convenances les ont fait proscrire[32].

[31] Le ton de critique de Lamothe, vieilli d’un siècle chez nous,

serait à cinquante ans en avant de l’Italie. Les plaisanteries sur

les mots _âne_, _bête_, et sur les idées d’_argent_ reviennent sans

cesse. Voir les journaux littéraires et les pamphlets de 1816 et

1817. On vient de me faire acheter, à Florence, _Genovesi_, _Vico_,

_l’Uomo morale de Longano_, les _Saggi Politici_ de _Mario Pagano_

qui mourut pour ses opinions, le _Platone in Italia_ de M. _Cuoco_,

la _Monarchia Costituzionale_ d’un professeur de Milan. J’aurais été

charmé de trouver cela bon.

Il y a une douzaine de citations latines qui reviennent toujours:

_Quandoque bonus dormitat Homerus, quousque tandem, etc., etc._

Voici une phrase qu’on a voulu rendre piquante, comme Geoffroy, et

qui est toute copiée des tournures d’esprit de la canaille

florentine, au quatorzième siècle:

_Ei roda pure i chiavistelli, che i muccini hanno aperto gli

occhi, e i cordovani sono rimasi in Levante, anzi non è più tempo

che Berta filava, e i paperi menavan l’oche a bere._

Tout cela fait allusion à des idées qui avaient été mises en vogue

par les romans du douzième siècle. On voit qu’il y a de l’érudition.

Si on rassemble sur une même tablette les meilleurs ouvrages qui ont

paru depuis 1770, en anglais, allemand, français et italien, on

verra qu’avoir posé l’équation c’est l’avoir résolue. La littérature

italienne est la plus niaise, et cependant:

_La Pianta uomo nasce più robusta in Italia che in qualunque altra

terra, gli stessi atroci delitti che vi si commettono ne sono una

prova._

Rome, Naples et Florence, en 1817 · 第 8 / 39 题