CHATEAUBRIAND ET Mme DE CUSTINE[446].
[Note 446: Ci-dessus, p. 297.]
Sur les relations de Chateaubriand et de Mme de Custine, nous n'avons
pas moins de deux volumes publiés, le premier en 1888 par M. Agénor
Bardoux, le second en 1893 par M. Chédieu de Robethon.
Déjà en 1885, M. Bardoux avait consacré un volume à la _Comtesse
Pauline de Beaumont_; son livre sur _Madame de Custine_ en était comme
la suite. Certes, dans ces deux volumes, l'auteur a mis de l'esprit,
de l'intérêt, de la délicatesse. On me permettra cependant de tenir
pour fâcheuses de telles publications. Que Chateaubriand, {p.569}
puisqu'il appartient à l'histoire, relève de la chronique, je le veux
bien; mais ces femmes qui ont vécu dans l'ombre, qui n'ont jamais joué
aucun rôle, a-t-on le droit aujourd'hui de les mettre en scène, de
venir, après un demi-siècle et plus, raconter leurs amours, vider
leurs tiroirs et jeter en pâture à la malignité publique leurs lettres
les plus intimes?
Quoiqu'il en soit, M. Bardoux a pris texte des relations de Mme de
Custine et de Chateaubriand pour présenter sous un jour odieux le
caractère du grand écrivain. Il a fait de Mme de Custine une victime
misérablement trahie, lâchement abandonnée; il a fait de Chateaubriand
un froid adorateur, sans scrupules, sans remords et sans pitié.
Il y avait peut-être quelque témérité, de la part de M. Bardoux, à
mettre ainsi tous les torts à la charge de l'une des parties, alors
que les pièces principales du procès lui faisaient défaut. De la
correspondance échangée entre Chateaubriand et Mme de Custine, il ne
possédait rien, en effet, si ce n'est une lettre et quelques billets à
peu près insignifiants. Cette correspondance existait pourtant; elle
était aux mains d'un heureux collectionneur, M. Chédieu de Robethon.
Ce dernier n'avait pas moins de quarante lettres de Chateaubriand à
Mme de Custine. Or, ces lettres, loin de s'accorder avec les sévérités
dont l'illustre écrivain venait d'être l'objet, le disculpaient, au
contraire, complètement. Ne devenait-il pas dès lors nécessaire de les
publier? M. de Robethon l'a pensé avec d'autant plus de raison, qu'il
ne pouvait être accusé de révéler au public les faiblesses de la vie
de Mme de Custine: après le livre de M. Bardoux, il ne restait plus
une indiscrétion à commettre.
* * * * *
À quelle époque Chateaubriand et Mme de Custine se sont-ils connus?
comment est né ce long attachement {p.570} qui a traversé tant de
fortunes diverses et que la mort seule a brisé? D'après M. Bardoux,
ils se seraient vus pour la première fois en 1803, dans le salon de
Mme de Rosambo, alliée au frère aîné de Chateaubriand, qui avait été
une des compagnes de Mme de Custine à la prison des Carmes[447]. M. de
Robethon est d'avis que leur première rencontre remonte un peu plus
haut, peut-être jusqu'à l'année 1801, et qu'elle a eu lieu dans des
circonstances très différentes. Il croit, en effet, trouver un indice
de leurs premières relations dans la page des _Mémoires d'Outre-tombe_
où Chateaubriand raconte que, après l'apparition du _Génie du
christianisme_, au milieu de l'enthousiasme des salons, il fut
enseveli sous un amas de billets parfumés: «Si ces billets,
continue-t-il, n'étaient aujourd'hui des billets de grand'mère, je
serais embarrassé de raconter avec une modestie convenable, comment on
se disputait un mot de ma main, comment on ramassait une enveloppe
suscrite par moi, et comment, avec rougeur, on la cachait, en baissant
la tête, sous le voile tombant d'une longue chevelure.» Ce dernier
trait s'appliquait évidemment à une seule personne et à un fait
particulier; c'est une émotion unique que le poète a ressentie à ce
larcin, gage indiscret d'un naissant amour, qui se dérobait «sous le
voile _d'une longue chevelure_». Cette longue chevelure, nous la
retrouvons deux fois dans la page des _Mémoires_ que je viens de
rappeler. Chateaubriand semble en avoir fait pour Mme de Custine une
sorte d'auréole, un charme distinctif qui n'appartient qu'à elle.
[Note 447: _Bardoux_, p. 131.]
À l'appui de la conjecture, déjà très plausible, de M. de Robethon, il
est permis aujourd'hui d'apporter une preuve directe et décisive.
Parmi les lettres inédites de Chateaubriand à Fontanes, récemment
publiées par {p.571} M. l'abbé Pailhès, j'en trouve une, en date du 8
septembre 1802, qui commence ainsi:
Eh bien, mon cher enfant, les vers? Vous êtes un maudit
homme. Pas un signe de vie de votre part...
Comment va Mme Fontanes, et l'enfant[448], et la soeur, et
l'oncle? Que vous êtes heureux d'avoir tant de coeurs qui
s'intéressent à vous?
La grande voyageuse[449], comment est-elle? Je ne sais si
elle a reçu ma lettre.
À propos de lettres, il vient de m'arriver, par la poste,
toute décachetée une lettre qui me fait peine si F... l'a
vue. _On_ se plaint de mes rigueurs et _on_ m'offre des
merveilles. Je ne sais comment faire pour empêcher les
indiscrètes bontés de m'arriver par le grand chemin...
[Note 448: Christine de Fontanes.]
[Note 449: Mme Bacciochi.]
F... ne peut être que Fouché. C'est lui, en sa qualité de ministre de
la police, et lui seul, qui a pu voir cette lettre, si même ce n'est
pas lui qui l'a décachetée; car une lettre mise à la poste, une lettre
contenant _d'indiscrètes bontés_, et de nature à intéresser Fouché,
n'a pas pu n'être pas cachetée avec soin. Or, Fouché, à cette époque,
et depuis plusieurs années déjà, était le protecteur actif,
l'admirateur passionné, le grand ami de Mme de Custine. De là, l'ennui
éprouvé par Chateaubriand, à la pensée que la lettre «décachetée»
avait passé sous les yeux du ministre de la police.
Il est donc impossible de ne pas faire remonter à cette date de
septembre 1802 le début des relations de Mme de Custine avec
Chateaubriand.
Si la date de 1803, donnée par M. Bardoux, est inexacte, celle de
1801, mise en avant par M. de Robethon, est également erronée. Il dit
en effet lui-même--et avec raison--que la première rencontre eut lieu
peu après l'apparition du _Génie du christianisme_. Or, le _Génie du
christianisme_ a paru, non en 1801, mais le 14 avril 1802.
{p.572} Après avoir reproduit une lettre du 1er août 1804, M. Bardoux
ajoute: «Le Chateaubriand quinteux, personnel, méfiant, est tout
entier dans cette lettre[450]» De quoi s'agit-il donc? M. Bardoux ne
nous le dit pas, par cette excellente raison qu'il n'en sait rien
lui-même. Prise isolément, la lettre qu'il avait sous les yeux n'était
pas seulement obscure, elle était inintelligible. Mais alors pourquoi
s'emparer de cette lettre, à laquelle on ne comprend rien, dont on
ignore par conséquent le caractère et la portée, pour s'en faire une
arme contre son auteur, pour en tirer des conclusions défavorables à
son caractère?
[Note 450: _Bardoux_, p. 153.]
Aujourd'hui, grâce à la publication de M. Chédieu de Robethon, nous
savons exactement ce qui s'est passé.
Désintéressé, généreux, n'entendant rien aux affaires, Chateaubriand
était parfois à court d'argent. Pendant son séjour à Rome, il avait
épuisé ses dernières ressources au cours de la maladie de Mme de
Beaumont; il ne pouvait pas, et pour rien au monde il n'aurait voulu,
en un tel moment, lui exposer sa détresse, lui demander un crédit, et
se faire rembourser en quelque sorte des soins qu'il lui avait
prodigués. Il y avait là une question de délicatesse et d'honneur.
C'est dans ces circonstances qu'il s'adressa à Mme de Custine.
Celle-ci refusa. Elle n'avait vu qu'une rivale, là où elle ne devait
voir qu'une infortunée et une mourante. Chateaubriand était rentré en
France depuis quelques mois, lorsqu'il apprend que cet incident connu
de lui seul et de Mme de Custine est tombé dans la bouche du public et
que les détails en courent les salons. Atteint jusqu'au fond du coeur,
il écrit à Mme de Custine la lettre qu'on va lire:
_Lundi, 16 juillet 1804._
Je ne sais si vous ne finirez point par avoir raison, si
tous vos noirs pressentiments ne s'accompliront point. Mais
je sais {p.573} que j'ai hésité à vous écrire n'ayant que
des choses fort tristes à vous apprendre. Premièrement, les
embarras de ma position augmentent tous les jours et je vois
que je serai forcé tôt ou tard à me retirer hors de France
ou en province; je vous épargne les détails. Mais cela ne
serait rien si je n'avais à me plaindre de vous. Je ne
m'expliquerai point non plus: mais quoique je ne croie point
tout ce qu'on m'a dit, et surtout la manière dont on me l'a
dit, il reste certain toutefois que vous avez parlé d'un
service que je vous priais de me rendre lorsque j'étais à
Rome, et que vous ne m'avez pas rendu. Ces choses-là
tiennent à l'honneur, et je vous avoue qu'ayant déjà le tort
du refus, je n'aurais jamais voulu penser que vous eussiez
voulu prendre encore sur vous le plus grand tort de la
_révélation_. Que voulez-vous? On est indiscret sans le
vouloir, et souvent on fait un mal irréparable aux gens
qu'on aime le plus.
Quant à moi, madame, je ne vous en demeure pas moins
attaché. Vous m'avez comblé d'amitiés et de marques
d'intérêt et d'estime; je parlerai éternellement de vous
avec les sentiments, le respect, le dévouement que je
professe pour vous. Vous avez voulu rendre service à mon
ami[451] et vous le pouvez plus que moi puisque Fouché est
ministre. Je connais votre générosité, et l'éloignement que
vous pouvez ressentir pour moi ne retombera pas sur un
malheureux injustement persécuté. Ainsi, madame, le ciel se
joue de nos projets et de nos espérances. Bien fou qui croit
aux sentiments qui paraissent les plus fermes et les plus
durables. J'ai été tellement le jouet des hommes et des
prétendus amis, que j'y renonce. Je ne me croirai pas, comme
Rousseau, haï du genre humain, mais je ne me fierai plus à
ce genre humain. J'ai trop de simplicité et d'ouverture de
coeur pour n'être pas la dupe de quiconque voudra me
tromper.
Cette lettre très inattendue vous fera sans doute de la
peine. En voilà une autre sur ma table que je ne vous envoie
pas et que je vous avais écrite il y a sept ou huit heures.
J'ignorais alors ce que je viens d'apprendre, et le ton de
cette lettre était bien différent du ton de celle-ci. Je
vous répète que je ne crois pas un mot des détails honteux
qu'on m'a communiqués, mais il reste un fait: on sait le
service que je vous ai demandé et comment peut-on savoir ce
qui était sous le sceau du secret dans une de mes lettres,
si vous ne l'aviez pas dit vous-même?
Adieu.
[Note 451: M. Bertin l'aîné. Voir la note 4 de la
page 395.]
{p.574} Dans sa réponse, Mme de Custine essaya sans doute d'une
diversion et rejeta probablement les torts sur une personne qu'elle
craignait de se voir préférer et dont la perfidie aurait machiné cette
dénonciation. La seconde lettre de Chateaubriand ne fut pas moins
digne et moins noble que la première:
Il ne s'agit pas de comparaison, car je ne vous compare à
personne, et je ne vous préfère personne. Mais vous vous
trompez si vous croyez que je tiens ce que je vous ai dit de
_celle_ que vous soupçonnez. Si je le tenais d'elle, je
pourrais croire que la chose n'est pas encore publique; or
ce sont des gens qui vous sont étrangers qui m'ont averti
des bruits qui couraient. Il me serait encore fort égal, et
je ne m'en cacherais pas, qu'on dit que je vous ai demandé
un service. Mais ce sont les circonstances qu'on ajoute à
cela qui sont si odieuses que je ne voudrais pas même les
écrire et que mon coeur se soulève en y pensant. Vous vous
êtes fort trompée si vous avez cru que Madame... m'ait
jamais rendu des services dans le genre de ceux dont il
s'agit[452]; c'est moi, au contraire, qui ai eu le bonheur
de lui en rendre. J'ai toujours cru, au reste, que vous avez
eu tort de me refuser. Dans votre position, rien n'était
plus aisé que de vous procurer le peu de chose que je vous
demandais; j'ai vingt amis pauvres qui m'eussent obligé
poste pour poste, si je ne vous avais donné la préférence.
Si jamais vous avez besoin de mes faibles ressources,
adressez-vous à moi et vous verrez si mon indigence me
servira d'excuse.
Mais laissons tout cela, vous savez si jusqu'à présent
j'avais gardé le silence, et si, bien que blessé au fond du
coeur, je vous en avais laissé apercevoir la moindre chose,
tant était loin de ma pensée tout ce qui aurait pu vous
causer un moment de peine ou d'embarras. C'est la première
et la dernière fois que je vous parlerai de ces choses-là.
Je n'en dirai pas un mot à la _personne_, soit que cela
vienne d'elle ou non. Le moyen de faire vivre une pareille
affaire est d'y attacher de l'importance et de faire du
bruit; cela mourra de soi-même comme tout meurt en ce monde.
Les calomnies sont devenues pour moi des choses toutes
simples; on m'y a si fort accoutumé que je trouverais
{p.575} presque étrange qu'il n'y en eût pas toujours
quelques-unes de répandues sur mon compte.
C'est à vous maintenant à juger si cela doit nous éloigner
l'un de l'autre. Pour blessé, je l'ai été profondément; mais
mon attachement pour vous est à toute épreuve; il survivra
même à l'absence, si nous ne devons plus nous revoir.
Je vous recommande mon ami[453].
_Paris, 4 thermidor (juillet 23)._
[Note 452: Est-ce à Mme de Beaumont qu'il fait
allusion? Ces suppositions de Mme de Custine
auraient été bien blessantes pour Chateaubriand.
_Note de M. Chédieu de Robethon_.]
[Note 453: Toujours M. Bertin.]
Mme de Custine, dans sa réponse, chercha, paraît-il, à expliquer le
refus du service que Chateaubriand lui avait demandé. Elle laissa
entendre qu'elle s'était sentie froissée à l'idée de subvenir aux
dépenses nécessitées par la présence à Rome de Mme de Beaumont. C'est
ici que se place la lettre de Chateaubriand, du 1er août 1804, citée
par M. Bardoux, et dont voici le début:
Je vois qu'il est impossible que nous nous entendions jamais
par lettre. Je ne me rappelle plus pour quel objet je vous
avais demandé ce service; mais si c'est pour celui que vous
faites entendre, jamais, je crois, preuve plus noble de
l'idée que j'avais de votre caractère n'a été donnée; et
c'est une grande pitié que vous ayez pu la prendre dans un
sens si opposé; je m'étais trompé...
Cependant, malgré l'aigreur de ces premières lignes, Chateaubriand
s'adoucit: il ne demande qu'à pardonner, à tout oublier, et la lettre
se termine par un mot charmant: «Adieu, j'ai encore bien de la peine à
vous dire quelque mots aimables, mais ce n'est pas faute d'envie.» Le
post-scriptum renouvelle la demande de pressantes démarches auprès de
Fouché en faveur de «l'ami malheureux et persécuté». Ainsi, même dans
ces circonstances où il semblerait devoir être tout entier à sa
légitime irritation et à sa vive douleur, pas un seul instant il
n'oubliera son ami. N'en déplaise à M. Bardoux, il me {p.576} semble
bien que cet épisode est tout à l'honneur de Chateaubriand.
* * * * *
Nous ne sommes encore qu'en 1804. Mme de Custine ne mourra que
vingt-deux ans plus tard. Jusqu'à la fin, la correspondance publiée
par M. de Robethon le démontre, Chateaubriand resta son ami.
Pendant son ambassade à Londres, en 1822, le fils de Mme de Custine,
Astolphe, vint en Angleterre: «Une fois à son poste, dit M. Bardoux,
il (Chateaubriand) n'écrivait plus; et Astolphe alla passer quelques
jours en Angleterre pour rapporter de ses nouvelles.» Cela encore
n'est point exact. Il ne s'agissait point d'une simple course à
Londres pour que le fils rapportât à sa mère des nouvelles de
l'ambassadeur trop lent à écrire, mais d'un voyage en Angleterre et en
Écosse, qui dura plus de deux mois, du 26 juillet au 30 septembre. Du
26 juillet au 8 septembre, époque à laquelle Chateaubriand quitta
Londres pour se rendre au Congrès de Vérone, très nombreuses sont ses
lettres à Mme de Custine, et toutes témoignent de sa sollicitude pour
le fils de son amie.
De retour à Paris, Chateaubriand reprit ses relations assidues avec
Mme de Custine, qui, comptant avec raison sur son dévouement et sur le
crédit qu'elle-même possédait à la cour, entreprit alors de faire de
son fils un pair de France, ou tout au moins, s'il n'était pas
possible d'atteindre immédiatement à ce rang élevé, de lui créer des
titres par de hautes fonctions diplomatiques. Chateaubriand approuva
ces projets, et peut-être en fut-il l'inspirateur.
Quand il arriva au ministère avec M. de Villèle, au mois de décembre
1822, la confiance de Mme de Custine dans le succès de ses espérances
s'en accrut encore. Renonçant pour Astolphe à cette sorte de stage
dans la diplomatie qui, une première fois du reste, lui avait assez
mal réussi {p.577} elle sollicita directement la pairie avec l'ardeur
fiévreuse et l'obstination qu'elle mettait à toutes choses. Elle ne
laissera plus à Chateaubriand une heure de répit. Elle le poursuit,
elle le harcèle, et comme la nomination ne vient pas, elle se répand
en plaintes et en reproches. M. Bardoux les tient naturellement pour
fondés. Il accuse Chateaubriand d'oublier «au milieu des enivrements
du pouvoir» et son amie et le jeune Astolphe. «De toutes les amies,
fort anxieuses de lui, dit-il, Mme de Custine était la plus négligée;
les billets que Chateaubriand, ministre, lui envoie, sont bien écrits
de sa main, mais _il ne prend plus le temps de mettre l'adresse; c'est
un secrétaire qui s'en charge_[454].»--Chateaubriand est ministre des
affaires étrangères; la France est en guerre avec l'Espagne; c'est sur
lui que pèsent à ce moment les plus lourdes responsabilités; il lui
faut faire face à l'opposition de M. Canning et aux attaques des
_libéraux_; dans le sein même du cabinet, il a des luttes à soutenir;
et s'il lui arrive de charger un secrétaire de mettre une adresse sur
un billet, il sera démontré qu'il n'est qu'un égoïste et un lâcheur!
Ici, du reste, comme tout à l'heure pour l'incident de 1804, M.
Bardoux n'a pas eu de chance. On ne lui a communiqué que des
_billets_, des billets de deux ou trois lignes et il en prend texte
pour accuser Chateaubriand d'ingratitude. Mais à côté de ces billets
un peu laconiques, il y en a d'autres qui sont charmants et il ne les
a pas connus. Il y a aussi des lettres, de vraies lettres, et il ne
les a pas connues davantage. Lettres et billets prouvent que
Chateaubriand ne négligeait rien pour faire réussir la candidature
d'Astolphe à la pairie. Un moment, il crut avoir partie gagnée, mais
le succès espéré ne vint pas. Dans la lettre suivante, il rend compte
à Mme de Custine de ce qui s'est passé:
{p.578} _Mercredi 24 décembre 1823._
J'avais de grandes espérances. Elles ont été trompées pour
le moment. Le roi n'a voulu nommer, je crois, que des
députés, des militaires et des hommes de sa maison et de
celles des princes. Mais j'ai la promesse pour Astolphe pour
une autre circonstance qui n'est pas très éloignée. Ne
croyez pas que je vous oublie et que vous n'êtes dans ma vie
au nombre de mes plus doux et de mes plus impérissables
souvenirs.
Mille tendresses à tous.