MON ITINÉRAIRE.

«Un orage du sud-est s'éleva à notre grande joie, et en cinq jours

nous arrivâmes dans les eaux de l'île de Malte. Nous la découvrîmes la

veille de Noël; mais, le jour de Noël même, le vent se rangeant à

l'ouest-nord-ouest, nous chassa au midi de Lampedouse. Nous restâmes

dix-huit jours sur la côte orientale du royaume de Tunis, entre la vie

et la mort. Je n'oublierai de ma vie la journée du 28.

«Nous jetâmes l'ancre devant les îles de Kerkeni. Nous restâmes huit

jours à l'ancre dans la petite Syrte, où je vis commencer l'année

1807. Sous combien d'astres et dans combien de fortunes diverses

j'avais déjà vu se renouveler pour moi les années, qui passent si vite

ou qui sont si longues! Qu'ils étaient loin de moi ces temps de mon

enfance où je recevais avec un coeur palpitant de joie la bénédiction

et les présents paternels! Comme ce premier jour de l'année {p.525}

était attendu! Et maintenant, sur un vaisseau étranger, au milieu de

la mer, à la vue d'une terre barbare, ce premier jour s'envolait pour

moi, sans témoins, sans plaisirs, sans les embrassements de la

famille, sans ces tendres souhaits de bonheur qu'une mère forme pour

son fils avec tant de sincérité! Ce jour, né du sein des tempêtes, ne

laissait tomber sur mon front que des soucis, des regrets et des

cheveux blancs.»

Julien est exposé à la même destinée, et il me reprend d'une de ces

impatiences dont, heureusement, je me suis corrigé.

Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2 · 第 49 / 96 题