MON ITINÉRAIRE.

«Le 23 novembre, à midi, le vent étant devenu favorable, je me rendis

à bord du vaisseau. J'embrassai M. Drovetti sur le rivage, et nous

nous promîmes {p.523} amitié et souvenance: j'acquitte aujourd'hui ma

dette.

«Nous levâmes l'ancre à deux heures. Un pilote nous mit hors du port.

Le vent était faible et de la partie du midi. Nous restâmes trois

jours à la vue de la colonne de Pompée, que nous découvrions à

l'horizon. Le soir du troisième jour, nous entendîmes le coup de canon

de retraite du port d'Alexandrie. Ce fut comme le signal de notre

départ définitif, car le vent du nord se leva, et nous fîmes voile à

l'occident.

«Le 1er décembre, le vent, se fixant à l'ouest, nous barra le chemin.

Peu à peu il descendit au sud-ouest et se changea en une tempête qui

ne cessa qu'à notre arrivée à Tunis. Pour occuper mon temps, je

copiais et mettais en ordre les notes de ce voyage et les descriptions

des _Martyrs_. La nuit, je me promenais sur le pont avec le second, le

capitaine Dinelli. Les nuits passées au milieu des vagues, sur un

vaisseau battu de la tempête, ne sont pas stériles; l'incertitude de

notre avenir donne aux objets leur véritable prix: la terre,

contemplée du milieu d'une mer orageuse, ressemble à la vie considérée

par un homme qui va mourir.»

Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2 · 第 47 / 96 题