«Nous sommes arrivés au Jourdain à sept heures du matin, par des
sables où nos chevaux entraient jusqu'aux genoux, et par des fossés
qu'ils avaient peine à remonter. Nous avons parcouru le rivage jusqu'à
dix heures, et, pour nous délasser, nous nous sommes baignés très
commodément par l'ombre des arbrisseaux qui bordent le fleuve. Il
aurait été très facile de passer de l'autre côté à la nage, {p.522}
n'ayant de largeur, à l'endroit où nous étions, qu'environ 40 toises;
mais il n'eût pas été prudent de le faire, car il y avait des Arabes
qui cherchaient à nous rejoindre, et en peu de temps ils se réunissent
en très grand nombre. Monsieur a empli sa seconde bouteille de
fer-blanc d'eau du Jourdain.»
Nous rentrâmes dans Jérusalem: Julien n'est pas beaucoup frappé des
saints lieux: en vrai philosophe, il est sec: «Le Calvaire, dit-il,
est dans la même église, sur une hauteur, semblable à beaucoup
d'autres hauteurs sur lesquelles nous avons monté, et d'où l'on ne
voit au loin que des terres en friche, et, pour tous bois, des
broussailles et arbustes rongés par les animaux. La vallée de Josaphat
se trouve en dehors, au pied du mur de Jérusalem, et ressemble à un
fossé de rempart.»
Je quittai Jérusalem, j'arrivai à Jaffa, et je m'embarquai pour
Alexandrie. D'Alexandrie j'allai au Caire, et je laissai Julien chez
M. Drovetti, qui eut la bonté de me noliser un bâtiment autrichien
pour Tunis. Julien continue son journal à Alexandrie: «Il y a, dit-il,
des juifs qui font l'agiotage comme partout où ils sont. À une
demi-lieue de la ville, il y a la colonne de Pompée, qui est en granit
rougeâtre, montée sur un massif de pierres de taille.»