«Nous sommes descendus de cheval pour les laisser reposer et manger,
ainsi que nous, qui avions une assez bonne cantine que les religieux
de Jérusalem nous avaient donnée. Après notre collation faite, nos
Arabes allèrent à une certaine distance de nous, pour écouter,
l'oreille sur terre, s'ils entendaient quelque bruit; nous ayant
assuré que nous pouvions être tranquilles, alors chacun s'est
abandonné au sommeil. Quoique couché sur des cailloux, j'avais fait un
très bon somme, quand Monsieur vint me réveiller, à cinq heures du
matin, pour faire préparer tout notre monde à partir. Il avait déjà
empli une bouteille en fer-blanc, tenant environ trois chopines, de
l'eau de la mer Morte, pour rapporter à Paris.»
{p.521} MON ITINÉRAIRE.
«Nous levâmes le camp, et nous cheminâmes pendant une heure et demie
avec une peine excessive dans une arène blanche et fine. Nous
avancions vers un petit bois d'arbres de baume et de tamarins, qu'à
mon grand étonnement je voyais s'élever du milieu d'un sol stérile.
Tout à coup, les Bethléémites s'arrêtèrent et montrèrent de la main,
au fond d'une ravine, quelque chose que je n'avais pas aperçu. Sans
pouvoir dire ce que c'était, j'entrevoyais comme une espèce de sable
en mouvement sur l'immobilité du sol. Je m'approchai de ce singulier
objet, et je vis un fleuve jaune que j'avais peine à distinguer de
l'arène de ses deux rives. Il était profondément encaissé, et roulait
avec lenteur une onde épaisse: c'était le Jourdain...
«Les Bethléémites se dépouillèrent et se plongèrent dans le Jourdain.
Je n'osais les imiter, à cause de la fièvre qui me tourmentait
toujours.»