«Quand on voyage dans la Judée, d'abord un grand ennui saisit le
coeur; mais lorsque, passant de solitude en solitude, l'espace s'étend
sans bornes devant vous, peu à peu l'ennui se dissipe, on éprouve une
terreur secrète qui, loin d'abaisser l'âme, donne du courage et élève
le génie. Des aspects extraordinaires décèlent de toutes parts une
terre travaillée par des miracles: le soleil brûlant, l'aigle
impétueux, le figuier stérile, toute la poésie, tous les tableaux de
{p.520} l'Écriture sont là. Chaque nom renferme un mystère; chaque
grotte déclare l'avenir; chaque sommet retentit des accents d'un
prophète. Dieu même a parlé sur ces bords: les torrents desséchés, les
rochers fendus, les tombeaux entr'ouverts, attestent le prodige; le
désert paraît encore muet de terreur, et l'on dirait qu'il n'a osé
rompre le silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Éternel.
«Nous descendîmes de la croupe de la montagne, afin d'aller passer la
nuit au bord de la mer Morte, pour remonter ensuite au Jourdain.»