Je traite aujourd'hui d'une matière assez délicate. Non pas que
je songe à prendre ce sujet par son côté frivole et plaisant:
on peut savoir que ce n'est pas précisément dans mes habitudes;
mais il y a tout autre chose. J'ai toujours tant aimé les jeunes
filles françaises, je les aime tellement encore--on peut dire cela
à mon âge--que je ne voudrais point les contrister si peu que ce
fût. Il est certain qu'elles sont charmantes. Elles ont du bon
sens presque toujours, de l'esprit assez souvent, une espièglerie
sous laquelle on sent beaucoup de bonté, une conversation où la
mesure, le tact et le bon goût sont incomparables quand on a pu
la comparer avec celle des jeunes filles étrangères. Les jeunes
filles françaises, et je dis aussi bien celles de la bourgeoisie
que des classes supérieures et celles du peuple que celles de la
bourgeoisie, sont une des beautés et un des charmes de la France,
peut-être sa plus grande beauté et son charme le plus séduisant.
Et cependant ce sont des sévérités assez rudes que je veux
exprimer aujourd'hui sur leur compte, surtout sur celles d'entre
elles qui appartiennent à la bourgeoisie.
Règle générale, qui comporte quelques exceptions, je le sais;
mais enfin règle générale: la jeune fille de la bourgeoisie
française ne fait rien; elle ne fait rien de rien. Elle se lève,
elle s'habille, elle lit ou plutôt regarde l'_Illustration_; elle
déjeune, elle fait quelques visites, elle en reçoit; elle dîne,
elle lit ou plutôt regarde l'_Illustration_ et elle se couche.
Le dimanche seul est pour elle un jour laborieux; car elle
s'habille de meilleure heure, pour aller à la messe; c'est un jour
dur. C'est de ce jour qu'elle se repose pendant les six autres. En
vérité, ce n'est pas trop.
Les jeunes filles de la bourgeoisie française se mariant en
général assez tard, on peut dire qu'elles passent en moyenne
dix ans de leur vie, de seize à vingt-six ans, à ne rien faire
littéralement. De leurs études achevées à leur mariage, grand
trou, immense lacune, néant.
On lit dans le livre d'un moraliste, qui est une dame, et de qui,
du reste, je crois que je vous parlerai tout à l'heure, ce propos
très piquant: «Une personne charmante que j'ai connue, riche,
aimable et spirituelle, disait parfois, sur un ton de plaisanterie
amère: «Quand Dieu me demandera: Ma fille, qu'as-tu fait dans ta
vie? Je répondrai: Seigneur, j'ai fait des visites.»
Ce n'est pas vrai de la plupart des femmes; mais c'est vrai
exactement de la plupart des jeunes filles françaises de seize à
vingt-six ans.
Leurs frères en sont comme ahuris. C'est l'époque de leur vie,
à eux, où ils travaillent le plus. C'est pour les hommes la
période de la vie heureuse, sans doute, car on est jeune et tout
est là, ou presque tout, mais encore, cependant, la plus rude et
la plus dure, sinon la plus sombre. De seize ans à vingt-six,
aller d'examen en examen, c'est un métier de cheval de manège si
insupportable que souvent le jeune homme de la bourgeoisie envie
le sort du jeune ouvrier qui, au même âge, a un métier en main
et le fait, tout simplement. J'ai vu tel jeune homme de vingt
et un ans ravi de partir pour le service militaire: «A la bonne
heure! Ça coupe! Ça interrompt le métier de candidat perpétuel aux
examens continuels. On va se dérouiller les jambes et les bras
pendant un an.»
Or, ces jeunes bourgeois, surmenés par le travail, regardent avec
stupeur leurs sœurs, un peu plus âgées ou un peu moins, qui sont
comme gavées d'oisiveté: «Ah! ma pauvre! moi, je suis accablé et
énervé; mais toi tu dois être furieusement ennuyée. Il faudrait
une moyenne.» Ils ne sont point envieux; mais ils sont stupéfaits.
Comment peut-on à ce point ne rien faire du tout?
Dialogue entre frère et sœur:
«Frère, qu'est-ce que tu as à travailler tant que cela?
«--Sœur, qu'est-ce que tu as à être oisive à un tel degré?
«--Réponds d'abord. Frère, pourquoi travailles-tu?
«--Je me prépare une situation.
«--Et moi, je l'attends et n'ai qu'à l'attendre; voilà la
différence. J'attends «l'heureux mortel». Je ne puis pourtant pas
aller le chercher.»
Elle ne peut pas aller le chercher, évidemment; mais elle
pourrait, peut-être bien, faire quelque chose en l'attendant.
Mme de Rémusat, dans son _Essai sur l'éducation des femmes_, a
touché ce point très légèrement, je veux dire d'une main très
légère, mais avec sa délicatesse et sa sûreté habituelles. Elle y
dit quelque part: «Qu'arrive-t-il, en effet? _Inactives_ jusqu'au
mariage, averties seulement par d'insuffisants préceptes, les
femmes _entrent tout à coup_ dans une vie d'action et de mouvement
qui enivre les étourdies et trouble les plus réservées. Elles
sont assez préparées, dit-on, pour l'éducation qu'elles doivent
recevoir du monde et de leur mari. Nous parlerons bientôt de cette
seconde éducation: mais, dès à présent, qu'on nous dise si elle
est toujours donnée avec justice [justesse?] ou prévoyance. Et
puis enfin, quand elle manque ou quand on la reçoit mal, où sont,
puisque le moment d'agir est venu, où sont les ressources contre
les erreurs de pensée ou d'action? Il y a dans nos mœurs quelque
chose de directement contraire à ce qui serait raisonnable. Cette
_nullité_ à laquelle nous condamnons nos filles excite en elles de
bonne heure le désir de nous quitter. Nous les jetons ensuite dans
les fausses libertés du mariage, où elles se persuadent qu'elles
vont devenir maîtresses d'elles-mêmes à l'instant où elles
contractent leur plus sérieux engagement.»
Les choses ont un peu changé depuis ce temps-là, c'est-à-dire
depuis 1820, mais vraiment non pas beaucoup. Nos jeunes filles,
ou sont complètement oisives, ou se consacrent à un talent
d'agrément, musique, peinture, qui certainement a ce mérite au
moins de remplir les heures et de chasser «les lourds et tristes
rêves», mais qui ne leur servira absolument de rien dans la vie.
Dans le premier cas, nous sommes en pleine absurdité; dans le
second, nous sommes en pleine frivolité, pour ne pas dire en
pleine niaiserie.
Ce qu'il faudrait, c'est que, de seize à vingt-cinq ans, nos
jeunes filles: 1º fissent quelque chose et quelque chose de suivi;
2º fissent quelque chose qui les préparât à la vie qu'elles
doivent mener plus tard. Voilà tout le programme--et il est large
et souple--et il laisse grande liberté encore au choix et à
l'initiative; mais il faudrait s'y conformer.
En 1903, si je ne me trompe, Mme E. Combe fit à Genève, devant un
auditoire exclusivement féminin, une conférence sur «les jeunes
filles utiles». Vous la trouverez tout entière dans la _Revue
chrétienne_ du 1er mars 1904. Le titre seul en serait déjà une
jolie ironie discrète et couverte. Mme Combe, en cette causerie,
faisait remarquer aux jeunes filles, non seulement de Genève,
mais un peu de tous les pays, qu'elles étaient prodigieusement
inutiles, et que si cela ne les humiliait pas, du moins cela
devait bien les fatiguer.
Elle leur faisait même entendre que le travail aurait peut-être
quelques bons effets d'abord sur leurs relations avec leur
entourage, ensuite sur leur caractère même: «Remarquez-vous,
disait-elle tout doucement, que le travail est le _seul lien_ qui
nous unisse à notre entourage? Vous me direz: «Et l'affection?»
L'affection est un sentiment; _elle peut même n'être qu'une
sentimentalité_; mais comment l'affection prend-elle un corps
et se rend-elle visible? N'est-ce pas par les services que nous
rendons aux objets de notre affection? Donc par le travail. Le
travail nous unit à la communauté; l'oisiveté nous en retranche.»
Et, de fait, dans beaucoup de familles la jeune fille semble un
être à part, elle semble un être _étranger_, tant elle est un
être _différent_. Le père travaille, les frères travaillent, la
mère travaille; la jeune fille les regarde faire ou plutôt ne les
regarde même pas faire. Moralement, elle est sortie. Elle est le
contraire d'Agrippine qui était «invisible et présente», elle
est visible et absente. On ne sait pas trop pourquoi elle est
là. _Pourquoi_ a deux sens: pour quelle cause et pour quel but.
Pour quelle cause, on le sait: c'est qu'elle est la fille de la
maison; pour quel but et pour quel objet, il serait furieusement
difficile de le dire. Si un père était assez brutal pour dire à
sa fille: «Pourquoi es-tu là?» elle répondrait très gentille:
«Pour t'embrasser.» C'est très bien, certes, mais ce n'est pas une
raison suffisante, comme disent les philosophes.
Il n'est pas douteux, comme le dit très bien Mme Combe, que
l'oisiveté de la jeune fille ne relâche le lien qui la rattache à
la communauté dont elle fait partie.
Et, comme je l'ai dit, Mme Combe attirait aussi l'attention de son
auditoire sur ce fait que l'oisiveté a de très mauvais effets sur
le caractère de tout le monde, bien entendu, et particulièrement
de la jeune fille: «Le travail, ah! quel bon _régulateur du
caractère_! Comme il met toutes choses en leur place, comme
il dose, avec une juste mesure, les éléments nécessaires à la
santé physique et morale! Comme il chasse d'un seul souffle
les papillons noirs! Comme il disperse les lubies, les fausses
tristesses, les idées de travers! Il engendre la joie par une
gymnastique aussi naturelle que l'action de nos poumons produit la
chaleur.»
Excellent encore ceci. Nous savons très bien, comme Mme Combe,
qui n'a pas voulu le dire avec la brutalité scientifique, que la
«neurasthénie», une neurasthénie légère et superficielle, mais
ce n'en est pas moins elle, est l'ennemie dont nos jeunes filles
deviennent très souvent la proie. Et de là ces «papillons noirs»,
ces «fausses tristesses» et ces «idées de travers» dont parlait,
en mesurant ses termes, Mme Combe. Or, une autre dame, Mme Dora
Melegari, dans ses _Faiseurs de peine et faiseurs de joie_, livre
excellent, rapporte un bien joli mot d'une de ses vieilles amies:
«La neurasthénie? la neurasthénie?... Ah! oui, j'y suis; de mon
temps on appelait cela avoir mauvais caractère.»
Nous y voilà. Il arrive assez souvent à nos jeunes filles d'être
neurasthéniques, c'est-à-dire d'avoir mauvais caractère. Mais il
y a le mauvais caractère inné et le mauvais caractère acquis. Le
mauvais caractère acquis s'acquiert à force d'oisiveté; c'est le
produit naturel et nécessaire de l'oisiveté intensive. Si vous
tenez à avoir mauvais caractère, ne faites rien pour cela; c'est
précisément à ne rien faire qu'il viendra tout seul.
* * * * *
Il faut donc, dans leur intérêt même et surtout dans leur
intérêt, que les jeunes filles travaillent. Mais encore à quoi?
C'est un point qui sans doute n'est pas négligeable. C'est ici
que je me séparerai, du moins que je m'éloignerai un peu, de
Mme Combe, que du reste je ne connais point du tout, mais qui
m'inspire une très vive estime. Ce qu'elle voudrait, c'est que
les jeunes filles s'occupassent activement d'œuvres de charité,
ouvroirs, éducation et instruction des enfants pauvres, crèches,
etc., etc. Vous voyez le vaste champ d'activité, et très
honorable, je m'empresse de le reconnaître, qu'elle leur ouvre et
qu'elle leur montre.
Tout en étant un peu de cet avis, comme on le verra plus loin,
je n'en suis pas tout à fait. Ce que la jeune fille a de mieux
à faire, de l'âge de seize ans à l'heure de son mariage, c'est
d'apprendre son métier de maîtresse de maison qu'elle aura à
exercer plus tard, c'est d'apprendre le ménage, comme auraient
dit nos pères, et dans tout son détail. L'apprentissage est long
et il est très occupant, très assujettissant, très attrayant
aussi, presque en toutes ses parties, et il remplira très bien les
heures, et il aura, pour le caractère de la jeune fille et pour
ses relations avec son entourage, tous les bons effets que Mme
Combe souhaite, désire et demande.
Voyez-vous bien ce qui--peut-être--nous sépare? Mme Combe,
à ce qu'il me semble, voit la mère s'occupant activement et
intelligemment de son intérieur et ne sortant guère de ce royaume
qui est le sien; et elle voit les jeunes filles sortant et
s'occupant des œuvres extérieures de solidarité, de philanthropie
et de charité. Moi, d'abord, je n'aime pas autrement que les
jeunes filles sortent tant que cela; ensuite j'estime que les
œuvres extérieures, excellentes du reste, sont plutôt le fait
d'une femme d'un certain âge et d'une expérience certaine. De
sorte qu'à l'inverse de Mme Combe, je vois les jeunes filles
suppléantes de la mère dans le gouvernement de la maison dès
qu'elles ont fini leurs études et faisant ainsi un métier qu'elles
ont besoin de faire, précisément parce qu'elles ne le savent pas,
tandis que la mère n'a plus besoin de le faire, précisément parce
qu'elle le sait;--et je vois la mère, tout en gardant la haute
direction de la maison, profitant de la suppléance qu'elle trouve
en ses filles pour s'occuper un peu plus des œuvres extérieures
qui sollicitent son activité et surtout son cœur.
Du reste, il est bien entendu que ceci est une affaire de degré,
de plus ou de moins. Au fond, je veux que les filles s'associent
à la mère en tout ce qu'elle fait; c'est le fond même de la bonne
éducation virginale et le fond même de la bonne administration
domestique et de la moralité domestique. Seulement, je trouve
que le premier devoir (chronologiquement) et le premier devoir
(moralement) de la jeune fille est de s'occuper de la maison, et
je trouve aussi que c'est son premier intérêt. Peu à peu, et de
plus en plus, à mesure qu'elle avance en âge, qu'elle s'associe au
ministère des affaires étrangères, je n'y verrai que du bien et je
n'y verrai que de l'utile.
Voilà comment je me permettrai de corriger le programme,
d'ailleurs extrêmement digne d'approbation et de haute estime, de
Mme Combe.
Mais l'essentiel est que la jeune fille de la bourgeoisie
française fasse quelque chose. Mme Dora Melegari, dans le
livre que je citais plus haut et que je ne me lasserai pas de
recommander de tout mon cœur, n'est pas très tendre, tout compte
fait, pour les femmes. Qui aime bien châtie bien, à ce qu'il
paraît. Mme Melegari doit aimer ses sœurs d'une très «violente
amour», comme disait Henri IV. Or, entre autres choses, elle
reproche aux femmes d'être souvent «faiseuses de peines» en ce
qu'elles sont personnes à «griefs».
La femme--c'est Mme Melegari qui dit cela, sinon en propres
termes, du moins en substance--la femme est souvent un accusateur
public. Elle fait des reproches; elle aime à en faire; elle en
fait à ses domestiques, à ses enfants, à son mari. Tout lui est
matière à récrimination. Elle incrimine et récrimine; c'est sa
vie; on dirait que c'est son besoin.
C'est à une femme de ce genre-là--car ce n'est qu'un genre; ce
n'est même qu'une variété--que son mari disait:
«Chère amie, tu me fais des reproches toute la journée. N'en as-tu
aucun à te faire?
«--Si, un!
«--Ah!
«--Oui, de t'avoir épousé.»
Elle récriminait même contre elle-même, mais elle avait une façon
particulière de récriminer contre elle-même, et ce n'était pas
l'impartialité qui, même dans ce cas, l'inspirait.
Les «griefs féminins», comme dit Mme Melegari, sont donc la plaie,
et la plaie toujours vive, dans un très grand nombre de ménages,
et je n'ai pas besoin d'ajouter, comme La Fontaine, que je sais
même sur ce point bon nombre d'hommes qui sont femmes; mais enfin,
nous ne nous occupons aujourd'hui que des femmes. Ne croyez-vous
pas que le caractère récriminateur vient, en partie, de ces dix
années d'oisiveté observatrice par lesquelles les femmes ont
débuté dans la vie?
Quiconque ne fait rien est admirable pour trouver mal fait
tout ce que font les autres. Quiconque ne fait rien abonde en
reproches concernant le travail d'autrui, ou sa conduite, ou sa
manière d'être. Or, la jeune fille, selon nos mœurs françaises,
lesquelles sont très bonnes en cela, ne peut pas récriminer à
haute voix. Donc, étant dans les meilleures conditions du monde
pour récriminer, ayant une forte envie de récriminer et ne
pouvant pas récriminer, elle amasse pendant dix ans un trésor de
récriminations à dépenser pendant toute sa vie. Elle se charge.
Elle fera explosion plus tard, et explosion prolongée.
Je ne doute pas qu'il n'y ait quelque chose comme cela. Si
la jeune fille travaillait, oh! sans perdre haleine et sans
se voûter, mais enfin s'occupait, et d'une manière active
et utile, de seize à vingt-cinq ans, elle _se ferait un
caractère_, précisément à l'âge où le caractère se défait pour
se refaire, précisément à l'âge où il y a toute une refonte,
toute une reconstitution du caractère, et celle-ci destinée à
être définitive. Il importe que cet établissement définitif
du caractère féminin se fasse dans les meilleures conditions
possibles. Il se fait dans les plus mauvaises quand il se fait
dans l'oisiveté. L'oisiveté, disaient nos excellents grands-pères,
est la mère de tous les vices. _Je dirai bien plus_, en demandant
pardon pour le paradoxe: elle est la mère de tous les travers.
Soyez sûr qu'à une femme récriminatrice, pointue, désagréable, et
au demeurant fort bonne femme, ou qui, très évidemment, aurait pu
l'être, si l'on demandait: «Que faisiez-vous de seize à vingt-cinq
ans?» elle vous répondrait: «Rien du tout.»
Une jeune fille qui, au sortir de la pension et en possession
de son «brevet simple», est mise peu à peu au gouvernement de
la maison, a affaire aux domestiques, aux fournisseurs, aux
menues réparations, s'occupe du marché et des achats, cette jeune
fille-là s'habituera de bonne heure aux contretemps, s'habituera
à être contrariée, car la vie la plus simple contrarie toujours
par mille incidents, s'exercera à la patience, à la persévérance
tranquille, à l'_entêtement doux_, à réprimer constamment
l'irritabilité, en constatant qu'elle ne sert à rien, jusqu'à
l'éteindre peu à peu presque entièrement; et quand le moment du
mariage arrivera, elle ne sera plus une récriminatrice.--Tout au
moins elle n'aura pas appris à l'être.
Et, du reste, il faut laisser de la liberté, de la latitude aux
différents caractères. Je dirai aux jeunes filles: de seize ans au
mariage, soyez ménagères ou soyez autre chose. J'ai ma préférence,
mais je ne l'impose pas. Soyez ménagères, ou soyez philanthropes,
ou soyez artistes. Mais soyez des travailleuses. Occupez-vous.
Ne rêvassez pas. _Ne vous ennuyez pas._ L'ennui, voilà l'ennemi
à tous les âges de l'existence. Mais à votre âge, d'abord il est
plus terrible qu'à un autre, étant plus anormal; et ensuite il est
le père des défauts les plus désagréables pour les autres et pour
vous-mêmes que vous puissiez traîner à travers votre vie.--Et cela
vaut peut-être la peine qu'on y réfléchisse.