Les bases de la comparaison que j’établis sont si vraies, que l’analogie

se continue jusque dans les opinions philosophiques et religieuses; car

les principes de l’école _Stoïcienne_ des Grecs se retrouvent tous dans

la pratique des sauvages américains: et si l’on s’en prévalait pour

donner à ceux-ci le mérite d’être des _philosophes_, rétorquant le

raisonnement, je dirai qu’il en faut conclure par inverse que l’état

social dans lequel furent inventés des préceptes si contraires à la

nature humaine, avec l’intention de faire supporter la vie, fut un ordre

de choses et de gouvernement aussi misérable que l’état sauvage; et

j’aurais pour soutiens de mon opinion l’histoire entière de ces

peuplades grecques, même dans leurs plus belles époques, et la série non

interrompue de leurs séditions, de leurs massacres démocratiques, de

leurs proscriptions oligarchiques et tyranniques, etc. jusqu’à la

conquête de ces autres sauvages de l’Italie, appelés les _Romains_, qui,

par leur caractère, leur politique et leur agrandissement, ont une

analogie frappante avec les _cinq nations iroquoises_.

A l’égard des idées religieuses, elles ne forment pas un système

régulier chez les sauvages, parce que chaque individu, dans son

indépendance, se fait une croyance à sa manière. Il semble même que

l’introduction des missionnaires européens parmi eux a modifié leurs

opinions anciennes et propres néanmoins, à juger par les récits des

historiens des premiers colons, et par ceux des voyageurs actuels dans

le nord-ouest, il me paraît que les sauvages composent assez

généralement leur théologie de la manière suivante:

Un grand _Manitou_ ou _Génie_ supérieur, qui gouverne la terre et les

météores aériens dont l’ensemble visible compose tout l’univers pour un

sauvage.--Ce grand _Manitou_, placé en haut, sans qu’on sache trop où,

régit le monde sans prendre beaucoup de peine, donne la pluie, le beau

temps, le vent, selon sa fantaisie, fait quelquefois du bruit (du

tonnerre) pour se désennuyer, ne s’inquiète pas plus des affaires des

hommes que de celles des autres êtres vivants qui peuplent la terre; il

fait le bien sans y attacher d’importance, laisse faire le mal sans en

troubler son repos, et, au demeurant, livre le monde à une destinée ou

fatalité dont les lois sont antérieures et supérieures à tout. La

plupart de ces peuples lui donnent le nom ou l’épithète de _Maître de la

vie_ ou de _celui qui nous a faits_: mais cette dénomination pourrait

bien venir des missionnaires. Sous son commandement sont d’innombrables

_Manitous_ ou _Génies_ subalternes qui peuplent l’air et la terre,

président à tout ce qui arrive, et ont chacun leur emploi distinct. De

ces génies les uns sont bons, et ceux-là font tout ce qui se passe de

bien dans la nature; les autres sont méchants, et ceux-ci causent tout

le mal qui arrive aux êtres vivants. C’est à ces derniers _Génies_ de

préférence et presque exclusivement, que les sauvages adressent leurs

prières, leurs offrandes propitiatoires et ce qu’ils ont de culte

religieux: leur but est d’apaiser la malice de ces _Manitous_, comme

l’on apaise la mauvaise humeur des gens hargneux et envieux; ils

n’offrent rien, ou que très-peu de chose, aux bons génies, parce qu’ils

n’en feront ni plus ni moins de bien; ce qui prouve combien _Lucrèce_ a

eu raison de dire: _Primus in orbe deos fecit timor_.

C’est la peur qui d’abord peupla de dieux le monde.

Cette peur des mauvais génies est une de leurs pensées les plus

habituelles, et qui les tourmentent le plus: leurs plus intrépides

guerriers sont, à cet égard, comme les femmes et les enfants; un songe,

un fantôme vu la nuit dans les bois, un cri sinistre, alarment également

leur esprit crédule et superstitieux; mais comme partout où il y a des

dupes, il croît des fripons, l’on trouve dans chaque tribu sauvage

quelque _jongleur_ ou prétendu _magicien_ qui fait le métier d’expliquer

les songes, et de négocier avec les Manitous les demandes et les

affaires de chaque _croyant_. Il joue exactement le rôle de ces anciens

valets de comédie, porteurs de paroles entre les amants qui ne peuvent

se voir: et l’on imagine bien que ce courtage n’est pas sans profit pour

son auteur. Les missionnaires ont une aversion particulière pour ces

jongleurs, qu’ils traitent de _charlatans_, d’_imposteurs_, de

_fripons_; et les jongleurs, qui les appellent _supplanteurs envieux_,

leur rendent les mêmes sentiments: malgré leurs entretiens avec les

génies, ils sont fort embarrassés à en expliquer la nature, la forme, la

figure.--N’ayant pas nos idées sur les _purs esprits_, ils les supposent

des êtres corporels, et pourtant légers, volatiles, de vraies ombres et

mânes à la manière des anciens.--Quelquefois, eux et les sauvages en

choisissent quelqu’un en particulier qu’ils imaginent résider dans un

arbre, un serpent, un rocher, une cataracte, et ils en font leur

_fétiche_, à la manière des nègres d’Afrique. L’idée d’une autre vie est

aussi une croyance assez générale chez les sauvages; ils se figurent

qu’après la mort ils passeront dans un autre climat et pays où

abonderont le gibier, le poisson, où ils pourront chasser sans fatigue,

se promener sans crainte d’ennemis, manger des viandes bien

grasses[194], vivre sans peines et sans soucis, en un mot, être heureux

de tout ce qui fait le bonheur dans la vie actuelle. Ceux du nord

placent ce climat vers le _sud-ouest_, parce que c’est de là que vient

le vent de la belle saison, et de la température la plus agréable et la

plus fécondante.--Les missionnaires ajoutent qu’ils mêlent à ces

tableaux des idées de récompense et de châtiments, une sorte d’Élysée et

de Tartare; mais ceci aurait besoin d’observateurs sans partialité.

Au reste, l’esquisse que je viens de tracer suffit pour prouver qu’il y

a une analogie réelle entre les idées théologiques des sauvages de

l’Amérique-nord et celles des Tartares d’Asie, telles que nous les ont

dépeintes les savants russes, qui les ont visités depuis 30 ans. Cette

analogie est également évidente avec les idées des Grecs; on reconnaît

le grand _Manitou_ dans le _Jupiter_ des temps héroïques, c’est-à-dire

sauvages, avec cette différence, que le _Manitou_ des Américains est

_triste_, _pauvre_ et _ennuyé_ comme eux; tandis que le _Jupiter_

d’_Homère_ et d’_Hésiode_ déploie toute la magnificence de la cour

d’_Éthiopie_, c’est-à-dire de _Thèbes Hécatompyle_, dont l’âge présent

nous a révélé les étonnants secrets[195].

On reconnaît également bien dans les _Manitous_, les dieux subalternes

des Grecs, les génies des bois, des fontaines, les _daimones_, honorés

d’un même culte superstitieux. Prétendre que les sauvages américains ont

tiré leurs idées de la Grèce ou de la Scythie, n’est point ma

conclusion; il est possible que d’un même foyer primitif, le

_Chamanisme_ ou système _Lamique_ de _Beddou_ se soit répandu chez tous

les sauvages de l’ancien monde où on le retrouve jusqu’aux extrémités de

l’Espagne, de l’Écosse et de la Cimbrique: mais il me paraît également

possible qu’il soit la production naturelle de l’esprit humain, parce

que son analyse le montre tout entier formé de comparaisons, tirées de

la condition et des affections des hommes et des peuples chez qui il

existe; j’ai développé ailleurs cette idée de manière à n’avoir pas

besoin de la reproduire ici[196].

Une transmission de ces idées religieuses qui supposerait une trop

longue série de générations me paraît surtout difficile, en ce qu’il

n’existe chez les sauvages ni livres, ni écriture, ni aucun moyen

monumental: tout s’y réduit à la tradition orale, c’est-à-dire à ces

récits qui, en passant d’une bouche à l’autre, s’altèrent tellement, que

même des faits voisins deviennent méconnaissables en peu de temps: je

crois avoir raisonnablement démontré en traitant des Arabes[197],

combien les traditions sont nulles chez les Orientaux, malgré le préjugé

contraire de quelques savants, et principalement des théologiens, qui

ont besoin de ce moyen pour appuyer diverses opinions: j’ai prouvé que

chez ces peuples les individus conservent à peine le souvenir des années

de leur âge et des événements de leur enfance; que ce caractère oublieux

ou négligent, leur est commun avec notre propre peuple, celui surtout

des campagnes, qui leur ressemble le mieux par son ignorance; et

qu’enfin ce caractère est inhérent à la nature humaine en général: les

sauvages d’Amérique sont un nouvel exemple à l’appui de mon opinion,

car tous les témoins que j’ai eu occasion de consulter et de citer si

souvent, se sont accordés à me dire qu’il n’existe chez eux aucun

souvenir régulier, aucune tradition exacte d’un fait qui ait cent ans de

date; et leur vie errante, vagabonde, leurs dispersions par la guerre,

leurs distractions par les malheurs et les calamités, enfin leur

insouciance foncière, seront, pour quiconque en calculera les effets,

autant de preuves évidentes que cela doit être ainsi.--Un seul moyen de

souvenir a lieu dans leur situation, c’est celui des phrases à _syllabes

comptées et rimées_, ce que plus noblement on appelle des _vers_, soit

déclamés, soit chantés: en effet, par les _mesures_ comptées de ces

_vers_ et par leurs rimes, les mots et les idées sont fixés d’une

manière précise et certaine dans le discours et dans la mémoire, et l’on

peut toujours s’assurer que le discours est entier et non tronqué: aussi

est-ce réellement à cette idée simple et rustique que l’art _divin_ de

la poésie doit son origine; et c’est par cette raison que ses premiers

essais, ses plus anciens monuments sont des contes extravagants de

mythologie, de dieux, de génies, de revenants, de loups-garoux, ou de

sombres et fanatiques tableaux de combats, de haines et de vengeances;

tels que les chants des Bardes d’Ossian et d’Odin, j’ose dire même du

chantre de la colère d’Achille, quoiqu’il ait eu plus de connaissances

et de talent; tous contes et tableaux analogues à l’esprit ignorant, à

l’imagination déréglée et aux mœurs farouches des peuples chez qui ils

se produisent.

L’on pourra me dire que les sauvages ont des espèces d’hiéroglyphes avec

lesquels ils se communiquent des idées; comme de dessiner un homme _la

main appuyée sur la hanche_, pour signifier un Français; un autre _les

bras liés_, pour signifier un prisonnier; mais l’on sent combien une

telle méthode est imparfaite, équivoque et bornée. La vérité est en

résultat, qu’ils n’ont ni moyens de transmission, ni monuments, pas même

des vestiges d’une antiquité quelconque. Jusqu’à ce jour, l’on ne cite

dans toute l’Amérique du nord (le Mexique excepté), ni un édifice, ni un

mur en pierre taillée ou sculptée qui atteste des arts anciens. Tout se

borne à des _buttes de terre_ ou _tumulus_ servant de tombeaux à des

guerriers; et à des dignes de _circonvallation_ qui embrassent depuis un

jusqu’à trente arpents de surface. J’ai vu trois de ces lignes, l’une à

_Cincinnati_, et deux autres en _Kentucky_, sur la route de ce même lieu

à _Lexington_ par _Georgetown_; ce sont tout simplement des crêtes de

fossés, ayant au plus quatre ou cinq pieds d’élévation et huit à dix de

base; la forme de leur enceinte est irrégulière, tantôt ovale, tantôt

ronde, etc., et elle ne donne aucune idée d’art militaire ou autre. Le

plus grand de ces ouvrages, celui de _Moskingum_, est à la vérité

carré, et à de plus grandes dimensions; mais d’après le dessin et la

description qu’en a donné M. le docteur _Barton_ dans ses _Observations

d’histoire naturelle_[198], l’on voit qu’il n’a ni bastions, ni tours,

comme on l’avait dit, et qu’il a dû être un simple retranchement de

défense, tel que _Oldmixon_ et ses autorités attestent que les sauvages

les pratiquaient à l’arrivée des Européens, lorsqu’ils avaient des

demeures plus fixes, et un équilibre plus égal de forces.--Tous ces

retranchements ont eu la même cause, et tous ont pu être faits avec des

houes et des paniers.

Quant aux _tumulus_, j’ai vu celui de _Cincinnati_, à six ou sept cents

pas du fort vers l’ouest; c’est un monceau de terre, en pain de sucre,

qui peut avoir quarante pieds de saillie au-dessus du sol; il est

recouvert d’arbres qui ont crû spontanément.--Il m’a rappelé les

_buttes_ du désert de Syrie et de sa frontière; mais elles sont

infiniment plus fortes, ayant eu pour objet de poser des tours. Il

paraît que dans la Tartarie russe et chinoise l’on en rencontre beaucoup

dont la taille a plus d’analogie. L’on a fouillé quelques-uns de ces

_tumulus_ américains, et l’on n’y a trouvé que des os, des arcs, des

haches, des flèches de guerriers sauvages.--Le général Sinclair ayant

fait scier l’un des plus gros arbres implantés sur leur pain de sucre,

y a compté plus de quatre cent trente-deux cercles de végétation; et

comme il paraît qu’il se forme un de ces cercles par année, cela

reporterait la date du tombeau de 1300 à 1350.

Au reste, il faut laisser de plus amples recherches et de plus solides

conjectures aux savants américains qui sont sur les lieux, et qui chaque

jour peuvent faire de nouvelles découvertes. Je me résume à dire que le

plus certain, le plus instructif de tous les monuments que présentent

les sauvages, c’est leur langage.--M. le docteur _Barton_ a publié sur

ce sujet un essai curieux[199], dans lequel il compare plusieurs mots de

leurs langues et dialectes. Il a même étendu ses confrontations aux

langues de quelques tribus tartares, à l’aide du recueil que le docteur

_Pallas_ en a fait et publié sur près de trois cents nations asiatiques

par ordre de l’impératrice _Catherine II_[200]. Les confrontations du

docteur _Barton_ l’on conduit à plusieurs conclusions intéressantes pour

la science; mais malgré les vœux d’estime et d’amitié que je forme pour

ses succès, je ne trouve pas toutes ses conclusions également fondées;

je ne puis admettre, par exemple, l’affinité qu’il établit entre les

dialectes caraïbes, brésiliens, péruviens, etc., et les langues ou

dialectes des Potéouattamis, des Delawares, des Iroquois, fondée sur la

ressemblance de deux ou trois mots. Il me semble être plus heureux dans

quelques rapports qu’il découvre avec les langues du nord-est de l’Asie;

l’on ne peut d’ailleurs que lui savoir gré d’avoir ouvert une mine

curieuse et riche en nouveauté; mais cette mine a besoin d’être

exploitée à fond et en grand, et ce travail veut les forces combinées de

plusieurs savants. Il serait à désirer que le congrès, sentant

l’importance du sujet, formât, ne fût-ce que temporairement, une école

de cinq ou six interprètes uniquement occupés à recueillir des

vocabulaires et des grammaires sauvages.--Dans cent ans, dans deux

cents ans, il n’existera peut-être plus un seul de ces peuples.--Depuis

deux siècles, déja un grand nombre a disparu; si l’on ne profite pas du

moment, l’occasion se perdra sans ressource de saisir le seul fil

d’analogie et de filiation de ces nations avec celles du nord-est de

l’Asie; la dépense d’un tel établissement est un bien mince objet pour

un pays économe et riche; d’ailleurs, ce genre de dépense a des

résultats avantageux, et même lucratifs, ne fût-ce que sous le rapport

des facilités de commerce qu’il donne, et des produits de librairie.--En

soumettant cette idée aux membres du congrès, amis des sciences et des

lettres, j’ose la recommander à leur attention avec d’autant plus

d’instance, que j’ai vu régner dans les États-Unis un préjugé

pernicieux; savoir qu’il ne faut pas que le gouvernement encourage la

culture des lettres et des sciences, mais qu’il les abandonne comme les

autres arts à _l’industrie des particuliers_; cette comparaison aux

_arts_ est totalement erronée, en ce que pour bien cultiver les sciences

et les lettres, il faut renoncer à toute ambition d’emploi, de place,

même de fortune; il faut avoir l’esprit libre des soucis de la richesse

et de la pauvreté; il faut n’aimer que le travail et la gloire, ou, si

l’on veut, la célébrité; or, pour bien remplir cette vocation, il faut

être au-dessus du besoin, posséder le nécessaire, même l’utile, et avoir

une douce médiocrité tout acquise.--C’est ce qu’effectuent les

dotations et les traitements alloués par les gouvernements, et les fonds

consacrés à l’établissement des corporations savantes. Si la France a

acquis en Europe une sorte de prééminence en ce genre, qui ne lui est

pas contestée, c’est à un tel régime qu’elle le doit; et les avantages

même pécuniaires, commerciaux, financiers, etc., qu’elle en a

constamment retirés sont si évidents, qu’aucune de ses diverses formes

de gouvernement n’a voulu changer de système. Il dépend du gouvernement

des États-Unis d’acquérir la même influence, la même prépondérance sur

tout le Nouveau-Monde, où leur peuple a pris l’initiative de la liberté.

Un fonds annuel de cent mille dollars serait une dépense bien médiocre

pour un tel peuple, et pourtant elle suffirait déja à y créer une

_académie_ ou _institut_ américain, qui rendrait en peu de temps

d’importants services, ne fût-ce que d’empêcher de dire, comme je l’ai

ouï, non-seulement aux étrangers, mais aux hommes les plus éclairés du

pays, que le goût et la culture des sciences, loin d’avoir fait des

progrès, se sont au contraire très-sensiblement refroidis aux

États-Unis, depuis leur indépendance, et que l’instruction et

l’éducation de la jeunesse y sont tombées dans un désordre et un abandon

effrayant.

Il me reste à joindre le Vocabulaire _miâmi_ que j’ai annoncé au

commencement de cet article: ce dialecte paraît appartenir à la langue

des nombreuses peuplades _chipéwanes_ qui, selon M. _Mackensie_, se

disent venues du _nord-est_ de l’Asie. Quelque imparfait que soit mon

travail, il a néanmoins assez d’étendue pour fournir des moyens de

comparaison aux savants russes et allemands qui connaissent les langues

de ces contrées; j’aurai rempli mon but, s’il sert à procurer de ce côté

quelques découvertes, et à provoquer aux États-Unis un plan de

recherches plus vastes et plus approfondies.

VOCABULAIRE

DE LA

LANGUE DES MIAMIS.

AVIS.

Le lecteur est prévenu que l’_x_ a toujours la valeur du _jota_

espagnol, et γ grec.

L’H, celle de la forte aspiration arabe.

Le _th_, la valeur anglaise.

En représentant avec tout le soin possible la prononciation des

mots _miâmis_ en français, j’ai joint quelques exemples de la

manière dont les Anglais la représentent aussi, afin de faire

sentir la confusion qui résulte de la valeur différente des lettres

chez eux et chez nous, et de la nécessité d’un alphabet unique.

Dans la colonne de l’orthographe anglaise, les mots marqués B. sont

tirés du livre de M. _Barton_; les autres appartiennent à M.

_Wels_.

VOCABULAIRE

DE LA LANGUE DES MIAMIS.

_Français._ _Miâmi._ _Orthogr. anglaise._

--------- ------ ------------------

Je et moi Nêlah[201] Nalaugh.

Toi et vous On se sert du _vous_.

Lui, elle Voyez _Eux_, _elles_. Awaleaugh.

Nous Kêlônah Calonough.

Vous Kêlah Calaugh.

Eux et elles Aouèloùa (_oua_, bref) Awalewaugh.

Mon, mien Nêlâh-nénéh Nalaugh-nenigh.

Ton Ki. Voyez _Votre_ Voyez _Votre_.

Son, sien Aouèla-nénéh Awalelah-nennegh.

Notre Kêlônah Calonaugh.

Votre Kêlêla-nénéh Kalelaug-nennagh.

Leur Voyez _Son_, _sien_.

Père (mon) Noxsâhé { Nosh saugh.

{ Noch san. B.

Pères (les) Oxsema.

Mère (votre) Kekiah Kakecaugh.

Mères (les) Akêmêmah Aukeemeemauh. B.

Fils Akouissimà.

Fils (son) Akouissâléh Augwissaulay.

Fille (sa) Atanâléh.

Frère (mon) Ouedsà-milâné Sheemah, pris pour _sœur_.

Frère (notre) Ouedsa monkouà.

Sœur (ma) Ningo chema.

Sœur (leur) Agoz-chimouâlé Augosshimwauley.

Mari (mon) Nèna pèma. Littéral.

_Maître de la faiblesse_

Femme (ma) Niouéouah Neeweewah. B.

Femme une Métamsah.

Homme (un) Helaniah[202] Hellanniare.

Petit garçon (un) Apilossah Apeelotsaugh.

Vieillard (un) Kéocha Kaowshaw.

Un (_nombre_) Ingôté Ingôtay.

Deux Nîchoué Neshsway.

Trois Nexsoué Nessweh.

Quatre Nîoué Neeway.

Cinq Yàlanoué Yallawnwee.

Six Kakotsoué Cau cutsweh.

Sept Souaxtetsoué Swattessweh.

Huit Pollâné Pullawneh.

Neuf Ingôté-ménéké Ingotim maneeka.

Dix Matatsoué Mautotsweh.

Tête Indêpékôné.

OEil Kéchékoué.

Nez Kiouâné.

Nez (mon) Nin-kiouâné.

Nez (votre) Ki-kiouâné.

Oreille Taouâké.

Front Mayaouinguilé.

Cheveux et poil Nélissah.

Bouche Tonénéh.

Langue Ouélâné

Dent Ouipîtâh.

Barbe Messetoningué.

Main Onexkà.

Pied Kâtah.

Peau Lôkaié.

Chair Ouioxsé.

Sang (_V._ rouge) Nixpékénoué.

Cœur Tâhé.

Ventre Moïgué _ou_ Moïtczé, _Prononcé à la russe_.

Vie (la) Mahtsanéouingué.

Mort (la) Nahpingué Nipou (_il est mort_).

Sommeil (le) Nipangué Nipahanoué (_le froid_)[203]

Tuer Anguéchéouingué.

Jour (le) Ifpêté.

Soleil (le) Ifpêté-kilixsoua,

(_lumière de jour_).

Nuit (la) Pekontèoué.

Lune (la) Pekontèoué kili xsoua,

(_lumière de nuit_).

Matin (le) Cheïpaoué.

Soir (le) Elakouîkéx.

Étoile Alangouâ.

Firmament Kechekoué.

Vent Alamthenoué.

Tonnerre Tchingouia.

Pluie Petilenoué.

Neige Monê toua (génie).

Glace Achoukonéh.

Chaud Chilitèoué.

Froid Nipâhanoué.

Été (l’) Nihpênoué.

Hiver (l’) Piponoué.

Terre (la) AkiHkeoué.

Ile Menàhanoué.

Eau (l’) Népé.

Feu (le) Kohteoué.

Flamme PaHkouâleoué.

Rivière Sipioué.

Lac NipiHsi.

Ruisseau Maxtchékomeké.

Mer Kitchi-kâmé.

Montagne Atchioué.

Colline Ifpotêhkiké.

Arbre (un) Metèhkoué.

Arbres (des) Metèhkouah.

Bois (du) Taouânè.

Forêt MtèHkokè.

Piste (une) Pamehkaouangué.

Chasser DonamaHoua.

Chasse (la) NaHtonamaouingué.

Arc (un) Mêtèhkouapa.

Flèche Tàouanthalouà.

Feuilles (les) Mechipakoua

---- qui tombent Papintingué.

Homme (un)

tombe Mejechenouâ.

Gibier Aouâssâh.

Poisson Kikonassah.

Guerrier Atâthià.

Guerre Mejékatoué.

---- (aller en) Dopaléouah.

Casse-tête Taka-kané.

Peindre (se) la

face Ouèchihouingué.

Couteau (un) Malsé.

Couteaux (des) Malsa.

Scalper Laniok-koué. Koué (chevelure).

Prisonnier (un) Kikiouna.

Sentier (un) Mioué.

Calumet Poàkâné.

Fumée Axkoleoué.

Maison Ouikâmé.

Canot Missôlé, _plur._ Missola.

Filet Sâpá, _plur._ Sapaké.

Viande séchée Pohtekia.

---- fumée Oxkolé Saminguià.

Tombeau Eouissi-kâné.

Paix (la) Pèhkokia (bon,

abondance).

Bien (le) Pèhkoké.

Mal (le) Mélèoxké.

Bon (homme) Tipêoua.

Méchant (Fortè) Matchi[204].

Doux[205] Ouêkapanké.

Amer Ouèssakangué.

Long Kenouaké.

Court Ixkouaké.

Colline (haute) Ifpatingué.

Haut dans le ciel Ifpamingué.

Bas Mataxké.

Lent, aisé Ouêhkeoué.

Prompt Rinsehkaoué.

Nuage (rapide) Kintche seoué.

Rivière (profonde)Kenonoué.

Uni Tétipaxkeoué.

Grand MaHchôké, Kitchi.

Petit Apilîké.

Large Metchahkeoué.

Étroit Apassianoue.

Pesant Ktchokouâné.

Léger Nanguétchéoué.

Fer Kepikàtoué.

Cuivre Naxpekacheké.

Or Honzaouéchoulé.

Argent Choûlé, _ou_ Tsoulé.

Plomb Lontsàh.

Pierre Sâné.

Blanc Ouàpekingué.

Noir MaHkateouekingué.

Rouge NèHpèkékingué.

Bleu Ixkepakingué.

Jaune Honzaouékingué.

Vert Anzanzékingué.

Bison _ou_ Buffle Alanantsoua.

Castor, v. p. Daim MoHsoké.

Ours Moxkoua, _plur._ Maxkôké.

Chien Alamo, _plur._ Alamòké.

Maïs Mintchepé.

Oiseau Ahouèhsensa.

Ami AouiHkanemah.

Ennemi KitaHkianouna.

Amour (l’) Têpaletingué.

Rire (le) Kéouélingué.

Rire Kéoueleouàh.

Pleurer Séhkouingué.

Larme (une) Sèhpingouah.

Parler Kilàkilàxkouingué.

Discours Atchimouna.

Marcher Pampelingué.

Courir Mahmikouingué.

Respirer Nêssingué.

Souffler Alamsenoué.

Soupir Kêouêneoua.

Craindre Kouahtamingué.

Esprit (l’) _ou_

Ame (l’) Atchipaïa, _c’est-à-dire_, fantôme volant.

Dieu Kitchi Manê-toua

(_le grand esprit_), _ou_

Kajehelangouâ (_celui

qui nous a faits_).

Génies _ou_ Esprits. Manêtouâ, _analogue

à_ manes, mani-um

_des Latins_.

Diable Matchi Manitou.

Beau PèHkesina.

Laid Molêïousina.

Bon homme Tipêoua-heleniah.

Bonne femme Tipêoua-metams.

Sauvages (les) Metoxthéniaké (_nés

du sol_).

Européens (les) Ouâbkilokèta (_peau

blanche_).

Français (les) Mêhtikôcha (Ouêmistergôch,

_bâtisseur

de vaisseaux_, en

langue Chipewa).

Anglais (un) Axàlàchima (Anglichman).

Américain (un) Mitchi-Malsà (_grand

couteau_).

Oui I-yé.

Non Moxtché.

Avec Mâmàoué, _en arabe_ Mà.

Ils n’ont point le verbe _être_.

Les adjectifs sont de commun genre, comme en anglais. Voyez les exemples

_bon homme_, _bonne femme_.

En général, le pluriel des substantifs se forme en ajoutant au singulier

la finale _ké_: _Métamsa_, une femme; _Métamsake_, les femmes.

_Français._ _Miâmi._

--------- ------

Verbe _Manger_.

Je mange Nioussini.

Tu manges Kiouissini.

Il _ou_ elle mange Ouissinioua.

Nous mangeons Niouissini mina.

Vous mangez Kiouissini moua.

Ils _ou_ elles mangent Ouissiniouàké.

J’ai mangé Chaïani ouissiné.

Tu as mangé Chaïaki ouissiné.

Il _ou_ elle a mangé Chaïaé ouissinoua.

Nous avons mangé Chaïaé kiouissini mina.

Vous avez mangé Chaïaé kiouissini moua.

Ils _ou_ elles ont mangé Chaïaé ouissiniouaké.

Je mangerai Nouissini-kâté.

Tu mangeras Kioussini-kâté.

Il _ou_ elle mangera Ouissinioua-kâté.

Nous mangerons Kiouissini-mina-kâté.

Vous mangerez Kiouissini-mo-kâté.

Ils _ou_ elles mangeront Ouissiniouaké-kâté.

Le manger Ouessiningué.

La faim Aïxouingué.

J’ai faim Indâïexkoui.

Verbe _Boire_.

Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissemens sur la Floride, sur la colonie française au Scioto, sur quelques colonies canadiennes, et sur les sauvages · 第 24 / 28 段