États-Unis ne sont pas le meilleur pays du monde; néanmoins, si
l’émigrant qui veut se fixer, recueille les avis d’État à État,
l’habitant du sud le dégoûtera de s’établir dans le nord à raison des
trop longs hivers, des froids pénibles et rigoureux, des besoins
dispendieux de tout genre qui en résultent pour se loger, se vêtir, se
chauffer, etc., de la nécessité d’entretenir pendant six mois les
bestiaux clos à l’étable, et par suite, de faire des provisions et des
cultures de fourrages, des constructions de granges, etc.; enfin, à
raison de la modicité des produits du sol... De son côté, l’habitant du
nord vantant sa santé, son activité, effets du froid de son climat, de
la maigreur de son sol, et de la nécessité du travail, décriera les
États du sud à cause de l’insalubrité de leurs marais et de leurs
cultures de riz, de l’incommodité de leurs insectes, mosquites et
mouches, de la fréquence de leurs fièvres, de la violence de leurs
chaleurs, de l’indolence et de la faiblesse de constitution qui en
résultent et qui produisent les habitudes oiseuses, la vie dissipée,
l’abus des liqueurs, l’amour du jeu, etc., tout cela favorisé encore par
l’abondance même du sol et la richesse des produits; de plus, l’habitant
de la Caroline s’accordera avec celui du Maine pour décréditer les États
du Centre comme ayant les inconvénients des extrêmes sans en avoir les
avantages; ainsi, j’ai entendu moi-même à Philadelphie les Caroliniens
se plaindre de la chaleur, et les Canadiens du froid, parce que l’on ne
sait y prendre de précaution ni contre l’un, ni contre l’autre; enfin,
si dans un même canton reconnu pour insalubre, l’émigrant veut prendre
des informations précises, chaque habitant l’assure que ce n’est pas sur
sa ferme, mais sur celle de son voisin qu’est le foyer d’insalubrité,
et que c’est d’_un sol étranger_ que lui vient la fièvre... En résultat,
le fait est que chaque individu, chaque nation, tout en se plaignant de
leur sol, de leur situation, préfèrent néanmoins leur pays, leur ville,
leur ferme, par égoïsme, par intérêt, et par-dessus tout, par un motif
moins senti, mais bien plus puissant, le motif de l’_habitude_.
L’Égyptien préfère son fleuve, l’Arabe ses sables brûlants, le Tartare
ses prairies découvertes, le Huron ses immenses forêts, l’Indien ses
plaines fertiles, le Samoïède et l’Eskimau, les rivages stériles et
glacés de leurs mers boréales; aucun d’eux ne voudrait changer, abjurer
son sol natal; et cela uniquement par la puissance de cette _habitude_
dont on parle si souvent, mais dont on ne connaît toute la magie que
quand on est sorti de son cercle pour éprouver les effets des habitudes
étrangères. L’habitude est une atmosphère physique et morale que l’on
respire sans s’en apercevoir, et dont l’on ne peut connaître les
qualités propres et distinctives qu’en respirant un air différent. Aussi
les gens qui ont _le plus d’esprit_, lorsqu’ils ne sont pas sortis de
leurs habitudes, et qu’ils veulent parler de celles d’autrui,
c’est-à-dire, de sensations qu’ils n’ont pas éprouvées, sont-ils de
véritables aveugles qui veulent parler des couleurs: et parce que la
sobriété à porter de tels jugements, constitue l’_esprit raisonnable_ si
décrié par les _aveugles_ ou les _hypocrites_, sous le nom _d’esprit
philosophique_, je me bornerai à dire que, comparativement aux pays que
j’ai vus, et sans renoncer aux préjugés de mes sensations et de ma
constitution natale, le climat de l’Égypte, de la Syrie, de la France et
de tout ce qui entoure la Méditerranée, me paraît très-supérieur en
bonté, salubrité et agrément aux États-Unis; que dans l’enceinte même
des États-Unis, si j’avais à faire un choix sur la côte atlantique, ce
serait la pointe de Rhode-Island, ou le chaînon de _Sud-ouest_ en
Virginie, entre le Rappahannok, et le Rônoake; dans le pays d’Ouest, ce
serait les bords du lac Érié en cent ans d’ici, lorsqu’ils n’auront plus
de fièvres; mais pour le présent, ce serait, sur la foi des voyageurs,
les coteaux de la Géorgie et de la Floride lorsqu’ils ne sont pas sous
le vent des marais.
APPENDICE (_Voyez page 159_).
Les débordements excessifs qui, pendant l’été de 1800, eurent lieu en
Suède, sans que l’on pût en rendre raison par les pluies tombées dans le
pays, m’ayant fait soupçonner que ces débordements étaient dus aux
nuages accumulés sur des montagnes limitrophes par un courant d’air ou
vent dominant, je m’adressai pour éclaircir ce fait à un ami zélé des
sciences et des arts, le C. Bourgoing, ministre de la république à
Copenhague, et je le priai de me procurer des réponses exactes à
diverses questions que je lui envoyai. Il communiqua ces questions à
plusieurs savants, tels que MM. Melanderhielm, Svanberg, Loevener,
Schoenhenter, Wibbe, Grove, Buch; et les notes séparées qu’ils eurent la
complaisance de lui fournir, m’ayant présenté dans leur comparaison un
ensemble de faits corrélatifs, je crus devoir en envoyer le résumé au
ministre, à titre de remercîments. Comme ce résumé se lie au sujet que
j’ai traité dans cet ouvrage, je l’insère ici avec l’intention
ultérieure et additionnelle, d’attirer l’attention des météorologistes
sur la totalité du système des vents de la zone polaire, et de parvenir
à connaître le jeu correspondant du nord-ouest et du nord-est
d’Amérique, avec les vents de la Russie et de la Suède.
_Lettre au citoyen Bourgoing, ministre de la république française près
le roi de Danemarck._
Paris, 1er ventôse an 9 (10 février 1801).
Vos obligeantes notes, citoyen ministre, me sont parvenues précisément
dans l’ordre inverse de leurs dates.... et par cette raison j’ai dû
attendre la dernière pour vous faire tous mes remercîments; j’ai
d’ailleurs désiré de vous envoyer un résultat de travail qui me
disculpât près de vous et près de quelques-uns de vos consultés, de
l’emploi de votre temps en systèmes et en théories sans fondement comme
sans utilité. Quel que soit le résultat de mon travail, il ne serait pas
sans utilité s’il prouvait qu’_il y a_, ou _même qu’il n’y a pas_ de
marche fixe dans les courants de l’air; et que l’on peut ou que l’on ne
peut pas juger du vent qui règne dans un lieu par le vent qui a régné ou
qui règne dans un autre. La navigation, l’agriculture, sont intéressées
à ce problème, puisque sa solution influerait beaucoup sur les
spéculations de commerce, d’achats ou de ventes de grains.--Quant au
reproche d’_esprit systématique_, j’en suis peu affecté, parce que je ne
me sens point du tout atteint de l’engouement qui en fait le vice et le
ridicule.--A vingt ans j’avais des systèmes dont j’étais
très-persuadé.--Nos maîtres, vous le savez, citoyen ministre, nous
enseignaient à ne point douter, à tout prouver par _atqui_ et _ergo_, à
tout expliquer sans demeurer _à quia_; mais à mesure que l’expérience a
refait mon éducation, j’ai vu qu’il fallait renoncer à l’esprit
doctoral, et s’il m’est resté une doctrine à suivre et à prêcher, c’est
celle de douter beaucoup; de ne pas être pressé d’_assurer_, et d’être
toujours prêt à revoir la question et à écouter d’autres faits. Après
cela, je n’ai pas néanmoins la duperie d’accorder à mes adverses plus
d’infaillibilité qu’à moi; et quel que soit d’ailleurs leur mérite,
s’ils n’ont pas fait une étude particulière de la question en débat,
s’ils prétendent en juger par aperçu et analogie, je leur rétorque à mon
tour l’esprit de système, et j’invoque le jury des faits; car je suis,
selon l’expression de S***, _de la faction des faits_. Or, voici mon
dire dans le cas présent.
Il résulte des diverses notes que vous m’avez envoyées, et entre autres
de l’exposé court, clair et méthodique de M. Schoenhenter (évêque de
Drontheim):
1º Que la Norwège est traversée de l’est à l’ouest, par un chaînon
appelé _Dovrefield_ ou _Dofre_, qui la partage en sud et en nord.
2º Que ce chaînon, l’un des plus élevés de ce royaume, a environ trois
mille pieds rhinlandais d’élévation (--2901 pieds de Paris--941
mètres--483 toises).
3º Qu’il forme dans le système de l’air, une ligne de démarcation
tellement positive, que le nord et le sud n’ont presque jamais les
mêmes vents en même temps. S’il pleut dans le pays d’Agherrhous,
Christiansandt, etc., il fait sec dans le Drontheim, dans le Nordland,
etc.: M. Buch dit les mêmes choses.
4º Ce dernier cas a été surtout remarquable dans l’été de 1800, où le
pays de Drontheim, nord du Dofre, a éprouvé des pluies continuelles, au
point de perdre toute la récolte; tandis que les gouvernements
d’Agherrhous et de Berghen, sud du Dofre, ont éprouvé une sécheresse
excessive.--Dans le Drontheim, les vents, depuis juin jusqu’au vingt
août, furent si constamment nord-ouest, qu’à peine y eut-il vingt jours
d’exception; et le thermomètre variant de six à huit, ne passa point 11°
de Réaumur.--Dans l’Agherrhous et le Berghen, les vents furent
habituellement sud, sud-est, même sud-ouest, le mercure variant de 14 à
18°; à peine y eut-il sept jours pluvieux, avec cette différence
remarquable, que les tables météorologiques de Drontheim et de
Christiansandt, comparées l’une à l’autre, offrent plus de vingt
exemples, où il pleuvait dans le Drontheim par le vent nord-ouest,
tandis qu’il faisait beau et sec dans l’Agherrhous par le vent sud-est;
c’est-à-dire, qu’il régnait à la fois deux vents diamétralement opposés.
M. Schoenhenter observe que le Iempterland en Suède, à l’est du
Drontheim, essuya les mêmes pluies, mais il ignore si le vent y fut le
même.--
D’accord avec MM. _Wibbe_, _Grove_ et _Buch_, il dit que sur la côte de
Norwège les vents dominants sont du quart de l’ouest; qu’ils y sont les
vents pluvieux (à raison de l’océan), tandis que le nord-est, le sud-est
et l’est, y sont les vents secs: qu’au nord du Dofre, le nord-ouest
domine avec le sud-ouest; que l’ouest pur et l’est pur sont rares: que
sur la côte de Berghen et dans le bassin de Louken, les dominants sont
le sud-ouest et l’ouest, tous deux pluvieux: et que dans le bassin du
Glomen et tout le golfe d’Agherrhous, ce sont le sud-ouest grand
pluvieux, et le sud-est tantôt sec et tantôt pluvieux: voilà pour la
Norwège.
A Stockholm, MM. Svanberg et Melanderhielm, disent que les vents
dominants sont l’ouest et le sud-ouest qui sont secs: que les vents
pluvieux, plus rares, sont l’est, le nord-est, et en été le sud-est;
mais que la péninsule de Scanie et le Smaland, participent au climat du
golfe d’Agherrhous: ils observent que juin et juillet, dans l’été de
1800, furent très-pluvieux à Stockholm; mais ils n’ont point joint les
tables des vents (qui durent souffler de l’est); alors le nord-ouest
régnait à Drontheim, le sud et le sud-est dans l’Agherrhous, et l’est
sur le golfe Bothnique; de manière que le Dofre était le point de
rencontre et de choc de trois courants opposés.
Expliquer ce qui se passait dans l’air en ce lieu, me menerait trop
loin; je me borne à vous observer: 1º Que les inondations de la Suède
n’ont pu provenir de la fonte des neiges, comme le pense M***; en juin
et juillet les neiges d’hiver sont fondues: 2º qu’il est évident que le
Dofre, encore qu’il ne soit pas une chaîne pleine comme muraille, a
cependant exercé sur les courants de l’air une action incontestable: si
M*** le nie, ce sera de sa part une _théorie_ plus que _hasardée_.
Quoique des groupes de montagnes ne soient pas immédiatement joints,
surtout quand leurs vallons marchent en sens divers, il n’en résulte pas
moins un obstacle capable de ralentir le fleuve aérien, de la même
manière que des files de rocs dans les lits des rivières, barrent et
ralentissent le courant des eaux. Au reste, j’aurai l’occasion de
développer plus amplement ma _théorie_ à cet égard.--Agréez mes
remercîments de l’exemplaire de la Théorie des vents de la Coudraye, qui
se trouve être exactement ce que j’attendais d’un marin instruit et
observateur.
ÉCLAIRCISSEMENTS
SUR DIVERS ARTICLES
INDIQUÉS DANS CET OUVRAGE.
ARTICLE PREMIER.
SUR LA FLORIDE.
Et sur le livre de BERNARD ROMANS, intitulé _A concise natural and
moral History of east and west Florida_; New-York, 1776, sold by
Aitken, in-12.
Courte Histoire naturelle et morale de la Floride orientale et
occidentale.
«L’auteur, qui a passé plusieurs années dans le pays en observateur et
en médecin éclairé, distingue deux climats en Floride; l’un qu’il
appelle _climat de nord_, lequel s’étend du 31° au 27° 40´ latitude;
l’autre, le _climat de sud_, qui s’étend du 27° 40´ au 25°: il fonde
cette distinction sur ce que dans l’un les gelées sont habituelles
pendant l’hiver, tandis que dans l’autre elles sont extraordinairement
rares: il eût été simple et plus clair de dire qu’_il gèle dans tout le
parallèle du continent_, et qu’_il ne gèle point dans la presqu’île
propre_.
«Dans ce pays l’air est pur et clair. L’on ne voit de brouillards que
sur la rivière Saint-John; mais les rosées sont excessives. Le printemps
et l’automne sont extraordinairement secs; l’automne très-variable du
chaud au frais. Le commencement de l’hiver, c’est-à-dire janvier, est
humide et tempétueux; février et mars sont secs et sereins; de la fin de
septembre à la fin de juin, il n’y a peut-être pas au monde de climat
plus doux; mais juillet, août et septembre sont excessivement chauds; et
cependant les variations du froid au chaud sont bien moindres qu’en
Caroline, et la gelée bien plus rare.
«En toute saison, à midi, le soleil est cuisant; jamais le froid
n’affecte même l’oranger chinois, dont le fruit est exquis.
Saint-Augustin est sur la frontière des deux climats.
«Sur la côte _est_ ou _atlantique_, règne le vent alisé d’_est_. Sur la
côte _ouest_ ou du _golfe mexicain_, les brises de mer venant de l’ouest
au nord-ouest rafraîchissent en été toute la presqu’île. Tous les genres
de fruits y prospèrent sans y être desséchés de chaleur ou de froid.
Dans toute la presqu’île la pluie s’annonce 24 et 48 heures d’avance,
par l’excès de la rosée ou par son manque total. Les vents y sont
également moins variables qu’un peu plus au nord en remontant vers le
continent. Pendant une grande partie du printemps, de même que pendant
l’été et le début de l’automne et dans la première partie de l’hiver,
ils sont au quart de nord-est; à la fin de l’hiver et dans le
commencement du printemps, ils sont ouest et nord-ouest.
«Les quinze à vingt jours qui précèdent l’équinoxe d’automne et les deux
ou trois mois qui le suivent, sont redoutables en Floride et dans la mer
adjacente; c’est-à-dire, que du commencement de septembre jusqu’au
solstice d’hiver, il arrive fréquemment de violentes tempêtes. B. Romans
n’a jamais ouï parler de grands accidents à l’équinoxe de printemps. Les
terribles ouragans de 1769 arrivèrent le 29 octobre et jours suivants;
celui de 1772 fut les 30, 31 août, 1er, 2 et 3 septembre: il souffla
d’abord _sud-est_ et _est_ à _Mobile_; en allant plus ouest il était
nord-nord-est. Notez que depuis Pensacola il ne fut pas sensible dans
l’est. Le vent fit gonfler toutes les rivières; et, par un cas étrange,
il fit pousser une seconde moisson de feuilles et de fruits aux mûriers.
«Les vents sud et sud-ouest donnent un air épais et fâcheux aux poumons:
il en est de même de cet air étouffé dont on se plaint si fort en
juillet et août.--Les vents, depuis le sud-est jusqu’au nord-est, sont
humides et frais et donnent de fréquentes ondées qui rendent le sable
même fertile. De l’est au nord les vents sont frais et agréables; du
nord au nord-ouest ils sont presque froids. Le thermomètre est
habituellement entre 84 et 88° Fah. (22½ à 25° R.) à l’ombre, là où
l’air circule. Pendant juillet et août il est à 94° (27½ R.); mais au
soleil, il est promptement à 114° (36½ R.). Il ne tombe jamais de
plus de deux degrés au-dessous du point de la gelée. Il est impossible
de se figurer combien l’air est charmant depuis la fin de septembre
jusqu’à la fin de juin. La côte orientale de la presqu’île est plus
chaude que l’occidentale, et que tout le climat nord dont le rivage est
exposé aux piquants vents de l’hiver.
«_La pointe de Floride, à sa partie d’ouest, est très-sujette aux
rafales et aux tornados, depuis mai jusqu’en août; ils viennent chaque
jour du sud-sud-ouest et du sud-ouest; mais ils passent vite._» (Voyez
la carte des vents, où la théorie des courants de l’air s’accorde
précisément à placer les tournoiements à cet endroit.)
«Le docteur Mackensie, médecin (différent du voyageur) a beaucoup parlé
de la moisissure, de la rouillure et de la liquéfaction du sel, du
sucre, etc. Tout cela, il est vrai, se voit plus à Saint-Augustin
qu’ailleurs; et cependant il n’est pas de lieu plus sain dans tous ces
parages. L’on y vit très-vieux et très-sain. Les Havanais y viennent
comme à leur Montpellier.
«Le climat nord, c’est-à-dire la partie ouest et continentale de
Floride, a les mêmes caractères que la partie nord de la péninsule; mais
il y fait des vents plus froids. L’on a beaucoup parlé de l’épidémie de
la Mobile en 1765: la vraie cause fut l’excessive intempérance des
soldats. Les Anglais, même les médecins, conseillent dans tous ces
climats de boire le _verre de vin; mais on fait ce verre trop large et
trop fréquent_.
«Le plus dangereux de tous les inconvénients en Amérique, _n’est ni le
chaud, ni l’humide, ni le froid, c’est le terrible et subit changement
des extrêmes_ qui vous donne 30° (14° R.) de différence en 12 heures, et
cela est _pire au nord qu’au sud_. Le sol de Floride est généralement un
sable blanc qui a par-dessous lui une couche d’argile blanche. Le rivage
de la mer est sans arbres; l’intérieur est plein de pins.
«_Oldmixon_, dans son ouvrage du _British empire_, est le seul qui ait
dit des choses raisonnables sur le caractère des sauvages. _Tous les
Européens, avec leurs rêves de la belle nature, n’ont dit que d’absurdes
folies._»
Bernard Romans, dans les pages 38 et suivantes, peint les sauvages tels
que je les ai vus; sales, ivrognes, fainéants, voleurs, d’un orgueil
excessif, d’une vanité facile à blesser, et alors cruels, altérés de
sang, implacables dans leur haine, atroces dans leur vengeance, etc.,
etc. Il représente les _Chicasaws_ pires que les autres. «Les _Chactas_
valent mieux; ils ont de la bonne foi, quelque idée de propriété
mobilière et personnelle. Ils sont plus laborieux que tous les autres.
Ils vendent tout aux passants; mais ils sont adonnés au jeu.» (L’auteur
déduit de cela même l’idée qu’ils ont du _mien_ et du _tien_.) «Le
suicide n’est pas rare chez eux ni chez les autres. Ils sont aussi
pédérastes que les _Chicasaws_, et les Chicasaws le sont autant que les
Grecs. (Ces honnêtes gens-là auraient bien besoin du missionnaire
_Atala_.)
«Les Chicasaws comptaient en 1771 250 guerriers
«Les Chactas 2600
«Les Creeks confédérés 3500
«_Tous ces sauvages s’arrachent la barbe avec des petites pincettes ou
avec des coquilles._
«Les enfants lancent à 20 et 30 _yards_ (mètres) des flèches longues
d’un pied, qui sont garnies de coton sur les 4 pouces du gros bout. Ils
usent pour cet effet de sarbacanes de 8 pieds, et ils tuent des oiseaux
et des écureuils.
«Au reste, le pays des _Creeks_ est de la plus excellente terre et du
plus agréable paysage, susceptible de toute production.
«Celui des Chactas est très-bon aussi; mais celui des Chicasaws est une
haute plaine sèche, ayant peu d’eau et mauvaise. Leur nord jusqu’à
l’Ohio est très-montueux.»
L’auteur a joint trois gravures, représentant les traits physionomiques
de ces trois peuples; et quoiqu’elles paraissent avoir été exécutées sur
bois ou sur étain, le caractère n’est pas mal saisi.
Tout le livre de Bernard Romans est d’un détail intéressant sur leurs
mœurs, leurs manières, et sur les productions du sol.
Il traite avec intelligence des maladies du pays, réfute les assertions
du docteur _Lind_, en ce qu’elles ont d’exagéré; il convient de
l’excessive humidité rouillante et moisissante à _Saint-John_ et à
_Saint-Augustin_, et pourtant Saint-Augustin est très-sain, parce qu’il
n’a pas les marais de Saint-John.
Les grandes variations subites du chaud au froid, avec de fortes rosées,
sitôt après le coucher du soleil, sont le cas de _Saint-John_, de la
rivière _Nassau_, de _Mobile_ et de _Campbelton_; mais à _Pensacola_ et
à son est, à New-Orléans et sur le Mississipi, il ne les a point vues,
et l’on ne s’en plaint pas. Ces variations d’ailleurs, et cette
humidité, ne sont pas comparables à celles de la _Géorgie_, et surtout
des _Carolines_. L’on s’en préserve avec du feu dans la maison, et un
vêtement de laine le soir. Il n’y a de marais saumaches qu’à
_Saint-John_, tandis que la _Géorgie_ et les _Carolines_ en sont
infectées, ainsi que de mosquites et de puantes exhalaisons.
Les mouches et les mosquites n’abondent qu’aux rizières et aux
indigoteries. Il faut convenir que le Mississipi en est couvert au delà
de toute idée. L’on n’y vit que sous la mosquetière. Ils disparaissent à
mesure que l’on cultive. En résultat, B. Romans conseille aux gens
replets, aux biberons, aux gloutons d’Europe et aux pléthoriques, de ne
pas venir ici sans changer entièrement de régime.
Les fièvres sont très-répandues depuis la fin de juin jusqu’au milieu
d’octobre, c’est-à-dire précisément après les grandes pluies, combinées
avec les violentes chaleurs. Elles sont plus tenaces près des rizières
et des indigoteries. Il entre dans de très-bons détails sur cet article,
dans les pages 131 et suivantes.
Les marais doux ou saumaches sont malsains, mais non pas les marais
d’eaux salées. Au reste, la figure et le teint des habitants suffisent à
indiquer leurs maladies.
«Les mosquites ne sont pas si abondants sur les eaux fraîches et sur le
courant du Mississipi, qu’au bas de la rivière et sur toute la plage
maritime, où ils sont intolérables;» (mais ils le sont tellement dans
les bois le long du fleuve depuis l’Ohio, que le soir quand on allume
le feu il faut les écarter de l’homme qui prend ce soin, car ils
l’aveugleraient).
Le _tétanos_ est terrible en Floride, et il est commun aux gens qui
_abusent des liqueurs et qui couchent au frais_.
Enfin l’auteur parle du naufrage de M. _Viaud_ et de madame _Lacouture_,
comme d’un fait réel et positif qui eut lieu sur le rivage
d’_Apalachicola_; mais ils en ont fait un roman. Les œufs qu’ils
trouvèrent ne furent pas des œufs de dinde, mais de tortue. Il cite des
personnes qui ont secouru ces deux naufragés.
Il est fâcheux pour la science que ce ne soit pas le livre de Bernard
Romans qui ait été traduit à la place de celui de _Bartram_.
ARTICLE II.
SUR
L’HISTOIRE DE NEWHAMPSPHIRE.
Par JÉRÉMIE BELKNAP, Membre de la Société philosophique de Philadelphie;
Et sur l’Histoire du _Vermont_, par Samuel Williams, membre de la
Société météorologique d’Allemagne, et de la Société philosophique
de Philadelphie.
§ I.
L’ouvrage de M. Belknap, intitulé _The History of Newhampshire_ que j’ai
plusieurs fois cité, et qui n’est point traduit en français, est composé
de trois volume in-8º, imprimés à Boston. Dans les deux premiers,
l’auteur n’a eu pour but que de faire connaître les événements
historiques de la colonie de cet État, depuis son premier établissement;
le tableau qu’il en présente est d’autant plus curieux, que l’on y
trouve l’origine d’une foule d’usages qui, alors établis par des lois
coactives et très-sévèrement exécutées, ont tourné en _habitudes_, et
composent aujourd’hui plusieurs parties du _caractère_ des
Anglo-américains.--L’on y voit l’esprit intolérant des premiers colons,
prescrire par des réglements rigoureux les formules de communication,
soit entre hommes, soit entre les deux sexes; la manière de faire
l’amour avant de se marier, le maintien et la contenance, soit dehors,
soit dedans la maison, comment on doit porter la tête, les bras, les
yeux, causer, marcher, etc., etc. (d’où sont venus le ton cérémonieux,
l’air grave et silencieux, et toute l’étiquette guindée qui règne encore
dans la société des femmes des États-Unis). Il était défendu aux femmes
de montrer les bras et le cou; les manches devaient être fermées aux
poignets, le corset clos jusqu’au menton; les hommes devaient avoir les
cheveux coupés courts, pour ne pas ressembler aux femmes; il leur était
défendu de porter des santés, comme étant un acte de _libation païenne_;
défendu même de faire de la bière dans le jour du samedi, de peur
qu’elle ne _travaillât_ le dimanche: tous ces délits étaient
susceptibles de _dénonciation_, et la dénonciation emportait _peine_;
ainsi régnait une véritable _inquisition terroriste_, et les esprits
durent contracter toutes les habitudes que donne la persécution;
habitudes de silence, de réserve dans le discours, de dissimulation, de
combinaisons d’idées et de plans, d’énergie dans la volonté, et de
résistance lorsqu’enfin la patience est à bout. Comme ouvrage moral, ces
deux premiers volumes sont intéressants à consulter, vu le soin qu’à
pris l’écrivain de recueillir des faits constatés. Mais la quantité
d’autres détails en rendrait peut-être la traduction trop longue pour
nous autres Français, auxquels ils sont étrangers.
Il n’en est pas ainsi du troisième volume, qui est une description
méthodique du climat, du sol, de ses produits naturels et artificiels,
de la navigation, du commerce, de l’agriculture, et de tout l’état du
pays. L’on peut comparer ce volume à celui de M. Jefferson sur la
Virginie: l’un et l’autre sont des statistiques aussi exactes, aussi
instructives qu’il est permis aux forces et aux moyens de simples
particuliers d’en produire. M. Jefferson, en publiant dès 1782, a eu le
mérite de surmonter les principales difficultés, en traçant le premier
plan d’un travail alors inusité. M. Belknap, en publiant le sien en
1792, après 22 ans d’observation, a celui d’avoir profité de ce que les
progrès de la science ont accumulé de faits et de méthode: son livre
(volume troisième), composé de 480 pages, gros caractère, y compris
l’appendice, serait susceptible de quelques réductions, à raison de
divers détails qui nous sont superflus; et quoique l’auteur y paie un
double tribut à son caractère d’Américain et de ministre du saint
Évangile, en déclamant quelquefois contre les _philosophes_ et contre
les _voyageurs européens_, cet ouvrage n’en est pas moins l’un des plus
_philosophiquement_ instructifs, dont on puisse faire présent à notre
langue sur les États-Unis.
§ II.
J’en dirai autant de l’Histoire du Vermont, par M. Samuel Williams; elle
forme un volume in-8º d’environ 400 pages, d’un caractère plus fin
(petit-romain), y compris aussi un appendice sur divers
sujets.--L’ouvrage est partagé en 17 chapitres d’une division
méthodique.--Situation, limites, superficie, sol, aspect du pays,
montagnes, leurs hauteurs, leurs directions, les cavernes, sources,
etc., rivières et lacs, climat et saisons, productions végétales et
animales, sont les sujets des six premiers chapitres. Le septième et le
huitième traitent des sauvages, de leur caractère, de leur éducation, de
leur état moral et politique. Les neuf, dix et onze détaillent tous les
incidents de la formation de l’État de Vermont et de l’origine de ses
premiers colons. Les six autres, sous le titre d’_État de la Société_,
font connaître, 1º l’_emploi du temps_ en arts et en commerce; 2º les
_coutumes et usages_, comprenant l’éducation, le mariage, la vie civile,
etc.; 3º la _religion_ et l’importance du principe _de la parfaite
égalité_ des cultes (l’auteur est ministre du saint Évangile); 4º le
gouvernement du pays; 5º la population; 6º la _liberté_, qu’il dit être
bien moins le produit du _gouvernement_ américain que de la condition
et situation du peuple.