Il serait possible aussi que la trombe fût occasionée par le frottement

de deux courants d’air en sens opposés, puisque ce frottement serait une

cause efficace du mouvement tourbillonnaire; il suffirait que l’un des

deux fût plus frais que l’autre pour faire entrer ses nuages en

dissolution: mais tous les autres effets et termes de comparaison n’en

restent pas moins les mêmes.

Résumant les faits énoncés dans le cours de ce long article, je pense

avoir clairement démontré que le vent de _sud-ouest_ aux États-Unis,

n’est autre chose que le vent alisé des tropiques dévié et modifié, et

que par conséquent l’atmosphère du pays d’ouest n’est autre chose que

l’atmosphère du golfe de Mexique, et primitivement de la mer des

Antilles, transportée sur le Kentucky: de cette donnée découle une

solution simple et naturelle du problème, qui au premier aspect a pu

paraître embarrassant, savoir: pourquoi la température du pays d’ouest

est plus chaude de 3 degrés de latitude que celle de la côte atlantique,

avec la seule séparation de la chaîne des Alleghanys: les raisons en

sont si palpables, que ce seroit fatiguer le lecteur que d’y insister:

une autre conséquence de cette donnée est que le vent de sud-ouest étant

la cause d’une température plus élevée, il en étendra d’autant plus la

sphère qu’il aura plus de facilité à pénétrer dans le pays; et de là un

présage favorable aux contrées situées sur son passage et sous son

influence, c’est-à-dire aux pays voisins des lacs Érié et Ontario, et

même à tout le bassin du fleuve Saint-Laurent, dans lequel le sud-ouest

pénètre. L’on peut espérer de ce côté une amélioration de climat plus

prompte, plus sensible que dans des parties beaucoup plus méridionales

de l’autre côté des monts: or, cette amélioration arrivera à mesure que

l’on abattra les forêts qui ferment le passage au fleuve aérien.--Et

déja cette cause a commencé de produire ses effets, puisque depuis les

premiers temps de la colonie du Canada, les époques de la clôture du

fleuve par les glaces ont retardé de près d’un mois, et qu’au lieu

d’assurer les vaisseaux sous la condition d’être sortis à la fin de

novembre, comme il étoit spécifié au commencement du siècle dernier, la

clause actuelle d’assurance n’a plus lieu que pour le vingt-cinq

décembre, ou jour de Noël: malheureusement de plus grandes espérances à

cet égard sont fortement contrariées par le vent de nord-ouest dont il

me reste à tracer l’histoire. Mais avant d’examiner le pour et le contre

de cette question d’amélioration, je ne puis me dispenser de dire un mot

d’un phénomène intimement lié au sujet que je quitte, et qui dans nos

études géographiques ordinaires, n’occupe pas la place qu’il mérite: je

veux parler du _courant_ du golfe mexicain, très-bien connu des Anglais

et des Américains sous le nom de _Gulph-stream_.

§ IV.

Du courant du golfe de Mexique.

Les effets de l’alisé du tropique ne se bornent pas à entasser l’air

dans le golfe du Mexique: à force de souffler depuis les côtes d’Afrique

vers celles d’Amérique, et de pousser les flots dans un même sens sur

une ligne de douze cents lieues de longueur, le vent d’est finit par

amonceler les eaux dans le cul-de-sac formé par les rivages du Mexique

et de la Louisiane; il est fâcheux que nous n’ayons pas à cet égard des

données précises de hauteur, et que le gouvernement espagnol, qui s’est

quelquefois occupé de la communication des deux mers par l’isthme de

Panama, n’ait pas fait mesurer leurs niveaux respectifs; mais je n’en

assurerai pas moins avec confiance que les eaux du golfe de Mexique sont

effectivement élevées de plusieurs pieds au-dessus de l’espace qu’elles

laissent derrière elles, même à partir des Antilles, et davantage encore

au-dessus de l’océan Pacifique qui est de l’autre côté. Je me fonde sur

l’analogie de ce qui arrive dans la Méditerranée et dans les lacs et les

étangs d’une certaine étendue, où les vents qui soufflent deux ou trois

jours du même point occasionent à l’extrémité opposée une espèce de

reflux de deux ou trois pieds de hauteur perpendiculaire: cet effet est

sensible dans le port de Marseille, dont j’ai vu les eaux monter jusqu’à

28 pouces par les vents d’est; et il a lieu en inverse par les vents

d’ouest et de sud-ouest sur les côtes de Syrie et d’Égypte, où les

ingénieurs français ont trouvé jusqu’à 31 pouces de variation. J’oserais

assurer que dans le cas présent leur élévation est beaucoup plus

considérable à raison de la puissance et de la continuité de la cause

efficiente; et lorsque je considère que ces mêmes ingénieurs français

ont constaté que la mer Rouge à _Suez_ est élevée d’environ 28 pieds

au-dessus de la Méditerranée à _Peluse_[113], je suis porté à croire

que quelque chose de semblable a lieu dans le golfe de Mexique

relativement à la côte de l’océan Pacifique, et à celle des États-Unis.

Mais, me dira-t-on, admettant un excédant quelconque de niveau, il faut

bien néanmoins que l’équilibre du liquide se rétablisse de quelque

côté.--Oui, sans doute, il le faut; or, cela ne se peut par le canal

entre Youcatan et Cuba, attendu que le double courant de l’air et de la

mer arrive de ce côté dans toute sa force. La surabondance des eaux n’a

donc de ressource et d’issue que par le canal de Bahama: et en effet,

c’est de cet autre côté que les eaux, après avoir tournoyé sur les

rivages du Mexique, de la Louisiane et de la Floride, s’échappent à la

pointe de la presqu’île, sous la précaution et l’abri de la terre de

Cuba et des nombreux écueils et îles Lucayes, qui de ce côté rompent les

efforts de l’Océan et le cours du vent alisé. La rapidité du courant de

ces eaux dans le canal de Bahama, en même temps qu’elle est un fait trop

connu pour y insister, devient une preuve de l’élévation de leur source

dans le golfe. Au sortir du canal, elles conservent dans l’Océan un

caractère très-distinct, non-seulement par la vitesse de leur courant

qui est de 4 et 5 milles à l’heure, c’est-à-dire plus vif que la Seine;

mais encore par leur couleur et par leur température, plus chaude de

cinq à dix degrés (R.) que celle de l’Océan qu’elles traversent; cette

espèce singulière de fleuve prolonge ainsi toute la côte des États-Unis

avec une largeur variable que l’on estime, terme moyen, à 15 ou 16

lieues; et il ne perd sa force et ses caractères que vers le grand banc

de Terre-Neuve, où il se dilate comme dans son embouchure alors dirigée

vers le nord-est: il paraît que l’habile navigateur François Drake est

le premier qui, dès la fin du 16e siècle, remarqua ses effets et

devina sa cause; mais l’une des plus curieuses circonstances, celle de

la température, lui échappa: ce ne fut que vers 1776 que le docteur

Blagden, faisant des expériences sur la température de l’Océan à

diverses profondeurs, trouva que vers le 31° de latitude nord à la

hauteur du cap _Fear_, le thermomètre plongé dans l’eau, après avoir

marqué 72° Fahrenheit (17¾ R.), vint tout à coup à marquer 78 (20½

R.), continua tel pendant plusieurs milles, et ensuite baissa

graduellement à 16½, puis à 14⅔ R., en s’approchant, de la côte,

quand la sonde prit fond et que l’eau devint olivâtre. Ce phénomène,

alors nouveau, fit sensation en Angleterre, et Franklin, qui, dans la

même année, venait en Europe et faisait les mêmes observations, lui

donna encore plus de célébrité. Son neveu et compagnon de voyage, M.

Jonathan Williams, a continué et multiplié les recherches sur ce sujet;

et maintenant l’on peut établir comme théorie complète les faits

suivants:

1º Le _courant_ du golfe marque sa route depuis le canal de Bahama

jusqu’au banc de Terre-Neuve.

2º Il côtoie les rivages des États-Unis à une distance que les vents

rendent variable, mais qui, en terme moyen, s’estime à un degré ou vingt

lieues.

3º A mesure qu’il s’éloigne de son origine, il dilate son volume et

diminue sa vitesse.

4º Il paraît qu’au fond de l’Océan il s’est creusé un lit particulier

très-profond; car les sondes y perdent terre ou deviennent tout à coup

très-longues.

5º Il ronge la côte sud des États-Unis, malgré la résistance des écueils

_Hatteras_ qui le détournent vers l’est d’une pointe et demie de

compas[114], et il menace de les détruire eux-mêmes tôt ou tard. Les

îles sableuses de Bahama, les atterrissements de même nature sur la côte

du continent, les bas-fonds de Nantoket, paroissent n’être que des

dépôts formés par lui; et je suis tenté de dire que les bancs de

Terre-Neuve ne sont que la barre de l’embouchure de cet énorme fleuve

marin.

6º Sur chacun de ses côtés il forme un _eddy_ ou _contre-courant_ qui,

aidé du côté de terre par les fleuves du continent, arrête les dépôts

vaseux qu’on nomme les _sondes_.

7º De longs vents de sud-ouest le rendent moins sensible, parce qu’ils

poussent les flots dans son sens; mais les vents de nord-est, en le

heurtant de front, le rendent plus saillant, et comme disent les marins,

_creusent_ tellement sa vague, que les navires à un seul pont et à haut

bordage courent risque de _sombrer_ sous les fortes lames qu’ils

embarquent.

8º On entre sur son domaine quand on voit la couleur de l’eau devenir

bleue-indigo au lieu de bleue-ciel qu’elle est en plein Océan, et de

verdâtre ou olivâtre qu’elle est du côté de terre, sur les sondes de la

côte. Cette eau vue dans un verre est sans couleur comme sous les

tropiques, et d’une salure plus forte que l’eau de l’Atlantique qu’elle

traverse.

9º Beaucoup d’herbes sur l’eau n’assurent pas de la présence du courant:

elles en sont seulement l’indice.

10º L’on sent son atmosphère plus tiède que celle de l’Océan: en hiver,

la gelée fond sur le pont du vaisseau qui y entre: l’on se trouve

assoupi, et l’on étouffe de chaleur dans les entreponts.

Quelques expériences donneront des idées fixes de cette différence de

température.

Au mois de décembre 1789, M. Jonathan Williams parti de la baie de

Chesapeak, observa que le mercure marquait dans l’eau de l’Océan,

Fahrenheit. Réaum.

1º Sur les sondes ou bas-fonds de la côte 47° 6° ¾

2º Un peu avant d’entrer dans le courant 60 12⅔

3º Dans le courant 70 17¼

4º Avant Terre-Neuve, dans le courant même 66 15¼

5º Sur Terre-Neuve hors du courant 54 10

6º Au delà du banc en pleine mer 60 12⅔

7º Puis en approchant des côtes

d’Angleterre, il baissa graduellement à 48 7⅓

En juin 1791, le capitaine Billing

allant en Portugal, observa à son départ,

sur la côte d’Amérique, et dans

les eaux des sondes 61 13

Puis dans l’eau du _courant_ 77 20

C’est-à-dire, une différence de 7° Réaumur, ou 16° Fahrenheit. En hiver,

M. Williams avait trouvé 47° et 70°; différence 23° F. ou 10° de R.;

donc en été la différence est moindre qu’en hiver; et cela devait être.

Ces recherches ont conduit à une autre découverte qui peut devenir utile

aux navigateurs: à force d’essayer la température de l’Océan en des

lieux divers, l’on s’est aperçu qu’elle était d’autant plus froide que

l’eau avait moins de profondeur, et l’on en a tiré un double indice,

tantôt de l’approche des terres et des rivages, tantôt du voisinage des

écueils sous-marins. En juillet 1791, le même capitaine Billing observa

que, trois jours avant de voir la côte de Portugal, le thermomètre avait

baissé en peu d’heures de 65 F. (15 R.) à 60 (12⅔ R.), et cette

différence arriva précisément sur la frontière de l’Océan sans fond, et

de la mer _sondable_ qui borde notre continent. M. Williams observa

également au mois de novembre, dans un autre voyage, qu’à l’approche des

côtes d’Angleterre le thermomètre tomba de 53 (9⅔) à 48 (7⅔); et

il remarque avec le capitaine Billing, que, si en mer le thermomètre

baisse subitement, c’est l’indication d’un écueil sous l’eau; soit parce

que sous mer la terre serait plus froide que l’eau[115], soit parce que

l’effet refroidissant de l’évaporation se fait plus sentir dans les eaux

_minces_ que dans les eaux _profondes_.

Ce que je viens d’exposer de la marche du _courant_ du golfe mexicain,

devient un moyen satisfaisant d’expliquer deux incidents d’histoire

naturelle, dignes de remarque, sur la côte des États-Unis.

1º Admettant, comme je l’ai avancé, que le _courant_ est la cause des

atterrissements qui bordent son lit, par l’abandon que son remous y fait

des matières charriées, l’on trouve une raison naturelle et simple de la

présence des produits fossiles du tropique à des latitudes très-avancées

vers le nord. Il est très-probable que les bancs de coquilles

pétrifiées, découvertes en fouillant et sondant les rivages

d’Irlande[116], et qui n’ont leurs analogues que vers les Antilles,

doivent leur origine à cette cause ou à toute autre semblable; du moins

son action jusqu’au delà du banc de Terre-Neuve est incontestable.

2º En considérant la dilatation du _courant_ sur ce même banc de

_Terre-Neuve_, comme l’embouchure de cette espèce de fleuve marin, l’on

obtient encore une raison plausible de l’affluence des poissons-morues à

cet endroit, et de leur prédilection pour ses eaux: car, en prolongeant

toute la côte du continent depuis la Floride, le courant devient le

véhicule de toutes les substances végétales et animales charriées et

jetées en mer par les fleuves nombreux et volumineux des États-Unis; et

ces matières légères, telles que poissons, insectes, vermisseaux, etc.,

ne cessant de flotter que là où l’eau amortit son cours, il est

très-naturel que les morues qui s’en nourrissent se rassemblent au lieu

de la _subsidence_ ou du dépôt.

3º Enfin j’y vois l’explication des éternels brouillards qui affectent

ce parage, et à qui l’on ne connaît pas de cause spéciale. En effet, le

courant déposant là continuellement un volume d’eaux tropicales, dont la

température est plus chaude de 4½ de R. ou 9 de F. que celle de la

mer environnante, il en doit résulter le double effet d’une évaporation

plus abondante, provoquée par la tiédeur de ces eaux exotiques, et d’une

condensation plus étendue, à raison de la froideur des eaux indigènes et

de leur atmosphère, qui précisément se trouve dans la direction et sous

l’influence des vents du nord-est, et de ceux de la baie glaciale de

Hudson... Mais il est temps de revenir à mon sujet dont je ne me suis

cependant pas écarté, puisque parlant de _courants_ en général, ceux des

eaux ne sont pas une digression étrangère à ceux de l’air, qui en sont

habituellement la cause motrice[117].

§ V.

Du vent de nord-ouest.

Le vent de nord-ouest, le troisième et presque le principal dominant aux

États-Unis, diffère du sud-ouest sous tous les rapports; il est

essentiellement froid, sec, élastique, impétueux et même tempétueux; il

est plus fréquent l’hiver que l’été, et plus habituel sur la côte

atlantique qu’à l’ouest des Alleghanys, c’est-à-dire dans les bassins du

Saint-Laurent, de l’Ohio et du Mississipi: l’on ne peut mieux le

comparer qu’au _mistral_ provençal, qui est aussi un vent de nord-ouest,

mais d’une origine très-différente; car le _mistral_, inconnu au nord

des Alpes, des montagnes du Vivarais et de l’Auvergne, ne va point

chercher sa source par-delà notre Océan tempéré; il la tire évidemment

de la région supérieure des montagnes qui environnent les bassins du

Rhône et de la Durance, théâtre spécial de sa furie; et il me paraît

venir principalement des sommets des Alpes, dont la couche d’air

refroidie par les neiges et par les glaciers, se verse dans les vallées

pendantes au midi, et surtout dans celle du Rhône où son cours réfléchi

et dévié par les chaînes vivaraises, prend la direction de nord-ouest

pour toute la Provence; il s’y précipite avec d’autant plus de violence

qu’outre sa pesanteur spécifique et la pression de l’atmosphère élevée

d’où il se verse, il trouve encore sur la Méditerranée un vide habituel

occasioné par l’aspiration des côtes et du continent brûlant de

l’Afrique. Aussi se fait-il toujours sentir d’abord sur la mer, et il ne

s’établit que successivement et en remontant dans l’intérieur des

terres; peut-être à ce torrent aérien qui tombe des Alpes, se mêle-t-il

des courants du haut des chaînes du Vivarais et de l’Auvergne; mais ils

n’y sont qu’accessoires, et le foyer ou réservoir principal est

évidemment le haut pays alpin, sans lequel il serait impossible

d’expliquer et de concevoir les apparitions du mistral, subites comme un

coup de canon après chaque pluie, surtout dans la saison chaude.

Le nord-ouest américain a bien quelque chose de cette vivacité; et

j’aurai occasion de montrer que dans plusieurs cas il dérive aussi de la

couche supérieure de l’atmosphère; mais à l’ordinaire et dans ses

longues tenues, il vient jusque des mers glacées du pôle, et des déserts

également glacés qui sont au nord-ouest du lac Supérieur. Dans les

premiers temps, l’on a cru que ce lac et les quatre autres qui lui sont

contigus, étaient la cause principale et même première du froid que le

vent de nord-ouest apporte sur la côte atlantique. Aujourd’hui que tout

le continent est mieux connu, cette opinion ne conserve de partisans que

dans le vulgaire; de bons observateurs avaient déja remarqué que dans

les cantons du Vermont et du New-York, qui ne sont point sous le vent

des lacs, le froid n’était pas moins violent qu’ailleurs; les récits des

Canadiens qui vont à la traite des fourrures bien au delà des lacs, ont

achevé de dissiper tout doute: ces traitants attestent unanimement que

plus ils s’avancent dans le grand-nord[118], plus le vent de nord-ouest

est violent et glacial, et qu’il est leur principal tourment dans les

plaines déboisées et marécageuses de cette Sibérie, et même en remontant

le _Missouri_ jusqu’aux monts _Chipewans_; il faut donc reconnaître que

primitivement le nord-ouest américain tire sa source, et de ces déserts

qui depuis les 48 et 50° sont glacés pendant neuf et dix mois de

l’année, et de la mer Glaciale qui commence vers le 72e degré, et

enfin de la partie nord des monts _Stony_ ou _Chipewans_ qui paraît être

couverte de neige pendant toute l’année; il est à remarquer que par-delà

ces monts, sur la côte de _Vancouver_, le nord-ouest qui vient de

l’Océan et du bassin de _Baring_, est déja plus humide et moins froid;

et comme il souffle bien moins habituellement, il appartient à un autre

système[119].

Sur la côte atlantique, le vent de nord-ouest qui a parcouru le

continent, amène aussi quelquefois des ondées de neige ou de pluie, ou

même de grêle; mais ces nuages appartiennent plutôt à d’autres courants

d’air, tels que le nord-est et le sud-ouest qu’il force de se replier,

et qu’il dépouille en les chassant; d’autres fois ils sont le produit

des surfaces humides qu’il trouve sur sa route; tels les cinq grands

lacs du Saint-Laurent, les marécages, et même les fleuves pris dans les

longues lignes de leur cours; c’est par cette raison que sous le vent de

ces lacs et des longues lignes du Mississipi et de l’Ohio, le vent de

nord-ouest prend un caractère humide en hiver, et orageux en été qu’on

ne lui trouve point en d’autres cantons. Car depuis Charleston jusqu’à

Halifax, parler du nord-ouest, c’est désigner un vent violent, froid,

incommode, mais sain, élastique et ranimant les forces abattues.

Seulement il a cela de perfide en hiver, que tandis qu’un ciel pur et un

soleil éclatant réjouissent la vue et invitent à respirer l’air, si en

effet l’on sort des appartements, l’on est saisi d’une bise glaciale

dont les pointes taillent la figure et arrachent des larmes, et dont les

rafales impétueuses, massives, font chanceler sur un verglas glissant.

Moins rude en été, on le désire pour calmer la violence des chaleurs; et

en effet, il lui arrive alors assez souvent de se montrer après une

ondée de pluie d’orage; et comme il est impossible que le laps d’une

demi-heure lui ait suffi à venir de loin, il est évident qu’il tombe de

la région supérieure qui, à ces latitudes, n’est pas distante de plus de

2,800 à 3,000 mètres: le vide étant formé près de terre par la

condensation des nuages en pluie, la couche supérieure s’y abaisse pour

le remplir; sa direction de nord-ouest vers sud-est lui est imprimée,

parce que l’atmosphère du côté de l’Océan jusqu’au tropique, est

composée d’un air léger et chaud qui ne peut soutenir l’équilibre contre

ce courant froid et lourd; et cette direction n’est pas du nord vers le

sud, parce que de ce côté elle serait repoussée par le reflux du vent de

sud-ouest et de l’alisé tropical, dont le contre-courant vient remplir

les latitudes moyennes. Il paraît que tous ces courants se joignent

ensemble pour former sur l’Océan atlantique depuis les 35 jusqu’aux 48

et 50 degrés de latitude, ce vent d’ouest que nous voyons être le

dominant presque perpétuel des côtes d’Angleterre, de France et

d’Espagne.

Cette attraction ou aspiration de l’atmosphère atlantique est constatée

par l’observation de M. Williams: «On remarque, dit-il, que nos vents de

nord-ouest et d’ouest commencent toujours du côté de la mer;

c’est-à-dire que si plusieurs voiles se trouvent à la file, c’est la

plus avancée en mer qui s’enfle la première, et successivement les

autres jusqu’à la plus voisine du rivage qui s’enfle la dernière[120]».

Les marins font journellement la même observation sur les brises

littorales, dont celle de jour, appelée _brise de mer_, commence

toujours dans l’intérieur des terres au sommet des montagnes et des

collines, qui vers midi deviennent le foyer de chaleur, je dirais

presque la cheminée d’aspiration: en sorte que le vent y est senti un

quart d’heure ou une demi-heure avant de l’être au rivage, et cela

proportionnellement à la distance entre les deux points, ainsi que je

l’ai souvent remarqué en Syrie et en Corse; la brise dite _de terre_

commence aussi sur ces mêmes sommets, parce que là se fait le premier

refroidissement, et que l’air se verse par son poids du haut des

montagnes en bas vers la mer, comme un courant d’eau. Cette différence

dans la manière d’agir de certains vents ou courants d’air, mérite

d’être étudiée, comme servant à caractériser la nature de l’air qui les

compose; mais elle n’est pas moins dans tous les cas l’effet des vides

relatifs, et des densités alternatives que cause l’absence ou la

présence du soleil, tantôt sur la terre, tantôt sur la mer; effet qui

est une sorte de diastole et de systole qu’éprouve l’air tour à tour

échauffé, dilaté, grimpant, ou refroidi, condensé et retombant[121].

Une objection me reste à lever contre un fait qui n’a pu manquer de

frapper le lecteur.--J’ai dit que le vent de nord-ouest était beaucoup

plus fréquent à l’est qu’à l’ouest des Alleghanys: l’on demandera

comment il est possible qu’il arrive au second pays sans avoir passé sur

le premier qui est sur sa route: comme le fait est avéré, il faut bien

qu’il ait un moyen de solution, et ce moyen est de l’espèce du précédent

que je viens de citer (à la note); c’est-à-dire, que les Alleghanys sont

la digue d’un lac aérien dont le fond, nivelé par cette digue, est, sous

sa protection, dans un état de repos ou de fluctuation indépendant de

la couche au-dessus du trop-plein; en sorte que tandis que le vent de

sud-ouest traverse le bassin de Mississipi et le pays de Kentucky,

d’Ohio, etc., jusqu’au bassin du Saint-Laurent, par lequel il s’écoule,

le courant de nord-ouest glisse par-dessus lui diagonalement, et va

par-dessus les Alleghanys et au niveau de leur cime, se verser sur la

côte atlantique, où il acquiert trois motifs d’accélération; savoir: 1º

le poids de son fluide; 2º la pente du terrain; 3º le vide de l’Océan

dans la direction de sud-est.

Le même cas a lieu pour le Saint-Laurent et le Bas-Canada, où les

voyageurs s’accordent à dire que le vent le plus habituel est le

sud-ouest, et après lui le nord-est; très-souvent le nord-ouest n’est

point senti à Québec, tandis qu’il l’est dans le Maine et dans l’Acadie.

Il est évident qu’il a glissé par-dessus le lit concave du fleuve

Saint-Laurent, sans déplacer l’air qui y est stagnant; et si l’on fait

attention que dans un appartement où deux fenêtres sont ouvertes en face

l’une de l’autre, il passe un vent très-vif sans éteindre et sans même

agiter une chandelle placée dans les coins ou dans les côtés, hors du

courant, l’on concevra que l’air a quelque chose de tenace et d’huileux

qui le rend plus difficile à déplacer que ne le supposent les idées que

l’on en a vulgairement.

Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissemens sur la Floride, sur la colonie française au Scioto, sur quelques colonies canadiennes, et sur les sauvages · 第 11 / 28 段