La fréquence des vents de nord-est sur la côte atlantique peut

s’attribuer en partie à la direction du rivage, et des montagnes de

cette contrée, laquelle favorise le cours du fluide aérien. Des

observations faites à Monticello, à Frederick-town, à Bethléem, prouvent

que souvent tout autre rumb souffle dans l’intérieur des terres; quant à

New-Port, à New-York, à Philadelphie, à Norfolk, des observations du

même jour attestent le _nord-est_. Quelquefois ce vent lui-même en porte

des preuves notoires sur sa trace, en versant sur le littoral des ondées

de neige qui ne pénètrent pas dix milles dans l’intérieur. Ce cas arriva

à Norfolk, le 14 février 1798, lorsque dans une seule nuit il tomba sur

cette ville et ses environs plus de 40 pouces de neige, par un vent de

_nord-est_, tandis qu’à dix lieues, au sein des terres, il n’avait pas

même plu, et qu’il régnait plutôt un vent de nord-ouest, ainsi que

l’observèrent plusieurs papiers publics.

Si le vent du nord-est varie ou dévie, c’est ordinairement pour passer à

l’est, et ce dernier vent peut se considérer comme son suppléant et son

alternatif naturel. Moins fréquent que lui, il participe à ses qualités

pluvieuses et froides, surtout au nord des 40 et 41°: à mesure que l’on

s’avance au sud, il devient plus tempéré, sans cesser d’être humide; ce

qui s’explique de soi-même, à raison de la température des mers de ces

latitudes. Il ne faut pas les confondre avec le vent d’_est alizé_ des

tropiques. Celui-ci ne s’élève jamais au delà des 30 ou 32° de latitude,

et seulement lorsque le soleil, au solstice d’été, entraîne de ce côté

la zone d’air qu’il gouverne, en établissant un foyer d’aspiration dans

les parties nord de ce continent. En hiver l’alizé d’_est_ se replie

jusque vers le 22 et 23°, étant d’une part repoussé par l’atmosphère

refroidie de l’Amérique nord, et de l’autre attiré par un nouveau foyer

établi dans l’Amérique sud par le soleil perpendiculaire au Paraguay.

Dans les deux cas, lors même que les vents irréguliers de _nord-est_ et

d’_est_ règnent sur l’Atlantique, leur empire est presque toujours

séparé de celui de l’alizé par une frontière, ou de calme ou de

contre-courants que cause leur inégalité en température, en densité, en

vitesse. Il y a d’ailleurs entre eux ce cachet distinctif que les vents

continentaux de _nord-est_ et d’_est_, malgré l’irrégularité de tout le

système de leur zone, affectent de paraître aux deux équinoxes pendant

les 40 ou 50 jours qui suivent le passage du soleil à l’équateur: aussi

est-ce la saison la plus favorable pour se rendre d’Europe en Amérique;

celle dont profitent les vaisseaux de commerce, qui plus tard ou plus

tôt sont exposés à de longs passages, à raison des vents de _sud-ouest_

et de _nord-ouest_ qui dominent l’Océan atlantique, l’un en hiver et

l’autre en été, et qui dans toutes les saisons ne permettent que des

apparitions courtes et interrompues aux vents de sud-est et de sud dont

je vais parler.

§ II.

Vents de sud-est et de sud.

Le vent du _sud-est_ aux États-Unis a plusieurs traits de ressemblance

avec le _scirocco_ de la Méditerranée, qui est aussi un _sud-est_: comme

lui, il est chaud, humide, léger, rapide; comme lui, il affecte la tête

d’un sentiment pénible de pesanteur et de compression; mais à un degré

infiniment moins fâcheux que le _scirocco_.

Si l’on remarque que le _kamsinn_, ou vent du sud, produit en Égypte la

même sensation; que dans d’autres pays tels que Bagdad, Basra, c’est le

vent du sud-ouest; et que dans tous, c’est toujours un courant d’air qui

a _balayé_ des surfaces terrestres brûlantes et sèches, l’on conclura

que cet effet physiologique est dû à l’action sur nos nerfs d’une

qualité ou d’une combinaison particulière du _calorique_ ou fluide igné.

La différence d’intensité qui existe entre ces divers vents favorise

elle-même cette induction; car si, comme il est de fait, le _sud-est_

américain est moins pénible que le _sud-est_ italien, l’on peut

l’attribuer au long trajet du premier sur l’Atlantique dont l’humidité a

neutralisé les exhalaisons du continent africain, tandis que le

_scirocco_ n’a pas eu le temps d’acquérir cet avantage sur le bassin

étroit de la Méditerranée; et cependant il le possède plus que le

_kamsinn_ et que le _sud-ouest_ de Bagdad, qui ne parcourent que des

continens. Or, si tels sont les effets physiologiques de certains airs,

qu’ils rendent le corps paresseux, la tête lourde, et l’esprit

inapte[104] à penser, serait-il étonnant que dans certaines parties de

l’Afrique où un tel air est habituel, les indigènes eussent réellement

contracté les habitudes paresseuses de corps et d’esprit que l’on

remarque à quelques peuples noirs, et que par le cours des générations

elles se fussent tournées en _nature_, qui par cela même pourrait à son

tour être changée par une habitude des circonstances contraires.

Revenant aux États-Unis, lorsque le sud-est se montre en hiver sur la

côte atlantique, ce qui arrive surtout aux approches de l’équinoxe, il

produit parfois, jusqu’au Canada, des dégels passagers qui ont le

fâcheux effet de gâter les provisions de viandes que l’on fait dans les

pays froids, dès le mois d’octobre, pour cinq ou six mois. Plus au sud,

ces dégels trompent perfidement la végétation, en provoquant, dès

janvier et février, des fleurs qui ne devraient paraître qu’après

l’équinoxe, et que le retour infaillible des gelées ne manque pas de

détruire.

Vers l’équinoxe, surtout vers celui de printemps, le sud-est produit,

particulièrement dans les embouchures de l’Hudson, de la Delaware, et

dans la baie de Chezapeak, des tempêtes courtes mais violentes; leur

durée est assez ordinairement de 12 heures; elles ont ceci de singulier,

que leur furie s’exerce comme un ouragan, sur un espace limité de 10 ou

20 lieues de longueur et de 4 ou 5 de large, sans que hors de cet espace

l’on s’aperçoive du moindre mouvement. J’ai connu deux exemples de ce

phénomène à New-York et un à Philadelphie, où pendant 12 heures l’on

avait essuyé une si violente tempête, que l’on croyait apprendre la

perte de tous les vaisseaux voisins de la côte; cependant, 12 heures

après, les vaisseaux arrivèrent sans avoir remué une voile, et sans

avoir senti le moindre vent extraordinaire.

Cette irruption violente d’un vent léger et chaud ne peut s’expliquer

par la théorie ordinaire des pesanteurs spécifiques, puisque tout autre

vent est plus froid et plus dense que le _sud-est_: il faut donc

admettre l’expansion d’une masse considérable de cet air chaud qui

repousse et chasse l’air plus froid dont il est environné. La forme de

cône ou d’entonnoir des baies et embouchures des fleuves, où ce

phénomène a lieu de préférence, prête à cette explication, en ce qu’un

grand volume d’air poussé dans ces entonnoirs est obligé de s’échapper

par un canal de plus en plus resserré: il y agit presque à la manière

des eaux d’un étang contenu par de hautes digues, auxquelles on ouvre

d’étroites issues: là où la résistance le tient en équilibre, le liquide

demeure calme: mais il s’élance avec impétuosité là où elle vient à

manquer; et cette impétuosité a pour double cause la pression qu’il

éprouve d’une part, et l’espace plus grand où il se développe de

l’autre, en sortant de ses conduits resserrés. Dans le cas dont il

s’agit, cet espace vide est nécessairement dans la région moyenne de

l’air, à une élévation peut-être de moins de 1000 mètres; et le torrent

du sud-est s’y échappe en _montant_ comme tous les airs chauds: il y est

ou condensé par la couche supérieure qui s’y trouve au terme de glace;

ou bien, glissant sous elle, il s’échappe horizontalement, et peut-être

se replie sur lui-même, et forme un tourbillon dont le centre ou l’axe

est en l’air à une hauteur de 5 ou 600 mètres, et dont la circonférence

balaye et rase la terre. Mais quelle est la cause première de ce vide

sans tonnerre et sans météores préalables, du moins sans qu’on en ait

vu? Il faudrait pour résoudre ce problème, avoir rassemblé toutes les

circonstances du phénomène; avoir connu sa manière d’agir, du moins, en

divers points de sa sphère d’action et de sa circonférence; connaître

enfin l’état de l’air et ses directions, avant et après la crise; or,

comme ces données positives m’ont manqué, je ne sait pas y suppléer par

de pures hypothèses.

Du vent de sud.

Le vent de _sud_ direct, que l’on croirait plus chaud que le sud-est,

est néanmoins plus tempéré aux États-Unis. Pendant l’été, saison où il

se montre plus fréquemment, on le regarde comme une brise agréable, et

presque rafraîchissante, à raison de la vapeur humide dont elle abreuve

l’air: j’ai trouvé que cette vapeur, tant à _New-York_ et à

_Philadelphie_ qu’à _Washington_, avait une odeur frappante de marécage

de mer, telle que celle des huîtres, laquelle décèle sa source d’une

manière moins agréable qu’on ne veut le dire. L’on ne peut cependant lui

refuser le mérite de tempérer l’excessive ardeur du soleil et la

réverbération encore plus brûlante de la terre dans les mois de juin,

juillet et août: c’est pour jouir de cette brise de sud, que dans tout

le continent américain l’on préfère l’exposition des maisons au midi,

comme en France nous préférons celle à l’est et au sud-est: dans les

États-Unis, elle a cet avantage qu’en été le soleil est assez élevé sur

l’horizon pour ne point s’introduire dans les appartements protégés par

les _porticos_ ou _piatzas_, dont l’usage est général. En hiver, l’astre

abaissé introduit dans les maisons ses rayons que l’on désire, et il y

fait sentir sa chaleur, en dépit du nord-ouest, qui trop souvent

accompagne sa clarté. Dans cette même saison, si le vent de _sud_ est

quelquefois assez froid, c’est qu’il a passé sur quelques neiges dont la

terre se couvre momentanément, même en Caroline. Et si d’autres fois il

en apporte lui-même au lieu de pluies, c’est parce que dans sa route

aérienne il a rencontré des nuages du nord-est et de l’est, qui n’ont

pas eu le temps de se replier. Mais de telles neiges fondent de suite,

ou deviennent de la pluie en tombant. Six heures de durée suffisent à

rendre au vent de sud le caractère de chaleur moite qu’il tire des mers

tropicales où il prend naissance: je lui ai vu donner à Philadelphie, le

10 mars 1798, une véritable température de Floride. En été, lorsqu’il

est plus rapide qu’à son ordinaire, il ne tarde pas d’amener des orages,

et l’on remarque à Louisville et en d’autres lieux situés sur l’Ohio,

que s’il dure 12 heures continues, il ne manque pas d’amener du

tonnerre; or, en calculant sa marche à un terme moyen de 16 ou 17 lieues

à l’heure, selon une estimation que des expériences sur la vitesse des

vents rendent plausible, c’est précisément le temps qu’il lui a fallu

pour apporter les nuages du centre du golfe mexicain, distant de 10 à

12°. La fréquence du vent de sud en cette saison prouve qu’il existe

alors un foyer d’aspiration dans le nord du continent: mais il reste à

savoir si ce foyer est au-delà ou en deçà de la chaîne _algonkine_, qui

borde les lacs à leur nord. Ce fait ne peut être constaté que par des

observations établies simultanément sur une ligne, depuis le rivage de

Floride par le Kentucky, les lacs Érié, Huron et la chaîne algonkine

jusqu’aux bords de la baie de Hudson; elles jetteraient un grand jour

sur le jeu correspondant de l’atmosphère du pôle et de l’atmosphère du

tropique, ainsi que sur la lutte et sur le balancement des courants du

nord-ouest et du sud-ouest, qui sont les principaux vents des

États-Unis.

§ III.

Du vent de sud-ouest.

Le vent de _sud-ouest_, l’un des trois grands dominants aux États-Unis,

y est plus fréquent pendant l’été que pendant l’hiver, et plus habituel

dans le pays de l’Ouest que sur la côte atlantique; en hiver, l’on

dirait qu’il a de la peine à franchir les Alleghanys; et réellement il

paraît que les vents de _nord-ouest_, de _nord-est_ et d’_est_, plus

puissants dans cette saison, lui interdisent le passage des monts.

Quelquefois néanmoins il profite de leurs déviations, ou surmonte leur

obstacle, et il se montre sur la côte atlantique plus impétueux, et

surtout plus froid qu’il n’appartient à son habitude et à son origine:

l’on eu sent aisément la raison, quand on considère qu’il a traversé la

région élevée des Alleghanys, souvent couverts de neiges pendant

l’hiver, et qu’il a trouvé dans l’Ouest une terre abreuvée de pluie,

dont l’évaporation ne peut que le refroidir.

Au printemps, devenu plus fréquent, il apporte lui-même des neiges

passagères, des ondées de pluie et même de grêle, qui cependant

paraissent plutôt dues aux vents de nord-est et de nord-ouest, dont il

replie et chasse les nuages amoncelés sur les Alleghanys: ces monts

deviennent eux-mêmes le champ clos visible des combats de ces courants

d’air opposés: souvent l’on peut de la plaine observer les nuages

marchant vers Blue-ridge, par les vents d’est ou de nord-est: bientôt

s’y arrêtant, y demeurant stationnaires, puis tantôt s’y fondant en

pluie, tantôt revenant sur leurs pas, chassés par le sud-ouest, qui à

son tour s’établit pour quelques heures. Je fus témoin de ce spectacle

dans la soirée que je passai à Rock-fish-gap, sur Blue-ridge; et mon

hôte, sans être physicien, m’en donna des raisons très satisfaisantes.

Ce n’est que vers le solstice d’été que le sud-ouest règne sur la côte

atlantique d’une manière plus constante qu’aucun autre vent. Il y

devient l’agent principal des orages qui se multiplient dans les mois de

juillet et d’août, et qui sont infiniment plus violents que les nôtres

en France. Souvent la brise du sud, qui a coutume de s’élever vers 10 ou

11 heures, fait place au sud-ouest, qui dans l’après-midi remplit le

ciel de nuages orageux: deux ou trois heures se passent en éclats de

tonnerre, d’un bruit prodigieux, et en éclairs, d’un volume vraiment

énorme; la crise se termine avant le coucher du soleil, par des ondées,

tantôt plus et tantôt moins abondantes.

L’équinoxe d’automne apporte un changement à cette direction du courant

de l’air, et c’est alors son opposé diamétral, le _nord-est_, qui

pendant 40 à 50 jours a la prépondérance sans néanmoins régner seul:

après cette période, le sud-ouest, qui n’avait pas été entièrement

éteint, se ranime et partage le reste de la saison avec le nord-ouest

qui s’éveille, et avec l’ouest direct qui est le plus égal, le plus

serein et le plus agréable des vents de ce continent.

La marche du sud-ouest dans le bassin du Mississipi et d’Ohio, jusque

sur le fleuve Saint-Laurent, est plus régulière et plus simple; l’on

peut dire en deux mots que ce vent domine depuis la Floride jusqu’aux

lacs, et à Montréal pendant dix mois de l’année. Les deux mois où il est

le plus silencieux, sont ceux du solstice d’hiver, pendant lesquels le

nord-ouest et le nord-est occupent l’atmosphère. Après cette époque, il

se ranime en proportion de l’élévation du soleil au zénith, et il

acquiert de telles forces qu’en juillet et en août, il est presque alizé

en Louisiane, en Kentucky, et jusque sur le lac Champlain, pendant 40 à

50 jours; il domine presque également sur le Saint-Laurent; et pour

remonter ce fleuve à la voile, l’on attend quelquefois un mois de suite

des vents d’est ou de nord-est, qui alors même sont peu durables. C’est

encore le sud-ouest qui, vers le 20 avril, fond les glaces du

Saint-Laurent, comme c’est le nord-ouest qui les établit à la fin de

décembre. Le _sud-ouest_ est, avec le _sud_, le vent chaud du Canada, du

Vermont, du Genesee; mais il n’a ce caractère bien marqué que pendant

l’été: il se rafraîchit dans les autres saisons, en proportion de

l’abaissement du soleil à l’horizon, et du rapprochement des terres vers

le pôle. Il se montre au contraire plus chaud, à mesure que l’on revient

vers le Kentucky, le Tennessee et le golfe du Mexique, qui est son foyer

originel.

A raison de ce voisinage, il procure à la Basse-Louisiane une

température si élevée, pendant les quatre mois d’hiver, que malgré

l’apparition assez fréquente des vents de nord-nord-ouest et d’_est_,

l’on peut s’y permettre la culture de la canne à sucre, surtout celle

d’Otahiti: mais il fait racheter cette faveur pendant les quatre mois

d’été, par des chaleurs accablantes et des orages extrêmement violents

et presque journaliers, de l’espèce de ceux qu’aux Antilles l’on appelle

_grains blancs_. La mousson de ces orages commencé après le solstice, et

suit une marche progressive digne d’attention. D’abord c’est vers les

cinq heures du soir, lorsque la chaleur étouffante et humide est

parvenue à son comble, que les nuées orageuses s’élèvent et accourent

du bas du fleuve et de la partie sud-ouest du golfe: chaque jour

l’apparition de ces nuées anticipe de quelques minutes; en sorte que

vers le milieu du mois d’août, les tonnerres se déclarent vers deux

heures après midi; de violentes ondées précèdent et suivent leurs éclats

effrayants; au coucher du soleil tout se pacifie; le ciel redevient

calme, tantôt serein, tantôt voilé de brouillards qu’exhalent d’immenses

marécages et un sol fumant; la nuit se passe tranquille, mais fatigante

par sa chaleur calme, et surtout par les _maringouins_. Le lendemain

matin, la chaleur se ranime à mesure de l’élévation du soleil à

l’horizon et de l’état calme de l’air; dans l’après-midi la crise de la

veille recommence[105]: le vent du sud-ouest pousse ces nuées orageuses

dans l’intérieur du pays, sur le Tennessee et le Kentucky, où elles en

rencontrent d’autres fournies par les rivières, les _swamps_ et les

lacs; par ce moyen, la série des orages s’étend et se prolonge avec des

forces renaissantes jusqu’au Canada.

Maintenant, pour bien apprécier les effets et l’action de ce grand

courant d’air sur la surface du sol qu’il parcourt, et qui lui sert en

quelque sorte de lit; pour bien calculer le caractère et la puissance

du foyer dont il émane, c’est-à-dire l’atmosphère du golfe mexicain, il

faut se retracer plusieurs circonstances géographiques et nautiques de

ces parages: il faut remarquer que le centre du golfe est immédiatement

situé sous le tropique; que pendant les six mois d’été, toute la surface

de ses eaux est frappée d’un soleil vertical et brûlant, qui provoque

une évaporation énorme. Que pendant les six mois d’hiver, l’action de

cet astre y est encore si vive, que les gelées n’approchent point de

cette mer: que les plages d’_Youcatan_, de _Campêche_, de la

_Vera-cruz_, des _Florides_ et de _Cuba_, sont connues pour être d’une

chaleur insupportable; qu’en effet la chaleur doit y être d’autant plus

intense, que le bassin presque circulaire du golfe, enclos d’îles et de

terres, n’admet pas une libre ventilation; qu’enfin les marins citent

cette mer pour être la plus féconde de toutes celles de la zone torride

en orages, en tonnerres, en _trombes_, en _tornados_ ou tourbillons, en

calmes étouffants et en ouragans, tous accessoires naturels d’un air

embrasé et pourtant humide.

Ces circonstances rendent déja raison des qualités que nous avons

reconnues au vent de sud-ouest sur le continent américain; mais

l’observateur ne doit point borner là ses regards; il doit encore

rechercher quelle source inépuisable et première fournit à la

déperdition journalière et immense de ce réservoir aérien: or, s’il

porte sur la carte un œil attentif[106], il remarquera que les deux

seules embouchures ou issues du golfe sont situées entre Cuba et les

presqu’îles d’Youcatan et de Floride; que par celle d’Youcatan, la plus

considérable des deux, le golfe reçoit les courants d’eau et d’air de la

mer de Honduras, qui elle-même les reçoit à son tour de la mer des

Antilles, ouvertes dans l’Océan atlantique; que par le canal de Floride

et de Bahama, le golfe perd et vide continuellement ses eaux dans le

même Océan, et que l’accès de l’air y est obstrué par une triple chaîne

d’îles; il remarquera que ces deux issues sont placées entre les 20 et

24° latitude nord, et que même celle d’Youcatan, par sa communication

médiate avec la mer des Antilles, ouvre et dilate réellement son

embouchure jusqu’au 10e degré; or, il sait que c’est précisément sous

les latitudes de 10 à 24° que les vents alizés du tropique soufflent

toute l’année des parties d’est sur l’Océan atlantique: il apprend des

marins que ces vents alizés naissent à 80 ou 100 lieues des côtes

d’Afrique; qu’ils traversent l’Océan avec un vitesse d’environ 32,400

mètres[107] (à peu près 8 lieues) à l’heure; qu’ils arrivent à la chaîne

des Antilles, sur un front d’environ 10° ou 200 lieues marines: il

conçoit que cet énorme fleuve d’air doit franchir les îles, comme un

fleuve d’eau franchit des rocs semés dans son lit; qu’il entre dans la

mer des Antilles, et que là, emprisonné à droite par les terres de

Saint-Domingue et de la Jamaïque, à gauche par celle du continent

méridional, il est forcé de poursuivre son cours dans la mer de

Honduras, et finalement d’entrer dans le golfe du Mexique..... et dès

lors le problème est éclairci et résolu.

En effet, c’est réellement le vent alizé de l’Atlantique qui, par la

marche que je viens de décrire, alimente l’atmosphère du golfe, et y

produit la plupart des phénomènes dont il est le théâtre. Il y arrive

d’autant plus puissant, que, depuis la chaîne des Antilles, il resserre

de plus en plus son courant, et accumule ses forces sur un moindre

espace: sans doute cette chaîne a d’abord brisé et morcelé son courant,

comme les rocs et les récifs divisent un torrent d’eau, ou même comme

les piles d’un pont divisent le courant d’une rivière. Comme les

courants d’eau, le torrent aérien a éprouvé un mouvement de remous et de

tourbillons aux avant-becs de ces îles qu’il heurte; il s’est partagé et

comprimé pour s’échapper par leurs détroits. Cette compression l’y rend

plus rapide: il se déploie avec plus de force à leur issue, et il forme

des tournoiements à leurs arrière-becs, dont chaque courant se dispute

le vide; la navigation locale des îles rend sensibles tous ces

accidents, par les directions diverses que prend le vent plus près ou

plus loin, au-dessus ou au-dessous de leurs masses émergentes: c’est

absolument le même mécanisme que celui d’un courant d’eau, à la légèreté

près du fluide; et l’étude attentive de tous les tourbillonnements qui

ont lieu sous un pont ou à travers les rocs d’un torrent, donne en petit

une idée exacte de ce qui arrive dans le cas actuel, et en général à

tous les courants aériens.

L’alizé de l’Atlantique, parvenu à l’isthme de _Mosquitos_, semblerait

devoir ou pouvoir franchir cette digue; mais malgré sa légèreté, il agit

encore plus qu’on ne l’imagine à la manière de l’eau, et il ne sort

qu’avec difficulté des canaux et des lits dans lesquels il coule ou

seulement repose: plusieurs faits ici prouvent que les montagnes de

l’isthme de Mosquitos, qui sont le prolongement de la chaîne des Andes,

lui opposent un obstacle efficace et l’empêchent d’entrer dans l’océan

Pacifique. Pour bien apprécier la distribution d’air qui se fait à ce

lieu; nous aurions besoin de deux données, savoir, la hauteur précise de

ces montagnes, et l’épaisseur de la couche ou courant d’air: il est

possible que cette couche soit moins épaisse qu’on ne serait porté à le

croire, les aérostats nous ayant appris que souvent les couches de

l’atmosphère n’excèdent pas 200 mètres, et qu’elles glissent et coulent

les unes sur les autres en sens quelquefois diamétralement opposé, de

manière que dans une ascension de 800 à 1200 mètres, l’on trouve ou l’on

peut trouver deux ou trois vents divers; de nouvelles applications des

aérostats à ce genre d’observation dans le cas dont je parle et dans

d’autres semblables, pourraient rendre à la science aérologique des

services que sous d’autres rapports ils ont jusqu’ici assez vainement

promis.

Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissemens sur la Floride, sur la colonie française au Scioto, sur quelques colonies canadiennes, et sur les sauvages · 第 9 / 28 段