contrée granitique.
Quelques lignes auparavant, M. Mackenzie avait dit que des rochers de la
nature de la pierre à chaux, disposés par couches minces, et presque
horizontales, d'une pâte assez molle, se voyaient sur la rive _Est_ du
lac Dauphin, sur les bords des lacs du _Castor_, du _Cédre_, du lac
_Winipik_ et du lac _Supérieur_, ainsi que dans les lits des rivières
qui traversent la longue ligne de toutes ces eaux. Il ajoute: «Ce qui
est aussi bien remarquable, c'est que dans la partie la plus étroite du
lac Winipik, large de deux milles au plus, la rive ouest est bordée de
cette même qualité de rochers calcaires; escarpés de 30 pieds
d'élévation; tandis que sur la rive opposée, celle d'est, des rochers
encore plus hauts, sont du granit mentionné ci-dessus.»
De l'ensemble de ses descriptions que j'abrége, il résulte que la région
des mêmes pierres calcaires que nous verrons régner dans tout l'ouest
des Alleghanys, s'étend, par une ligne nord-ouest, au delà du lac
Michigan, jusqu'aux sources du Mississipi; et de là à celles de la
rivière _Saskatchiwayne_, rejoignant ainsi la grande chaîne des monts
_Stony_ ou _Chipawas_, qui elle-même est un prolongement de la
Cordillère des Andes; et il faut remarquer, dit encore M. Mackenzie,
«que c'est dans la ligne de contact de ces immenses chaînes de granit et
de pierres à chaux, que sont placés tous les grands lacs de l'Amérique
du nord.» Fait physique, vraiment digne de l'attention des naturalistes
géologues.
Revenant au sud du fleuve Saint-Laurent, le granit tapisse le comté de
Steuben jusqu'aux sources de la rivière Mohawk[41], dont il accompagne
le cours, sans que je puisse assurer qu'il la traverse, excepté à sa
petite chute au-dessus de Schenectady. On ne le voit point à sa grande
chute appelée _Cohoës_, dont le lit est de pierre serpentine de la même
espèce que j'ai trouvée à Monticello[42] en Virginie, espèce
très-répandue dans tout le chaînon dit _Sud-Ouest_; mais il reparaît dès
au-dessous d'Albany, sur la rive orientale de l'Hudson, qui coule
constamment entre deux côtes raboteuses et couvertes de maigres taillis
de chênes et de sapins: à 20 milles au-dessous de Poughkeepsie
commencent des sillons transverses, rocailleux et stériles qui m'ont
retracé la Corse et le Vivarais; ils brisent la route pendant 25 milles,
et de toutes parts ils montrent des blocs de granit grisâtres, disposés
par bancs inclinés à l'horizon de 45 à 50 degrés, et couverts de
mousses, de sapins et autres arbres verts rabougris. Le fleuve coule au
milieu de bancs semblables, jusqu'à _West-point_, où il a forcé la
barrière des rocs que lui opposait le dernier de ces sillons
transverses, au pied duquel finissent les _High-lands_
(_Terres-hautes_), et commencent les _Terres-basses_ ou _maritimes_.
Dans ce dernier pays, qui règne en plaine jusqu'à New-York, la rive
gauche du fleuve ne cesse de montrer des bancs de granit rougeâtre ou
grisâtre sortant de terre, de manière à faire penser qu'ils y pénètrent
fort avant.
Des recherches minéralogiques, entreprises par une société de médecins
de New-York[43], constatent que le granit traverse le territoire de
cette ville, le fleuve Hudson, la rivière de _Harlem_, et qu'il s'étend
dans tout le premier rang des collines de New-Jersey. La direction de
ces bancs, surtout depuis la frontière de Connecticut, est du nord-est
au sud-ouest, c'est-à-dire parallèlement à la côte; leur inclinaison est
presque verticale à l'horizon, et leur chaîne est jugée se prolonger
jusque dans le Vermont. Le docteur Mitchill, voyageur pour cette
société, observe, dans le compte qu'il lui a rendu de ces faits (en
1797), que depuis la mer jusqu'à _West-point_, c'est-à-dire dans les
terres basses et d'alluvion maritime, le granit est mêlé de _quartz_,
_feld-spath_, _schorl_, _mica_ et _grenat_, tantôt par grumeaux, tantôt
par feuillets; que la région granitique finit brusquement sur la rive de
l'Hudson, à l'île Pollepell, en face d'un gros roc de _Fish-kill_, (20
milles au-dessous de Poughkeepsee), et qu'à la distance de 40 _rod_ (200
mètres) plus loin commence une région _schisteuse_, qui sort de terre
sur la rive du fleuve, comme si elle y servait de lit au granit: il
conjecture que ce schiste s'étend jusqu'à Albany, et qu'il sert d'appui
à la chute de _Cohoës_; ce qui ne peut s'admettre qu'autant qu'il
appellerait _schiste_ la serpentine dont on m'a remis l'échantillon, et
qui elle-même est le lit immédiat de la chute. Ce schiste, ajoute M.
Mitchill, sert aussi de lit à des bancs calcaires épars dans le pays: il
cite un bloc de ce genre à un mille de Claverac, et à 4 milles du fleuve
_Hudson_ et du village du même nom, lequel présente une masse
proéminente de 800 acres de surface, remplie de coquillages, sans
analogues dans la mer voisine distante de 140 milles, c'est-à-dire de
plus de 46 lieues.
M. Mitchill cite d'autres bancs calcaires près de New-York, à l'endroit
où les eaux se partagent et versent, les unes dans l'Hudson, et les
autres dans le _Sound_, ou bras de mer en face de Long-Island; il pense
qu'à une époque inconnue de l'histoire l'Océan a séjourné sur ce
terrain, et son opinion s'étaie de tous les faits qu'il cite sur les
montagnes de _Catskill_.
Il a trouvé ces montagnes de Catskill composées du même grès que
Blue-ridge dont il les juge être un prolongement; ce fait fixe de ce
côté la limite réciproque des granits et des grès qui composent, comme
nous l'allons voir, une seconde région très-étendue. Ces grès à Catskill
sont portés sur un lit d'ardoise friable qui, au feu, rend une forte
odeur de bitume, et qui présente ses bancs tantôt bouleversés en
désordre, et tantôt inclinés à l'horizon, depuis 50 jusqu'à 80 degrés.
M. Mitchill crut d'abord ce terrain _primitif_, parce que les granits et
les grès ne contenaient pas de fossiles; mais bientôt plusieurs
indications contraires, telles que, 1º l'aspect des rocs formés de
gravier, de cailloux, de quartz rouge et blanc, de jaspe roux et de
grès, tous évidemment roulés et triturés par les eaux; 2º les couches
horizontales et très-régulières de ces rocs; 3º les coquilles fossiles,
inconnues dans ces mers (excepté le clam et le scolop), et trouvées sur
leurs cimes dans un terrain d'argile et de cailloux; tous ces faits
l'ont déterminé à voir, dans cette disposition de terrain, trois grandes
époques de formation: la 1re époque, celle qui plaça les sables; la
2e, celle des eaux qui les roulèrent et les triturèrent; la 3e,
celle de l'existence des coquillages vivants.
Enfin, il remarque que le côté escarpé de ces montagnes verse à l'ouest,
tandis que la pente d'_est_ est aisée et sans correspondance opposite.
Hors de la région des granits que je viens de décrire, il existe
quelques cas d'exception, dont les plus remarquables sont, 1º les
montagnes entre Harrisburg et Sunbury sur le Susquehannah, composées en
majeure partie de ce genre de pierre[44]; 2º une veine de
_granit-talkeux_ ou isinglass, dont je parlerai § IV; 3º des blocs
multipliés au pied de la chaîne _sud-ouest_ en Virginie, principalement
près de Milton sur Fluvannah.
§ II.
Région des grès.
Ces grès de Catskill forment le caractère distinctif de la 2e région
ou nature de sol, laquelle comprend tout le pays montueux de Blue-ridge,
d'Alleghany, de Laurel-hill; les sources du grand Kanhawa; le nœud ou
arc de l'Alleghany, et en général toute sa chaîne au sud jusqu'à l'angle
de la Géorgie et à l'Apalache: je perds sa trace à l'ouest dans l'État
de Tennessee et dans le chaînon de Cumberland; et je ne puis assigner sa
contiguité à la région calcaire avec précision: dans le nord et le
nord-est, ses limites paraissent être les sources de la _Susquehannah_,
même celles des lacs de Génésee, et généralement la rive droite de la
Mohawk et de l'Hudson. M. le docteur Smith-Barton, de Philadelphie, qui,
au retour d'un voyage à Niagara, en 1797, traversa toute la
Haute-Pensylvanie, ne cessa de voir les grès depuis _Tyuga_ jusqu'à 9
milles avant _Nazareth_. M. Guillemard, dans sa route de Philadelphie à
Pittsburg par Sunbury, ne les a quittés qu'à l'ouest de l'Alleghany (qui
dans le canton est appelé _Blue-hill_), en exceptant néanmoins quelques
vallées calcaires, dont je parlerai[45]: enfin, dans la Virginie, depuis
Charlotte-ville jusqu'à la rivière _Gauley_, je les ai moi-même trouvés
abondants sur les 10 ou 12 chaînons successifs que j'ai traversés, en
exceptant aussi les vallées calcaires de _Staunton_ et de _Greenbrïar_.
Quelquefois ces grès admettent le mélange du quartz blanc laiteux,
appelé pierre à flèche, que j'ai trouvé abondant sur _Blue-ridge_, en
allant de Frederick-town à _Harper's-ferry_; et quelquefois aussi du
quartz gris qui est le noyau de _Blue-ridge_, à là brèche que lui a
faite le Potômac sous Harper's-ferry; quelques-uns des rocs de cette
brèche se trouvent être de granit; mais ils sont en petit nombre.
Ces montagnes de grès ne sont pas aussi nues que cette nature de pierre
pourrait le faire penser. J'ai trouvé leurs plus hautes cimes en
Virginie, entre les rivières de _Greenbrïar_ et de _Gauley_, couvertes
de beaux arbres et d'herbes hautes et vivaces, végétant dans l'excellent
terreau noir _kentuckois_, qui est le caractère distinctif du pays
d'Ouest. La région élevée qui s'étend au-dessus du fort Cumberland
par-delà les sources du _Potômac_ jusqu'à celles de l'_Yohogany_, et qui
est connue sous le nom de _Greenglades_, est une véritable Suisse
très-riche en pâturages, dont la vigueur est entretenue pendant tout
l'été par des nuages, des brouillards et des pluies fines qui, à cette
époque, manquent dans la plaine. Ce bienfait est dû à l'élévation
d'environ 700 mètres, que nous avons ci-devant reconnue à ce local: il
faut néanmoins ne pas étendre ces avantages aux chaînons de _Gauley_ et
_Laurel-hill_, qui sont rocailleux et secs. Le géographe Évans n'évalue
leurs parties cultivables qu'à un 10e du tout; et ses nombreux
arpentages donnent à son opinion une autorité prépondérante. Ces
portions cultivables ne se trouvent que dans les vallées qui, là comme
ailleurs, enrichies des terres roulées des montagnes, sont généralement
les plus productives.
Du côté du nord-ouest, c'est-à-dire du côté des lacs de Génésee,
d'Ontario et d'Érié, les grès se terminent à une région de schistes
ardoisins et de marne bleue très-considérable, puisqu'elle paraît former
le lit de ces lacs, ainsi que l'attestent les sondes et les pierres du
fond et des rives; elle s'étend même jusque sur les lits de charbon de
la Pensylvanie occidentale. Cette marne est pleine de coquilles
fossiles. On retrouve les bancs de ces schistes à Niagara, et, comme je
l'ai dit, tout le long du Saint-Laurent jusqu'à Québec. Nous avons vu
qu'ils pavent aussi en grande partie le lit supérieur de l'Hudson; ce
sont là leurs plus grands domaines connus: on ne les aperçoit ailleurs
que par petits espaces.
Hors de cette vaste région des grès que je viens de décrire, l'on peut
citer quelques cantons de la même nature épars dans les contrées
granitiques et calcaires; mais ils y sont à leur tour dans des cas
d'exception; tel est celui du canton de _Worcester_ en Massachusets, le
plus considérable de cette espèce qui me soit connu. L'on ne peut
l'assigner à l'Alleghany, à moins que l'on ne prouve sa continuité à
travers les rivières et les pays de Hudson et de Connecticut.
§ III.
Région calcaire.
La troisième région, celle des _terres calcaires_, embrasse la totalité
des _pays d'Ouest_ ou _Back-country_, situés au couchant des Alleghanys,
et se prolonge, selon la remarque de M. Mackenzie (citée page 45), dans
le nord-ouest, à travers les rivières et les lacs jusqu'aux sources de
la _Saskatchawine_ et à la chaîne des monts _Chipawas_. Tout ce qui
m'est connu de ce pays, depuis le Tennessee jusqu'au Saint-Laurent,
entre les montagnes et le Mississipi, a pour noyau un immense banc de
pierres calcaires, disposé presque horizontalement, par lames ou
feuillets d'un ou plusieurs pouces d'épaisseur, d'un grain uni, serré,
généralement gris; dans le nord, cette pierre calcaire est de l'espèce
cristallisée, dite _calcaire primitif_. Ce banc porte immédiatement une
couche tantôt d'argile, tantôt de gravier, et par-dessus elle, à surface
de terre, une couche d'excellent terreau noir, laquelle est plus épaisse
dans les bas-fonds où elle a jusqu'à 15 pieds, et plus mince sur les
ondulations et hauteurs où elle n'a quelquefois que 6 à 8 pouces. Cette
circonstance, de même que le feuilletage du _banc_, attestent évidemment
un travail antérieur des eaux de l'Océan.
Dans le pays de Pittsburg, sur l'Ohio, dans le canton de _Greenbrïar_,
sur le _Kanhawa_, et dans tout le Kentucky, la sonde manifeste ce banc
fondamental: je l'ai vu à nu dans le lit de toutes les rivières et de
tous les ruisseaux du Kentucky, depuis le _Kanhawa_ jusqu'aux _Falls_ ou
_Rapides_ d'Ohio, près Louisville. Sur la route de _Cincinnati_ jusqu'au
lac _Érié_, je l'ai trouvé servant de _plancher_ à tout le lit de la
_Rivière-aux-glaises_ et du _Miami_ du lac Érié; il paraît que ce lac
est assis sur un fond de schiste noirâtre, mais parmi ses échantillons,
l'on trouve beaucoup de calcaire. C'est encore un banc calcaire qui
porte le Saint-Laurent à la chute de _Niagara_, et qui de là se
prolongeant dans le Génésee, semble accompagner le lit du Saint-Laurent
jusqu'à Québec. Il est vrai que dans toute cette partie du nord, le
calcaire est de l'espèce dite calcaire _primitif_ et cristallisé, comme
me l'ont indiqué des échantillons que les colons de Génésee tirent en
perçant leurs puits.
Ce sont les dislocations et les fractures de ces bancs qui causent les
entonnoirs et gouffres dont j'ai parlé (chap. III, § Ier), où se
perdent les eaux des pluies et même des rivières. J'en ai vu des
exemples curieux à Greenbrïar, en Virginie, et à _Sinking-spring_ en
Génésee, où une source se montre au fond d'un entonnoir, et
immédiatement à six pieds de là se replonge sous terre: ce sont aussi
ces cours d'eaux souterraines qui produisent les vents de quelques
cavernes, telle que celle citée par M. Jefferson, dans le chaînon de
_Calf-pasture_[46].
Depuis Louisville jusqu'à la _rivière[47] blanche_, où il finit
brusquement, j'ai encore trouvé tous les ruisseaux et rivières coulant à
nu sur le banc calcaire kentuckois. Quelques voyageurs américains, en
voyant mes échantillons, m'ont assuré que le _Holstein_, branche nord de
la _Tennessee_, coulait sur un fond semblable: je regrette de n'avoir
pu obtenir de bons renseignements sur le sol qui s'étend au delà, dans
la Georgie et dans la Floride.
A Louisville, la première couche superficielle sur la haute _banquette_
du fleuve est un terreau noir de 3 pieds d'épaisseur; sous ce terreau
est une couche de sable maigre de 14 à 15 pieds d'épaisseur _sans_
coquillages, puis une autre couche de sable de 6 à 10 pouces _avec_
coquillages; puis un gravier assez gros jusqu'au fond du fleuve, dont
l'écore à 25 pieds de hauteur totale.
A quatre milles de Louisville, vers l'Est[48], en rentrant dans
l'intérieur des terres, la première couche superficielle de terreau n'a
plus que 20 pouces d'épaisseur; et plus loin, à 4 milles de
Francfort[49], elle n'a plus que 15 pouces: dans ces deux endroits elle
a sous elle une couche d'argile de 24 à 36 pouces, qui ne se trouve
point auprès du fleuve. Sous cette argile est le banc calcaire, qu'il
faut percer avec beaucoup de peine pour arriver à un lit de gravier et
d'argile où reposent les eaux non tarissantes des puits.
A l'endroit que j'ai cité près de Louisville, le banc a 3 pieds
d'épaisseur, et l'on trouve ces eaux non tarissantes à 18 pieds de
profondeur totale, depuis la surface du sol; en d'autres endroits
l'épaisseur du banc paraît plus considérable: les roches qui forment les
_Falls_ ou _rapides_ de l'Ohio, sous Louisville, appartiennent à ce
grand banc calcaire. Dans les basses eaux, l'on a recueilli beaucoup de
pétrifications à sa surface, mais elles y étaient importées et non
incrustées. Je n'ai jamais vu de fossiles incrustés dans la pâte du
grand banc souterrain. Ce fait m'a d'autant plus étonné, que, près de
Francfort, à l'habitation de M. _Inès_, juge, me promenant avec lui sur
la cime d'un chaînon élevé d'environ 100 pieds au-dessus du ruisseau
_Elk-horn_, qui le perce, nous trouvâmes dans le bois une multitude de
grosses pierres totalement pétries de coquilles fossiles. A
_Cincinnati_, sur la seconde banquette de l'Ohio, j'ai retrouvé les
mêmes pierres pétries de coquilles; enfin le docteur Barton en a
recueilli de semblables sur les hauteurs d'_Onondago_, dans l'État de
New-York, à une distance de plus de 190 lieues, avec la seule différence
que ses échantillons sont bleu-ardoise, et les miens de couleur
rose-violet[50].
Hors du _pays d'Ouest_ et de la région que je viens de décrire, il
n'existe que deux _cantons_ calcaires, dignes de faire exception par
leur étendue: l'un situé dans la longue vallée que forment entre eux
les sillons de _Blue-ridge_ et de _North-mountain_, depuis la Delaware,
au-dessus d'Easton et Bethléem, jusqu'aux sources de la rivière
_Shenandoa_, et même par-delà le fleuve _James_, au grand arc de
l'Alleghany; car le comté de _Botetourt_ qui occupe cette dernière
partie, est appelé le _comté de la Chaux_, attendu qu'il en fournit tout
le pays à l'est de Blue-ridge où l'on n'en a pas. Rockbridge est aussi
en grande partie calcaire, ainsi que tout le pays de _Shenandoa_
jusqu'au Potômac.
Une seconde partie de la vallée, celle qui s'étend du Potômac à la
_Susquehannah_, comprend le bassin des rivières _Grand-Connegocheague_
et _Connedogwinit_, où sont situés les territoires de _Chamber's-burg_,
de _Shipen's-burg_, et de _Carlisle_, célèbres par leur fertilité. La
troisième partie, qui s'étend de la _Susquehannah_ à la _Delaware_,
occupe le bassin de la rivière _Swetara_; traverse avec quelques lacunes
les branches du _Schuylkill_, et se termine vers _Easton_ et _Nazareth_,
dont les terrains ont aussi de la réputation. Sa limite montueuse, au
nord-est, est le sillon _Kittatini_, prolongement de _North-mountain_;
et au _sud-est_, le sillon connu dans le pays sous les divers noms de
_South-mountain_, _Flying-hills_, _Holy-hille_; mais qui, comme je l'ai
dit, n'est que le prolongement direct de Blue-ridge. Cette
circonscription d'une même vallée calcaire, depuis l'arc d'Alleghany
jusqu'à Easton, par 2 chaînes latérales, devient elle-même une preuve
de l'identité que j'attribue à leurs prolongements.
L'autre canton calcaire, contigu à celui-ci, s'étend au revers oriental
de _Blue-ridge_, depuis la brèche du Potômac jusqu'aux approches du
Schuylkill dans le comté de Lancastre. Il a pour limites précises au
sud-ouest et au sud, le Potômac et le lit du Grand-Monocacy, qu'il ne
traverse pas à l'est: il comprend le territoire de Frederick-town, la
majeure partie du cours du Pataspco, et les pays d'York et de Lancastre,
qui sont considérés à juste titre comme les greniers de la Pensylvanie;
enfin il paraît se perdre entre Noristown et Rocksbury sur le
Schuylkill: le reste de sa frontière, depuis le Monocacy jusqu'au
Schuylkill, n'est point tracé par des hauteurs, quoique ce soit un point
de partage de plusieurs eaux, et il ne donne point à ce canton le
caractère de vallée que l'on observe dans les autres districts
calcaires.
Il y a, entre le calcaire de l'_Ouest_ et celui de ces deux cantons de
l'_Est_, deux différences remarquables: la première est que la pâte des
bancs calcaires de l'Est est généralement de couleur bleue assez foncée,
et très mêlée de veines blanches de quartz, tandis que la pâte de la
grande couche calcaire de l'Ouest, surtout en Kentucky, est de couleur
grise, d'un grain homogène et feuilleté.
La seconde différence est que le banc de l'Ouest est, ainsi que je l'ai
dit, presque horizontal, et formant comme une table universelle sous le
pays. Dans l'Est, au contraire, c'est-à-dire dans les comtés de
_Botetourt_, de _Rockbridge_, de _Staunton_, de _Frederick-town_,
d'_York_, de _Lancastre_, et jusqu'à _Nazareth_, le calcaire est
généralement confus et comme bouleversé: lorsque ses bancs observent des
inclinaisons régulières à l'horizon, on remarque que c'est le plus
communément de 40 à 50 degrés; avec cette nuance singulière, que dans la
vallée entre _North-mountain_ et de _Blue-ridge_, l'angle est toujours
moins considérable, c'est-à-dire au-dessous de 45°, tandis que dans les
pays de Lancastre, York et Frederick-town (hors des montagnes), l'angle
est plus habituellement au-dessus de 45°; et ce cas a lieu pour tous les
autres bancs, soit de granit, soit de grès, qui sont moins inclinés dans
les montagnes, et plus inclinés en s'approchant de la mer. A la cascade
du _Schuylkill_, près Philadelphie, les bancs d'isinglass sont inclinés
à 70°: sur l'Hudson, ils vont jusqu'à 90°.
De ces derniers faits, l'on a droit de conclure que toute la côte
atlantique a été bouleversée par des tremblements de terre auxquels nous
verrons ci-après qu'elle est très-sujette, tandis que le pays à l'ouest
des Alleghanys n'en a pas été tourmenté. Aussi le docteur Barton
assure-t-il que les mots _tremblements de terre_ et _volcan_ manquent
aux langues des indigènes de l'ouest, tandis qu'ils sont usités et
familiers dans les dialectes de l'est. Aux tremblements de terres,
s'associent ordinairement les volcans, et l'on trouve en effet beaucoup
de basaltes dans l'Alleghany et dans ses vallées; il faudrait des
recherches expresses pour mieux désigner les anciens cratères. Je ne
puis dire s'il y a ou s'il n'y a pas de coquillages fossiles dans les
bancs de l'est dont je viens de parler; seulement je sais que l'on en a
observé dans le calcaire primitif des environs du lac Ontario et de
Niagara[51].
L'on pourrait encore citer des veines et rameaux calcaires hors de ces
régions principales; il y en a dans le district de Maine qui fournissent
la chaux à Boston. La _Pointe-aux-roches_, sur le lac Champlain, est
calcaire, et sans doute d'autres parties de ce lac; plusieurs cantons le
sont aussi aux environs de New-York; mais l'exemple le plus singulier
que je connaisse dans les États du _sud_, est celui d'un sillon qui n'a
pas plus de 15 yards ou 14 mètres de largeur moyenne, et quelquefois
seulement 3 mètres, et qui cependant s'étend plus de soixante-six
lieues, continuées depuis le Potômac jusqu'au Roanoke: comme cette veine
est habituellement à la surface du sol, on suit sa trace avec d'autant
plus de certitude qu'elle est la seule à fournir de chaux tout le plat
pays. Elle ne s'écarte pas de plus de 3 à 5 milles du sillon _rouge_ ou
_south-west-mountain_ auquel elle est parallèle.
§ IV.
Régions de sables marins.