Thiers.--La Durolle en grève.--Les coutelleries; les
chiens-chaufferettes.--L’usine des Charbonniers.--Le papier
timbré.--Vulcain et Vénus.--Fin du supplice de la Durolle.
[Illustration]
J’imagine que la Durolle, naïve comme le ruisseau qui vient de naître,
ne se doute guère à la source de l’Hermitage, vers Noirétable, d’où
descend aussi le Lignon, auquel le chevalier d’Urfé a prêté dans
l’Astrée un cours si tendre et propice à l’amour, j’imagine que la
Durolle ne se doute pas de la dangereuse aventure où elle se presse si
follement.
[Illustration: Les gorges de la Durolle en été.]
Non, elle ne se doute pas (sans quoi elle ne se mettrait point en
route) qu’elle sera tout à l’heure, à quelques lieues de là, condamnée
aux pires travaux forcés, l’innocente Durolle! condamnée à faire
mouvoir sans trêve tant de machines des usines de Thiers, à mener
cette existence de galère, à jouer ce rôle un peu humiliant de cheval
aveugle, de bête de rebut, elle, la gentille rivière qui ne rêvait
probablement que d’accomplir une douce et légère destinée d’eau,
refléter du ciel, des nuages, des arbres, des oiseaux, en paressant par
les vallons, dégringolant par les rochers, vers la Dore où elle devrait
arriver toute fraîche, sans encombres, à peine essoufflée d’une si
courte promenade, où elle ne parvient que déchirée, meurtrie de tant de
luttes contre tous les pièges, les barrages, les écluses d’où elle ne
s’évade que par le plus formidable labeur!
[Illustration: Les gorges de la Durolle en hiver.]
Pourtant, si un ruisselet devait se croire à l’abri de tant de
péripéties, c’était bien la Durolle, au fond de ces gorges du Besset,
qu’elle entaille pour couler!
Certes, elle pouvait espérer que nul ne viendrait la surprendre et la
traquer là.
Tout de même, ces pentes scabreuses où pouvaient hésiter la témérité
des pêcheurs et des chasseurs et le caprice des chèvres, le génie
industrieux des hommes ne s’en est pas effarouché, pour se poster
périlleusement, s’embusquer à tous les coudes, à toutes les chutes,
à toutes les cascades, et saute, saute Durolle, il faut pour franchir
l’obstacle dressé faire mouvoir les palettes, et tourner des roues et
des roues!...
Dans cette déchirure du ravin, où se rue et bondit le torrent, comme
un jeune taureau fou, en maintes places, il n’a pas été possible
d’établir les bâtiments entre la muraille rocheuse et le courant; il a
fallu enchâsser dans les flancs excavés de la montagne les usines qui,
d’autre part, sont au niveau des chutes, empiètent sur la Durolle...
[Illustration: A THIERS.--Dans une coutellerie.]
Toute une ville, des centaines d’ateliers, s’est ainsi accrochée,
cramponnée à la raide falaise où les rues sont des escaliers taillés
dans la pierre, droits comme des échelles, tout un chaos de toits
de bois noirs, de hangars, de passerelles où parmi les épaisses
fumées, les rouges forges, dans le vacarme de fer des martinets et
des enclumes, grouille une double population aux allures tout à
fait contrastantes, les couteliers avec leurs masques de suie et de
limaille, les papetiers, blancs comme la feuille où je vais écrire,
lorsque celle-ci sera remplie--et elle ne l’est pas encore!
[Illustration: La fabrique de papier timbré.]
Deux métiers où il faut des mains habiles pour jouer, comme dit George
Sand, dans son roman de la _Ville Noire_, dont le héros, humble
journalier, porte le fracassant et romantique surnom de Sept-Épées,
deux métiers où il faut des mains habiles «pour jouer avec ce qu’il
y a de plus résistant comme avec ce qu’il y a de plus souple et
de plus mou, l’acier trempé et la pâte claire». Le hasard a voulu
qu’aujourd’hui je ne visse guère ni les uns ni les autres jouer avec
ceci ou avec cela.
L’été, par la canicule forcenée, avait tari la rivière, qui n’était
plus que des flaques indolentes, léthargiques, bien incapables de faire
remuer même un grain de gravier.
[Illustration: Au marché de Thiers.]
C’était la Durolle en grève--et le chômage pour tous.
De temps à autre, on signalait, dans ce lit desséché, une mince
recrudescence, une reprise de travail,--et quelques groupes, dans ces
fabriques favorisées, au repos depuis des heures, s’empressaient de
saisir l’eau neuve, précieusement captée.
On m’avait averti, d’ailleurs: «Pas d’eau, vous ne verrez rien; l’eau
c’est la vie d’ici.»
Et, en effet, Thiers, d’habitude tumultueuse fournaise assourdissant
de martèlements et de crissements, aveuglant d’étincelles, de lueurs,
de feux qui retentissent, éclatent par les fenêtres, les soupiraux,
les porches, les voûtes de ces fantastiques maisons, mi-souterrains et
mi-bateaux, s’enfonçant dans le roc d’un côté et de l’autre suspendues
sur l’eau, Thiers, ce jour-là, se taisait, morose, accablé comme par
une épidémie, sous le coup du désastre.
Dans les coutelleries, nous traversions des salles vides, où, çà et là,
les équipes diminuées allaient et venaient, désœuvrées, dans l’attente
de l’eau...
[Illustration: Un coin de Thiers vu du pont Saint-Jean.]
Les chiens, inoccupés, tirant la langue, erraient par les escaliers,
rappelant ces chiens qui, dans je ne sais quelle ville maussade,
semblent supplier le voyageur de leur donner du pied au derrière pour
les désennuyer...
Ces chiens paraissaient bien embarrassés de tuer leurs loisirs, et,
sans doute, les vacances leur pesaient; le métier d’édredon, à quoi ils
sont d’ordinaire assujettis, venant à leur manquer, ils ne se trouvent
guère capables d’un autre mode d’activité; car ces chiens servent de
chaufferettes vivantes aux polisseuses, tout le jour allongées sur le
ventre, tête plus bas que les pieds, et cela, aux étages inférieurs,
les plus humides,--les caves des fabriques; or nous n’en aperçûmes, de
ces polisseuses, que quelques-unes, étendues, horizontales, sur leurs
planches, ayant, d’ailleurs, donné congé à ces auxiliaires inutiles
en travers de leurs mollets, par ce soleil torride, cette Durolle aux
gouttes qui devaient bouillir; ah! il n’y avait pas à redouter les
vapeurs froides du fond de la vallée!
[Illustration: Thiers vu du pont de Seychalles.]
Ce n’est que par brefs instants, aussi, que nous pûmes admirer les
prodigieux feux d’artifices que tirent les raiguiseurs, avec ces
myriades d’étincelles des lames râclées sur les meules, ces myriades de
moucherons lumineux, de libellules de flammes au long de la rivière...
Mais on ne façonne point que le fer «résistant», couteaux de table,
couteaux fermants, couteaux de cuisine, couperets, canifs, ciseaux,
rasoirs, navajas des Catalans, lames de Tolède, poignards mexicains,
à Thiers,--d’où paraît-il, sortait l’arme de Caserio, qui tua le
président Carnot; là se fabrique le papier timbré, par lequel
s’assassinent tant de millions de citoyens; ce qu’il y a de plus
«résistant» n’est pas ce qu’il y a de plus meurtrier!
[Illustration: Sur la route du Moutier.]
L’Usine des Charbonniers,--dénomination ironique, probablement, de la
fabrique dirigée par M. G. Maillet, car c’est un bâtiment à l’aspect
plutôt de blanchisserie modèle, l’Usine des Charbonniers, la claire
papeterie!
[Illustration: Au marché de Thiers.]
[Illustration: En route pour le puy de Montoncel.]
Thiers, la première en France, aurait fabriqué du papier, innovation
rapportée des croisades. D’Auvergne sont sortis les papetiers du
Limousin, de l’Angoumois, du Vivarais,--et ces chiffonniers, les
_péliaraux_ (à cause des _peilles_ qu’ils ramassaient), que l’on
retrouve encore dans le département. Ce que l’on rencontre moins,
ce sont des ouvriers pour le papier à la cuve, confectionné à la
main,--tel qu’il se fait encore ici... aujourd’hui que le papier à
la mécanique se vend surtout, le bon marché primant la qualité. «Il
n’était pas facile de devenir un bon ouvrier, il fallait certain
apprentissage, se faire la main. L’habileté de l’ouvrier diminuait
et laissait à désirer lorsque les infirmités ou l’âge raidissaient
ses bras, leur faisaient perdre leur souplesse. La feuille de papier
faite, le premier ouvrier passait la forme à un autre appelé coucheur
(porte-coucheur) et prenait une autre forme qui lui était renvoyée
pour répéter la première opération; le coucheur se dénommait ainsi
parce qu’il couchait la forme sur un feutre à longs poils qui retenait
la matière première et la détachait de la forme, qu’il rendait
immédiatement à l’ouvreur; il remettait un autre feutre sur la feuille
première et en couchait une autre par-dessus, et ainsi de suite,
jusqu’au moment où les feutres atteignaient la hauteur de ceinture
d’homme, ce qui s’appelait une porse; la porse était composée de
plusieurs quets suivant la grandeur du papier, dix quets de vingt-six
feuilles pour le papier couronne. La pile ainsi formée était placée
sous une presse fortement serrée au moyen d’un tour pour égoutter les
feutres ou flotres, on les appelait ainsi vulgairement. Ces feutres
avaient besoin d’être souvent dégraissés. Un troisième ouvrier, appelé
leveur, détachait une à une toutes les feuilles de ces feutres rendus
disponibles pour le coucheur; les feuilles réunies étaient relevées
encore plusieurs fois, mises sur des planches en bois ou en cuivre et
pressées à nouveau pour en rendre la surface plus unie; des femmes
étaient chargées de ce soin. Le papier était ensuite séché, puis collé
à la colle animale, espèce de vernis étendu sur les feuilles. Une
température douce était nécessaire pour cette opération; la gelée, le
soleil, le vent du midi séchaient trop vite la colle et la laissaient
disparaître. Un ouvrier appelé sallereau ou sallarau montait la colle
et collait ensuite chaque feuille. _Monter la colle_, c’était faire
bouillir dans une grande chaudière en cuivre pleine d’eau des tripes
de colle, oreilles, jarrets, pieds et autres débris cartilagineux
du mouton, en y joignant une dose proportionnée d’alun bien pilé.
Lorsque la colle était préparée, il trempait dans des chaudières en
cuivre de moindre dimension remplies de cette colle tiède les feuilles
de papier, de manière à ce que chaque feuille fût imprégnée; il
prenait une poignée de papier, faisait ouvrir toutes les feuilles en
les resserrant du côté opposé, et chaque feuille se trouvait ainsi
suffisamment baignée et imbibée. Il fallait une grande habitude pour
bien coller; le même ouvrier était toujours employé à ce travail. Les
feuilles étaient ensuite portées à l’étendoir et placées par les
soins des femmes, à l’aide d’un instrument en bois en forme de croix
appelé _ferlet_, et une par une, sur des cordes tendues, pour y sécher
lentement. Les ouvertures de l’étendoir restaient fermées pour éviter
les ardeurs du soleil, la fraîcheur du matin ou l’action d’un vent de
midi trop chaud, ce qui faisait des brûlées de colle, en entassant la
colle par plaques. Ces soins sont indispensables pour le papier qui
se fait à la cuve. Les fabricants de papier mécanique ont besoin de
moins de précaution; ils collent avec la résine ou galipot, emploient
la fécule, blanchissent avec le chlore, font du papier peu solide avec
toutes sortes de matières et, pour lui donner du poids, ajoutent du
kaolin ou de la poudre de baryte. On vend partout aujourd’hui du papier
à la mécanique: il est blanc, bien uni, il se coupe facilement, il est
rare d’en trouver du très bon. Les ouvriers de la ville d’Ambert, comme
ceux de Thiers, travaillaient la nuit; c’était l’usage en France...»
Cependant cette industrie prospère, et patron et ouvriers, le capital
et le salaire s’accordent ici tout à fait pour produire ces munitions
empoisonnées de la discorde.
[Illustration: En Basse-Auvergne.]
Le papier timbré! Voici la pâte que l’on verse sur de fines claies, des
moules, comme pour des crêpes, des gaufres...
Ah! malheur à ceux qui en mangeront de ces minces feuilles amères par
lesquelles la Durolle propage chacune de ses gouttes mieux que par une
inondation qui couvrirait le monde...
Par le papier timbré, par ce papier aux terribles et puissants
filigranes, la Durolle court partout, il n’est pas de sommets qu’elle
n’escalade, d’abîmes où elle ne plonge, de citoyens à qui elle ne
parvienne; non, l’héroïque Durolle ne saura jamais le cours formidable
de ses «exploits»!
[Illustration: A Thiers.]
Mais ces réflexions devant la feuille naissante, en train de se
figer, de se condenser, de se solidifier de ce côté de la fabrique,
comme elles peuvent se multiplier, gagner en intensité dans la partie
où s’entassent les piles prêtes, qui n’attendent plus que d’être
expédiées... C’en est des montagnes, aux épouvantables avalanches, qui
vous avancent sur les yeux, comme font les glaciers, lorsqu’on les
découvre soudain, qui semblent, en marche, descendre vers vous: quel
aveuglement subit à toute cette blancheur, à cette imprévue caverne de
linge pâle et de lys dans les fumées, les caves des fonds de ce ravin!
Une grotte fantastique, une crypte de neige où les ouvriers sont comme
des demoiselles d’un Sacré-Cœur candide, aux préparatifs d’un «Mois
de Marie», parmi des amoncellements féeriques de nappes d’autel, de
surplis, de voiles,--des rangements de blanc sur blanc à l’infini, où
ne se précise que la statue de la Vierge, comme une petite chapelle au
bout de la galerie, à la muraille... Et ce n’est rien, aujourd’hui,
nous dit-on..., morte-saison, par cette Durolle récalcitrante...
Ce n’est rien, tout cela qui se dresse en piliers de marbre jusqu’aux
plafonds, les colonnes de la société... timbre... enregistrement... il
commence de vous bourdonner les mots sinistres aux oreilles...
Mais si la Durolle cessait longtemps? Oh! ce ne serait pas la
suppression des huissiers, on ne serait pas surpris ou dépourvu...
Lorsqu’une nouvelle marque de tabac réussit, la fabrication se trouve
à court, parfois, et le consommateur doit patienter... Mais, pour
le timbre, il n’en va pas de même, et si la Durolle, où fonctionne
cette fabrique unique en France, se dérobait, on aurait le temps de
rechercher une autre rivière complaisante: une provision réglementaire
est exigée!
Mais, peu à peu, de ce papier, il monte à la gorge une odeur de
charnier et d’hôpital; de toute cette blancheur, il naît je ne sais
quels livides aspects de cadavres, de squelettes; je suis en proie au
cauchemar, des armées d’hommes noirs traversent en courant cette halle
effroyable du papier maudit, en emportent des ballots gigantesques
sous leurs bras, dans des serviettes vastes comme des malles, et la
montagne n’en est pas diminuée, toujours le même bloc fabuleux, des
Alpes à perte de vue, avec des carrières inépuisables de sommations,
commandements, etc., une chaîne de volcans blancs, crachant, par cent
cratères, de blanches scories, une éruption sans trêve sur le monde...
[Illustration: Carte de l’Auvergne.]
Jamais, au fond des puits les plus lugubres, où le mineur abat le
charbon, dans le voisinage du grisou, sous la menace des éboulements,
où le drame et la terreur suintent aux voûtes, je n’éprouvai telle
impression que dans cette claire papeterie, si réjouissante à l’œil
de prime abord, lorsqu’on y descend, écœuré de la saleté flagrante
sur tous les autres points de la ville haute et de la ville basse...
car Thiers ne se compose point que de ce site industriel farouchement
agrippé aux aspérités du ravin; au bord du plateau s’étale plus
commodément la ville, dont ces usines ne seraient que le faubourg,
«une ville bariolée de couleurs tendres et riantes, que les voyageurs
comparent à une ville d’Italie, une ville quasi neuve, avec des
fontaines, des édifices, des routes», dit encore George Sand, peut-être
excessivement; «une ville qui semblait peinte sur le penchant de la
colline», a écrit La Bruyère.
[Illustration: En Basse-Auvergne.]
Cependant, lorsqu’après avoir côtoyé la rivière, s’être arrêté aux
cascatelles du Creux-Saillant, à l’église du Moutier, l’on s’évade du
gouffre, la ville haute n’est plus seulement la ville haute, mais une
cité paradisiaque, de délice et de rêve; je comprends que les groupes
sans travail, qui, à l’ombre des murs, par cette torpeur d’août, sur
des meules à plat en guise de tables à jouer, faisaient au piquet
ou à la manille, ou allaient au devant épiant si _elle_ venait,
l’eau espérée..., en musique, avec des pistons et des accordéons:
je comprends que les polisseurs, les frappeurs, les limeurs, les
dresseurs, les monteurs des coutelleries et les plieuses et les
étendeuses de la papeterie «dont les peaux de lait, auprès des faces
enfumées des forgerons, forment un tableau qui rappelle Vénus condamnée
à vivre près de Vulcain»; je comprends qu’hommes et femmes des usines
ne lèvent point le regard sans quelque envie vers les maisons des
marchands, des hôteliers, des rentiers, qui sont, pour ceux d’en bas,
dans le ciel (lorsqu’elles ne s’écroulent point, comme le toit à peine
posé du marché, en 1885, et la même année, l’escalier du Palais de
Justice, accident où périrent une trentaine de personnes, et pendant
lequel le président du tribunal, aujourd’hui sénateur, M. Baduel, gagna
sa médaille de sauvetage...)
Et les chiens, aussi, reclus dans ces sortes de silos thiernois,
doivent projeter de se syndiquer, de réclamer la journée de huit
heures, dans l’inertie de ces interminables stations sur l’envers des
genoux de leurs maîtresses, doivent souhaiter parfois quelque exode des
fosses, des in-pace où ils sont confinés, vers le pays au-dessus...
Certes, le Piroux, et de vieilles façades de bois, de briques, de
pisé, avec pignons et encorbellements, consoles sculptées, escaliers
en tourelles, ne sont pas sans attraits. Et il n’y a pas que des êtres
privés d’horizon, accoutumés à voir des lambeaux de nuages ou d’azur
comme d’une citerne, qui puissent s’émerveiller des larges perspectives
qui s’offrent de la terrasse du Rempart sur la Limagne, la chaîne des
Dômes, les monts Dore, ou du plateau de la Margeride sur les monts du
Livradois, le spectacle peut ravir les spectateurs les plus difficiles.
Mais, l’étendue a beau disperser au loin mille merveilles, la pensée
hantée, la vue ne se détachent pas des profondeurs où gémit la
Durolle...
Quant à elle, lorsqu’elle a pu fuir ces parages d’enfer, je me la
représente assez comme une personne enchaînée autour de laquelle des
jongleurs, comme dans les exercices des cirques, auraient fait voler
et planté des milliards de couteaux, et qui serait relâchée, les yeux
intacts...
Bien sûr, longtemps, longtemps après que les lances et les pointes ont
fini d’étinceler, de luire, et de grincer, et de siffler à son passage,
elle doit délirer, continuer de frémir et de se contracter aux moindres
brins d’herbe, comme à des glaives cruels!
[Illustration: Aux environs de Thiers.]
[Illustration: MAUZUN.]