M. CHÉGARAY.--Ils font bien.

M. CHAIX-D'EST-ANGE.--J'entends un honorable magistrat me dire: Ils

font bien. Je ne le crois pas; mais je ne dis pas le contraire, de

sorte que ce n'était pas la peine de m'interrompre. Seulement voici

l'objet de mon observation.

Si nos cours royales font très-bien de condamner, il faudrait que les

maisons françaises qui sont contrefaites pussent obtenir à l'étranger

la même justice. Eh bien, c'est cet état de choses que je veux

signaler, et je trouve que cet esprit de justice qu'on approuve, en

disant que nos cours royales font très-bien, devrait trouver de l'écho

ailleurs. Je voudrais que nos intérêts fussent assez bien défendus à

l'étranger pour qu'ils y obtinssent la même justice que ceux des

étrangers en France.

Je demande donc l'égalité, la réciprocité; ou bien que nous puissions

user ici de représailles par la contrefaçon, ou bien qu'on n'ait pas

le droit de nous contrefaire à l'étranger. (_Très-bien! très-bien!_)

_M. le ministre des affaires étrangères._--Je dirai que plusieurs fois

déjà nous avons réclamé, auprès de quelques gouvernements étrangers,

contre l'impunité dont ces contrefaçons jouissaient chez eux; mais il

faut les amener à un changement dans leur législation intérieure. Ce

changement, nous l'avons sollicité et nous persisterons à le

solliciter; mais pour atteindre au but il faut deux choses: d'abord

que les étrangers changent leur législation, et ensuite que nos

négociants entament des procès, qu'ils portent leurs plaintes et en

acceptent les charges et les lenteurs.

M. Chégaray, député des Basses-Pyrénées, examina l'état de nos

relations commerciales avec l'Espagne, dans leurs rapports avec les

anciens traités et avec nos intérêts actuels.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Je veux dire un seul mot en

réponse à l'honorable M. Chégaray.

Nous sommes depuis longtemps en réclamation auprès du gouvernement

espagnol pour l'exécution des anciens traités, et les dernières

propositions de loi qui ont eu lieu à Madrid me donnent l'occasion de

renouveler nos plaintes de la manière la plus vive.

Nous avons ici, comme dans la question des États-Unis, la voie des

représentations et la voie des représailles. Seulement, la voie des

représailles nous est, quant à présent, plus difficile en Espagne

qu'ailleurs, car c'est au nom de nos anciens traités que nous

réclamons. Si nous violions nous-mêmes ces traités, si nous en

sortions, ce qui aurait lieu par les représailles, nous nous ôterions

l'argument que nous employons en ce moment; il faut donc que

l'inutilité de cet argument soit démontrée pour que nous en venions

aux représailles.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 210 / 219 题