M. DE BEAUMONT.--Je ne l'ai pas conseillé.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Il faut bien que j'examine

la question, que je parle des divers moyens de représailles.

L'honorable préopinant dit qu'il n'a pas indiqué celui dont je viens

de parler. Je crois qu'il a raison de ne pas l'indiquer, car

l'aggravation de ce droit nous serait probablement plus nuisible à

nous qu'aux États-Unis.

Quant aux droits de navigation, c'est autre chose. La Chambre me

permettra de ne pas exprimer d'opinion arrêtée à ce sujet. (_Oui!

oui!_) J'ai fait et je fais examiner à fond la question en ce moment;

je la fais examiner par les hommes les plus éclairés en cette matière,

éclairés soit par l'étude scientifique, soit par l'expérience, par la

pratique. Quand j'aurai recueilli leur avis, quand je serai entouré de

toutes les lumières qu'ils peuvent me donner, je proposerai au

gouvernement du roi les mesures qui me sembleront praticables,

toujours guidé par ce principe que les représailles ne seront bonnes

qu'autant qu'elles pèseront sur les États-Unis plus que sur

nous-mêmes.

C'est là, messieurs, quant aux États-Unis et à nos relations avec eux,

tout ce qu'il m'est permis de dire en ce moment. Je puis assurer à

l'honorable préopinant que je sens, comme lui, toute la gravité de la

situation, que le gouvernement du roi en est fortement préoccupé, et

que nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour en détourner

les maux; s'il n'était pas possible de les détourner, nous donnerions

le plus tôt possible au commerce tous les avis qui pourraient lui être

utiles.

Je prie toujours la Chambre de bien remarquer qu'il s'agit ici de

mesures intérieures que le gouvernement des États-Unis a le droit de

prendre, contre lesquelles nous n'avons aucun droit précis à invoquer,

et que nous ne pouvons attaquer que par la voie des représentations ou

par celle des représailles.

Avant de descendre de la tribune j'ai quelques mots à dire sur les

observations de M. de Beaumont. Je crois pouvoir assurer que nos

agents apportent, en ce qui concerne les voyageurs français à

l'étranger, beaucoup de zèle et d'assiduité, qu'ils se donnent toutes

les peines possibles pour leur épargner les embarras et leur procurer

les agréments du voyage.

J'ajoute que les Français ne sont pas, à cet égard, dans une autre

situation que les autres étrangers; ils ne sont pas soumis à des

précautions particulières, ils n'ont pas de mesures spéciales à

prendre ou à subir; ils sont dans la condition générale: et j'affirme

que nos agents se donnent beaucoup de peine pour leur en épargner les

ennuis.

Il est très-vrai que, dans certains cas, sur certains points, nous

n'avons pas un nombre d'agents suffisant, ni des agents suffisamment

rétribués. J'ai déjà eu l'honneur de le dire plusieurs fois à la

Chambre, les agents de plusieurs autres États sont, sur plusieurs

points, plus nombreux et mieux rétribués que les nôtres: aussi

peuvent-ils faire plus de démarches et exercer plus d'action.

La Chambre sait que, dans le budget qui lui est actuellement présenté,

je lui ai proposé de remédier sur quelques points à cet inconvénient.

À mesure que je reconnaîtrai ces inconvénients, je mettrai sous les

yeux, du gouvernement d'abord et des Chambres ensuite, les remèdes que

je croirai possibles.

Quant aux consuls, l'honorable préopinant parlait tout à l'heure de la

convenance qu'il pourrait y avoir à ce qu'ils fussent nommés et

dirigés par le ministre du commerce.

Je lui représenterai que cela est impossible. Il n'y a que le ministre

des affaires étrangères qui puisse accréditer au dehors des agents. Le

ministre du commerce est un ministre tout intérieur, qui n'agit que

dans les limites du royaume. Le ministre des affaires étrangères est

le seul qui ait action au dehors, qui ait des rapports avec les

gouvernements étrangers, et qui puisse accréditer et soutenir auprès

d'eux soit des agents politiques, soit des agents commerciaux.

J'ajoute que, partout où nous avons des agents politiques, nos consuls

ne s'occupent pas de politique; ils n'ont rien à démêler avec la

politique, ils ne s'occupent que de commerce. C'est là où nous n'avons

pas d'agents politiques, là où les consuls sont en même temps agents

commerciaux et agents politiques qu'il faut bien qu'ils s'occupent de

politique, et qu'ils donnent à l'État les renseignements politiques

dont il a besoin. Il est vrai que cela est quelquefois nuisible, et

qu'il vaudrait mieux que partout les agents commerciaux et les agents

politiques fussent distincts; mais cela coûterait fort cher, et la

Chambre sait à quel prix elle pourrait procurer au pays cet

avantage-là.

Je sens l'importance d'avoir des agents consulaires bien au courant

des intérêts commerciaux, qui transmettent au gouvernement tous les

renseignements commerciaux possibles; et, à ce sujet, je dirai à

l'honorable préopinant que les consuls sont assujettis à donner, tous

les semestres, des renseignements spéciaux et complets sur les faits

de production, de consommation et de commerce des différents pays dans

lesquels ils résident; j'ajouterai que ces renseignements sont en

effet transmis tous les six mois, qu'ils sont communiqués à M. le

ministre du commerce. Nous avons, par exemple, et M. le ministre du

commerce a entre les mains tous les tarifs de tous les pays étrangers.

Sans nul doute il serait très-utile de les faire traduire et de les

publier; mais c'est une assez grande dépense, pour laquelle nous

n'avons pas d'argent: il n'y a pas de fonds au budget.

_Un membre._--Demandez-en!

_M. le ministre._--Je ne demande pas mieux. Je suis d'avis qu'il

serait de la plus grande utilité de publier régulièrement,

non-seulement ces tarifs, mais la plupart des renseignements

commerciaux transmis par les consuls. C'est au gouvernement à faire le

choix, à démêler les renseignements qui doivent être publiés et ceux

qui ne doivent pas l'être. Je suis d'avis d'une publication régulière

de ces états, et je m'engage volontiers à demander à la Chambre des

fonds pour cette publication. (_Très-bien!_).

M. CHAIX-D'EST-ANGE.--Je demande à dire un mot de ma place. C'est à

propos de ces contrefaçons qui affligent notre commerce, et dont

l'existence vient d'être signalée à MM. les ministres. Je voulais

signaler cet état de choses avec tous ses dangers.

À l'étranger, on contrefait nos produits, nos noms, nos marques; on

inonde le monde de produits mal fabriqués qui portent les marques et

les noms de nos fabricants, et l'on discrédite ainsi nos meilleures

maisons. C'est là, messieurs, un inconvénient très-grave qui vient

d'être justement signalé à l'attention de la Chambre et à celle du

gouvernement.

Mais voici ce qui arrive: c'est qu'en France on veut faire la même

chose, et rendre la pareille aux étrangers; on contrefait leurs

produits et leurs marques pour un commerce, par exemple, qui a pour

l'exportation plus d'importance qu'il ne semble d'abord en avoir,

c'est le commerce des parfumeries. Les produits étrangers de ce genre

sont contrefaits en France, on y met le nom et la marque anglaise. Les

maisons anglaises se plaignent, elles font des procès, et les

tribunaux français condamnent à des indemnités.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 209 / 219 题