M. DE SALVANDY.--Je ne l'ai pas dit.

_M. le ministre._--Ces réserves n'ont été nulle part exprimées aux

trois puissances auxquelles la proposition avait été faite; nulle

part. La proposition a été faite, à en juger par tous les actes

officiels, sans réserve, comme une proposition concertée d'avance

entre la France et l'Angleterre, et adressée aux trois autres

puissances. Les réserves pouvaient conserver leur valeur vis-à-vis de

l'Angleterre, mais elles n'en avaient pas, ou du moins elles en

avaient très-peu à l'égard des trois autres puissances qui ne les

connaissaient pas.

Je ne veux rien dire qui aggrave les difficultés de la situation, rien

qui introduise des difficultés personnelles; comme je le disais en

commençant, j'ai été forcé à entrer dans ce débat; je ne l'ai pas

élevé; je m'étais borné à dire d'une manière générale, et sans

rappeler aucun acte, aucune pièce, aucune personne, que j'avais trouvé

le traité préparé. Le débat donc qui s'était élevé entre les divers

ministères, entre les diverses personnes qui ont pris part au traité,

j'ai été forcé d'y entrer, et la Chambre me rendra la justice que je

n'ai pas cherché à éluder, à atténuer ma part de responsabilité dans

ce grand acte. Mais j'ai cru, puisqu'on m'y forçait, que je devais

hautement établir les faits et montrer la part de responsabilité de

chacun.

Maintenant quelques membres de cabinets qui ont signé, qui ont laissé

signer, qui n'ont pas désavoué le protocole du 12 décembre, veulent

avoir été complétement étrangers au traité; ils ne veulent y être

entrés pour rien; ils ne veulent avoir aucune part dans la

responsabilité de cet acte. J'avoue qu'à leur place ce n'est pas ainsi

que j'agirais: je prendrais ma part de la responsabilité, je la

prendrais au commencement comme je la prends à la fin. La mienne est à

la fin, je ne la discute pas, je l'accepte. Si elle était au

commencement, je la prendrais également. Je ne puis admettre qu'un

acte comme celui que la Chambre connaît, un acte dans lequel les

puissances auxquelles on l'avait adressé ont été sincères, un acte

dont elles n'ont connu aucun désaveu, pour lequel on ne leur a demandé

aucune modification, je ne puis admettre que cet acte-là ait été

insignifiant à leur égard; je ne puis admettre qu'elles ne soient pas

autorisées à nous dire qu'elles nous ont crus engagés par notre propre

proposition. Je répète devant la Chambre, je dirais volontiers devant

Dieu que si c'était là, à cette époque de l'affaire, que se trouvât ma

part de responsabilité, si c'était là que les faits me l'avaient

assignée, je la prendrais et l'accepterais hautement.

Maintenant, messieurs, j'écarte ce passé, je sors de cette discussion,

j'en viens à la situation actuelle. Voyons où nous nous trouvons.

Nous sommes encore libres... (_Légère rumeur_), le traité n'est pas

ratifié. Officiellement, diplomatiquement, nous sommes libres. Les

puissances étrangères avec lesquelles nous avons été dans le cours de

la négociation, moralement engagés... engagés plus ou moins, je ne

discute pas la limite, mais enfin elles ont eu le droit de nous

croire, dans une certaine mesure, moralement engagés envers elles; eh

bien! aujourd'hui, dis-je, ces mêmes puissances, en vertu de la force

de nos institutions, en vertu du poids de l'opinion publique sur le

gouvernement, reconnaissent notre liberté.

Pour Dieu, messieurs, ne pensons qu'à sortir honorablement et

raisonnablement d'une situation difficile; que cette seule

considération nous préoccupe. C'est par là que je termine, c'est le

dernier et seul appel que j'adresse à la Chambre. Une grande

responsabilité pèse sur le cabinet et sur moi en particulier. Je l'ai

acceptée, je l'accepte pleinement sans aucune hésitation. J'ai dit à

la Chambre la position que nous avons prise, j'ai dit à la Chambre ce

que nous pouvons faire et ne pas faire. J'ai pris le seul engagement

que je puisse prendre: c'est de ne pas conseiller la ratification du

traité tel qu'il est; j'ai annoncé que, par les complications de la

question et de tous les éléments qui s'y rattachent, il était

possible, probable, que le temps amènerait à cette situation difficile

une solution raisonnable et honorable. C'est à la Chambre à voir si

elle veut aider le gouvernement dans ce travail, ou si elle veut

l'aggraver pour lui. (_Agitation générale._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 207 / 219 题