MOLÉ.»

La Chambre voit que l'honorable préopinant, comme ses prédécesseurs,

et je puis me permettre d'ajouter comme ses successeurs, travaillait à

l'extension, à l'universalité de la répression de la traite par le

principe du droit de visite; et ne trouvant pas auprès des

gouvernements espagnol, portugais et brésilien, les dispositions

désirables, il avait recours à l'intervention du gouvernement anglais,

et le priait de peser sur ces gouvernements pour les déterminer à

accepter les conventions conclues entre la France et l'Angleterre.

La dépêche est du 12 février 1838. Le 20 février 1838 M. le général

Sébastiani répondit à M. le comte Molé:

_Le comte Sébastiani à S. Exc. M. le comte Molé._

Londres, le 20 février 1838.

«Monsieur le comte,

«Par sa lettre du 12 février dernier, Votre Excellence me charge de

réclamer les bons offices du gouvernement anglais pour faire appuyer

par ses agents les démarches de nos légations à Madrid, à Lisbonne et

à Rio de Janeiro, dans le but d'obtenir l'accession des gouvernements

auprès desquels ils sont accrédités aux principes arrêtés entre la

France et l'Angleterre relativement à la répression de la traite.

«Lord Palmerston a partagé entièrement l'opinion consignée dans la

lettre de Votre Excellence: il s'est associé avec empressement aux

efforts qu'elle est déterminée à faire pour assurer l'efficacité de la

répression du trafic des esclaves; et il m'a chargé de l'assurer que

des instructions seraient adressées aux missions d'Angleterre sur les

trois points signalés par Votre Excellence, afin de déterminer leur

loyal et sincère concours aux démarches des agents français.

«Lord Palmerston a désiré en même temps que je sollicitasse de Votre

Excellence une réponse au projet de traité entre les cinq grandes

puissances pour l'abolition définitive de la traite, projet transmis

par l'ambassade au gouvernement du roi, le 8 juin 1836.

«Veuillez agréer, etc.

«H. SÉBASTIANI.»

Pendant que l'honorable préopinant pressait ainsi, auprès des trois

gouvernements les plus difficiles à persuader, l'extension du droit de

visite, le nouveau projet de traité qui devait être présenté à

l'Autriche, à la Prusse et à la Russie suivait son cours.

Il avait été présenté en 1836, comme je le disais tout à l'heure, au

cabinet français; M. le comte Molé, sollicité de s'expliquer à ce

sujet, avait dit qu'il n'avait pas encore examiné et qu'il

examinerait.

Je prie la Chambre de remarquer ces deux points-ci, sur lesquels je

désirerais que les idées fussent bien arrêtées. Le but indiqué par

l'art. 9 de la convention de 1831 était activement poursuivi dans

toute l'Europe, poursuivi par le cabinet du 15 avril comme par les

cabinets précédents; et son attention était en même temps appelée sur

les négociations spéciales ouvertes par la France avec les cours

d'Espagne, de Portugal et du Brésil, et sur la négociation ouverte par

la France, de concert avec l'Angleterre, pour proposer un nouveau

traité aux trois grandes puissances du Nord.

Le 12 décembre 1838, fut signé à Londres le protocole dont je vais

avoir l'honneur de donner lecture à la Chambre.

_Protocole de la conférence tenue au Foreign-Office le 12 décembre

1838._

Présents: les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de la

Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie.

«Les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne,

de Prusse et de Russie s'étant réunis en conférence, d'après

l'invitation des plénipotentiaires de France et de la Grande-Bretagne,

afin de continuer les négociations pour un concert général des

puissances de l'Europe ayant pour objet la suppression de la traite

des noirs, négociations qui furent commencées à Vienne l'an 1815 et

continuées depuis à Vérone l'an 1822, les plénipotentiaires de France

et de la Grande-Bretagne proposèrent aux plénipotentiaires des trois

autres puissances, aujourd'hui réunis en conférence, le projet du

traité annexe A.

«Les plénipotentiaires de France et de la Grande-Bretagne prièrent les

plénipotentiaires des trois cours de transmettre ledit projet à leurs

gouvernements respectifs, dans l'espoir que les arrangements renfermés

dans ce projet pourraient être trouvés compatibles avec les droits et

les intérêts des sujets des souverains respectifs, et propres à aider

à faire cesser le trafic criminel dont il s'agit.

«Les plénipotentiaires des trois puissances se chargèrent de

transmettre ledit projet de traité à leurs gouvernements respectifs et

de demander des instructions à cet égard.

«Sans préjuger les déterminations que leurs cours pourraient prendre,

lesdits plénipotentiaires, chacun pour sa part, déclarèrent que leurs

gouvernements respectifs ont, de tout temps, partagé les sentiments

d'indignation qu'inspirent au gouvernement britannique les actes

criminels que les mesures dont il est question ont pour but de faire

cesser.

«Les plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie, ajoutèrent

que leurs gouvernements désirent aussi ardemment que peuvent le faire

ceux de France ou de la Grande-Bretagne, d'empêcher que leurs sujets

ou leurs pavillons respectifs ne participent d'une manière quelconque

au trafic des noirs.

«Les plénipotentiaires de France et de la Grande-Bretagne déclarèrent

que leurs gouvernements rendent une entière justice aux sentiments

philanthropiques et généreux des gouvernements d'Autriche, de Prusse

et de Russie, et sont les premiers à reconnaître que ni les sujets, ni

les pavillons de ces trois puissances ne prennent aucune part au

trafic des noirs.

«Mais le but dont les gouvernements de France et de la Grande-Bretagne

se proposent l'accomplissement, au moyen du traité en question, est

celui d'empêcher que les bandits et les pirates d'autres pays, qui

s'adonnent à ce commerce infâme, ne puissent se prévaloir des

pavillons des trois puissances, afin de poursuivre impunément leurs

criminelles entreprises.

«HUMMELAUER, H. SÉBASTIANI, PALMERSTON,

BULOW, POZZO DI BORGO.»

Le projet intitulé _Annexe A_ et que je tiens dans mes mains est

exactement le même que le traité qui a été conclu le 20 décembre 1841;

à cela près que l'extension des zones y était beaucoup plus grande,

car dans le projet de traité de 1838 étaient comprises toute la côte

des États-Unis et toute la portion septentrionale de l'Amérique et de

l'Europe au-dessus du 32e degré de latitude nord, tandis que, dans le

traité de décembre 1841, toute cette portion de l'Europe et de

l'Amérique au nord du 32e degré de latitude est exclue; de sorte que,

dans le projet de 1841, le commerce entre l'Europe et les États-Unis

d'Amérique est à peu près complétement en dehors du droit de visite,

tandis que, dans le traité de 1838, il y était compris.

Voilà la seule différence essentielle qui existe entre le traité de

1838 et celui de 1841.

Ce projet de 1838 fut donc proposé, le 12 décembre 1838, aux trois

cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, par les plénipotentiaires de

France et d'Angleterre. Les plénipotentiaires de France et

d'Angleterre prièrent les plénipotentiaires des trois cours de

transmettre ledit projet à leurs gouvernements respectifs, dans

l'espoir que les arrangements qui y étaient contenus seraient trouvés

compatibles avec les droits et les intérêts des sujets des souverains

respectifs, et propres à faire cesser l'infâme trafic de la traite.

M. le général Sébastiani, qui venait de signer cette proposition

adressée aux trois cours du Nord, au nom de la France et de

l'Angleterre, transmit le protocole, le lendemain 13 décembre, au

ministre des affaires étrangères, par la lettre que voici:

_Le comte Sébastiani à S. Exc. M. le comte Molé._

«Londres, 13 décembre 1838.

«Monsieur le comte,

«J'avais reçu hier l'invitation de me rendre au Foreign-Office

conjointement avec les représentants d'Autriche, de Prusse et de

Russie. Lord Palmerston voulait communiquer aux trois cours du Nord,

par l'organe de leurs ambassadeurs à Londres, le projet de traité à

cinq pour la suppression de la traite que j'ai déjà eu l'honneur de

faire parvenir au gouvernement du roi dans les premiers jours de juin

1836.

«Les ambassadeurs de Russie, de Prusse et d'Autriche ont assuré lord

Palmerston que leurs gouvernements étaient très-disposés à concourir,

avec la France et l'Angleterre, à cette négociation, et ils ont pris

le projet de traité _ad referendum_.

«Lord Palmerston m'avait demandé, avant la conférence, si, dans le

protocole qui en serait dressé, il pourrait présenter le

plénipotentiaire de France comme s'unissant au plénipotentiaire

anglais, pour engager les trois cours à accepter le projet de traité

en question. Je crois qu'il est utile, en ce moment, dans une

négociation secondaire, de donner aux deux cabinets le même rôle et le

même langage. Je me suis toutefois réservé d'introduire dans le traité

les modifications que le gouvernement du roi jugerait convenable d'y

apporter. Je prierai Votre Excellence de vouloir bien me faire

connaître ses intentions à cet égard, aussitôt qu'elle aura le loisir

d'examiner le document imprimé que je joins à cette dépêche,

«Agréez, etc.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 191 / 219 题