«Monsieur le comte,
«La traite des noirs se continue sous les pavillons brésilien,
portugais et espagnol, avec des circonstances qui font honte à
l'humanité; les rapports qui nous sont parvenus à cet égard
s'accordent avec les renseignements qui ont été naguère révélés au
sein du parlement anglais.
«À part quelques causes secondaires que je ne relèverai pas ici,
c'est, il faut le reconnaître, la poursuite même dont cet odieux
trafic est l'objet qui a augmenté la cruauté de ceux qui s'y livrent;
cette poursuite n'est en effet, souvent, qu'une vaine menace dont les
trafiquants s'exagèrent les dangers sans renoncer à les braver. Ainsi,
lorsque les forces françaises et anglaises se trouvent réunies pour
empêcher la traite, ce n'est en réalité que la force anglaise qui peut
agir, puisque la France n'a pu encore obtenir le droit de visite à
l'égard des pavillons les plus compromis; et cependant il est certain
que la présence de nos forces doit inspirer aux négriers des
précautions qui malheureusement tournent toujours au détriment de
leurs victimes. Un tel état de choses ne peut durer, et en attendant
que les gouvernements européens se concertent sur un mode de
répression plus absolu, il faut au moins que celui qui a été adopté de
concert entre la France et la Grande-Bretagne devienne aussi efficace
qu'il peut et doit l'être.
«Je viens, en conséquence, d'inviter les agents du roi à Madrid, à
Lisbonne et à Rio de Janeiro, à appeler l'attention sérieuse et
immédiate des gouvernements auprès desquels ils sont accrédités, sur
les ouvertures qu'ils ont été chargés de leur faire pour obtenir leur
accession, vis-à-vis de la France, aux principes arrêtés entre nous et
l'Angleterre relativement à la répression de la traite, et à les
presser de conclure les arrangements que nous leur avons fait proposer
dans ce but.
«Je vous prie, monsieur le comte, de vouloir bien réclamer les bons
offices du gouvernement de Sa Majesté Britannique pour faire appuyer
les démarches que nos agents feront par suite de ces nouvelles
instructions.
«Agréez, etc.