7 février 1834.

«Monsieur,

«La France et la Grande-Bretagne, animées du désir de mettre un terme

à la traite des noirs par des moyens de répression plus efficaces, ont

signé, à cet effet, le 30 novembre 1831 et le 22 mars 1833, deux

conventions avec annexes dont j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint

deux exemplaires lithographiés. Ces annexes sont: 1º les instructions

générales et spéciales à donner aux commandants des bâtiments de

guerre respectifs; 2º des mandats destinés à les autoriser à visiter

les bâtiments des deux nations dans les parages déterminés, et 3º les

modèles de signaux à l'usage des croiseurs respectifs.

«Les deux gouvernements étant convenus, par un article de

l'arrangement du 30 novembre, d'inviter les autres puissances

maritimes à y accéder, vous voudrez bien, monsieur, simultanément avec

votre collègue (le ministre, l'ambassadeur d'Angleterre), qui a dû

recevoir des instructions analogues, transmettre cette invitation au

gouvernement de S. M. (l'empereur, le roi de...) par une note dont

vous trouverez ci-joint le projet arrêté de concert entre nous et le

cabinet britannique. Vous pourrez, si M. le ministre d'Angleterre s'y

trouve également autorisé, ajouter à la dernière phrase ces mots: _Et

à réaliser cette accession au moyen d'un traité formel_; nous avons

fait proposer cette addition au cabinet de Londres, en le faisant

toutefois seul juge de la convenance.

«La Russie, l'Autriche, la Prusse, etc., dont les sujets, il faut le

reconnaître, sont jusqu'ici demeurés presque entièrement étrangers à

l'odieux trafic des noirs, s'associeront sans doute avec empressement

aux vues philanthropiques qui ont dicté ces nouvelles conventions.

«Distinguant avec soin ce qui, dans la répression de la traite,

appartient au droit privé de chaque peuple et ce qui touche au droit

des gens, ce n'est que sur cette dernière partie de la question que la

France et l'Angleterre ont cherché à s'entendre. Placés sur ce terrain

et n'envisageant que l'intérêt de l'humanité, les deux gouvernements

se sont élevés au-dessus de vaines susceptibilités qui n'ont été que

trop souvent confondues avec les véritables sentiments de l'honneur

national, et ils n'ont pas hésité à accorder réciproquement à leurs

croiseurs le droit de visite sur les bâtiments marchands respectifs,

droit sans lequel la poursuite efficace des négriers est impossible.

Du reste, cette concession a été strictement renfermée dans les

limites où le besoin s'en faisait sentir, et entourée de précautions

sévères qui écartent jusqu'à la possibilité d'un abus.

«Mais il est facile de comprendre que cette entente nouvelle et

libérale entre la France et l'Angleterre ne peut produire tous ses

fruits que par l'adhésion des autres puissances maritimes, et surtout

de celles qui auraient moins de moyens de surveiller l'abus qui

pourrait être fait de leur pavillon dans les mers lointaines. Je

compte donc, monsieur, sur tout votre zèle pour déterminer, de concert

avec (M. l'ambassadeur, le ministre d'Angleterre), l'accession du

gouvernement aux conventions que vous êtes chargé de lui communiquer.

«Des démarches se poursuivent dans le même but auprès de plusieurs

puissances maritimes, et notamment auprès des États-Unis.

«Le Danemark qui, le premier, avait donné l'exemple de l'abolition de

la traite, a aussi été le premier à répondre d'une manière favorable à

la demande d'accession que la France et l'Angleterre s'étaient

empressées de lui faire adresser, et il sera signé prochainement entre

les trois puissances un traité formel d'accession qui contiendra en

même temps quelques dispositions exceptionnelles commandées par

l'infériorité des moyens de répression dont le Danemark peut

disposer.

«Recevez, etc.

«DE RIGNY.»

La Chambre voit comment, presque immédiatement après la convention de

1833, l'oeuvre annoncée dans celle de 1831 fut entreprise de concert

par la France et l'Angleterre. Tous les cabinets sans exception qui se

sont succédé depuis cette époque ont travaillé à cette même oeuvre; il

n'en est pas un seul qui l'ait abandonnée, pas un seul qui ne se soit

appliqué à étendre les conventions de 1831 et 1833, et à les faire

accepter par toutes les puissances maritimes de l'Europe.

En discutant les faits que l'honorable préopinant vient de rappeler,

j'omettrai ceux sur lesquels je n'ai aucune observation à faire.

En 1836, au mois de juin, le cabinet anglais communiqua au

gouvernement français un projet de traité qui contenait quelques

modifications à ceux de 1831 et 1833, et, entre autres, une extension

des zones où le droit de visite devait avoir lieu, extension beaucoup

plus considérable que celle qui a été écrite dans le traité du 20

décembre 1841. Ce projet de traité fut communiqué au cabinet français

dont l'honorable M. Thiers était alors président. L'honorable M.

Thiers le communiqua au ministère de la marine, ainsi que cela s'est

toujours fait, pour prendre son avis. En même temps, l'honorable M.

Thiers écrivit en Espagne pour annoncer qu'il était prêt à entrer en

négociation sur ce nouveau traité, et presser, en attendant, le

gouvernement espagnol d'accéder aux traités de 1831 et 1833; mais,

bien peu de temps après, le cabinet que présidait M. Thiers fut

renversé, et ne put donner aucune suite aux négociations qu'il avait

ouvertes. Je n'ajoute rien à cet égard; je tiens simplement à

constater qu'il les avait ouvertes.

En 1838, l'honorable comte Molé, poursuivant l'oeuvre annoncée en

1831, c'est-à-dire l'acceptation unanime par toutes les puissances de

l'Europe des traités de 1831 et de 1833, écrivit à M. l'ambassadeur

d'Angleterre, alors M. le comte Sébastiani, à la date du 11 février

1838:

_Le comte Molé à M. le comte Sébastiani, à Londres._

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 189 / 219 题