M. LE COMTE MOLÉ.--Je demande la parole.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Je m'étais étroitement

renfermé dans le présent, dans les faits qui m'étaient personnels et

dans la responsabilité qui s'y attachait. Mais, après le discours que

la Chambre vient d'entendre, il m'est impossible de persister dans

cette réserve, de ne pas entrer dans l'examen des faits antérieurs, de

ne pas exposer quelles circonstances, quelles négociations ont amené

cette question au point où je l'ai trouvée en 1840, quand le roi m'a

fait l'honneur de me confier ses affaires en Angleterre, et en 1841,

quand le traité du 20 décembre a été conclu.

En même temps, j'insiste pour que la Chambre veuille bien le

remarquer; ce n'est ni par mon fait, ni de mon choix, c'est par

nécessité que j'entre dans l'examen du passé, auquel, du reste, j'ai

été tout à fait étranger.

Je ne remonterai point jusqu'à la Restauration; je ne pourrais

discuter aucun des faits que vient de rappeler l'honorable préopinant;

je me renferme dans la seule époque que je connaisse, dans ce qui

s'est passé depuis 1830.

La convention de 1831, conclue par l'honorable général Sébastiani,

comme ministre des affaires étrangères, se terminait par cet article

(9): «Les hautes parties contractantes au présent traité sont d'accord

pour inviter les autres puissances maritimes à y accéder dans le plus

bref délai possible.» La France et l'Angleterre prenaient l'une envers

l'autre l'engagement d'inviter les autres puissances maritimes à

accéder au traité qu'elles venaient de conclure.

Je voudrais, non pour entrer dans le fond même de la question, mais

pour faire bien apprécier les faits, indiquer à la Chambre

l'importance et la portée de cet engagement.

Chaque puissance avait plus ou moins bien réussi, par des lois

intérieures, à réprimer la traite dans ses propres colonies. Je

comprends qu'on ait cru et qu'on ait dit qu'il suffisait de lois

intérieures pour empêcher la traite dans les colonies de la France ou

de l'Angleterre. Mais ce n'était plus de cela qu'il s'agissait; il

s'agissait de réprimer la traite faite par des bâtiments français ou

anglais dans les pays qui la permettaient encore, dans les pays qui

recevaient encore des esclaves. Il ne s'agissait plus d'empêcher

l'importation des esclaves à la Martinique, à la Guadeloupe ou dans

les colonies anglaises; il s'agissait d'empêcher que des bâtiments

français ou anglais ne fissent la traite au profit de Cuba, du Brésil,

des autres portions du territoire américain qui continuaient à en

accepter les fruits. C'est pour cela, c'est pour réprimer cette

traite-là, et non pas la traite dans nos propres colonies, que

l'article dont je parle a été inséré dans la convention de 1831, et

que le droit de visite a été nécessaire.

Tel fut le but réel de la convention de 1831, et, un peu plus tard, de

celle de 1833.

Peu après la convention de 1833, la France, comme l'Angleterre, mit la

main à l'oeuvre pour exécuter réellement l'art. 9, et obtenir

l'accession de toutes les puissances maritimes aux conventions

conclues entre elles. Le 7 février 1834 M. l'amiral de Rigny, alors

ministre des affaires étrangères, écrivit la lettre que voici:

_M. le comte de Rigny, ministre des affaires étrangères, à MM. les

ambassadeurs et ministres du roi près les cours de Saint-Pétersbourg,

Berlin, Vienne, Turin et Naples._

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 188 / 219 题