_M. le ministre des affaires étrangères._--La Chambre sait bien que je
n'ai pas l'intention d'éluder la discussion, et que je ne dissimule
aucune des objections. Je ne veux échapper à rien, rien éluder; on
montera après moi à cette tribune; j'y remonterai, s'il est
nécessaire; mais aucune interruption n'est utile.
Le but du nouveau traité, comme des premières conventions, n'est
autre, messieurs, que de réprimer efficacement, réellement, d'abolir,
s'il se peut, la traite des nègres. On a dit et on disait tout à
l'heure à cette tribune que l'Angleterre se proposait de tout autres
desseins, et que des intérêts fort temporels, fort mondains, étaient
sa véritable pensée. Messieurs, je ne contesterai jamais la présence,
le mélange des intérêts personnels et temporels au milieu des plus
nobles et des plus désintéressés sentiments. Cela existe; c'est la
condition de notre nature, la condition de la société humaine. Mais ne
croyez pas qu'il ait jamais été donné à des intérêts égoïstes
d'exciter dans le monde un mouvement pareil à celui qui a déterminé de
grands peuples à s'imposer de grands sacrifices pour abolir la traite
des nègres. Ne croyez pas qu'il ait été donné à une prétention
ambitieuse d'imprimer une telle impulsion aux hommes, et d'atteindre
de tels résultats. Non, messieurs, quel qu'ait été le mélange des
intérêts personnels, de l'ambition, ou de l'égoïsme national, c'est un
mouvement moral, c'est l'ardent désir de mettre fin à un commerce
honteux, c'est le désir d'affranchir une portion de l'humanité
(_Très-bien! très-bien!_) qui a lancé et accompli cette oeuvre.