M. ESTANCELIN.--Oui, je demande à faire une observation.

_M. le ministre des affaires étrangères._--La Chambre sait bien que je

n'ai pas l'intention d'éluder la discussion, et que je ne dissimule

aucune des objections. Je ne veux échapper à rien, rien éluder; on

montera après moi à cette tribune; j'y remonterai, s'il est

nécessaire; mais aucune interruption n'est utile.

Le but du nouveau traité, comme des premières conventions, n'est

autre, messieurs, que de réprimer efficacement, réellement, d'abolir,

s'il se peut, la traite des nègres. On a dit et on disait tout à

l'heure à cette tribune que l'Angleterre se proposait de tout autres

desseins, et que des intérêts fort temporels, fort mondains, étaient

sa véritable pensée. Messieurs, je ne contesterai jamais la présence,

le mélange des intérêts personnels et temporels au milieu des plus

nobles et des plus désintéressés sentiments. Cela existe; c'est la

condition de notre nature, la condition de la société humaine. Mais ne

croyez pas qu'il ait jamais été donné à des intérêts égoïstes

d'exciter dans le monde un mouvement pareil à celui qui a déterminé de

grands peuples à s'imposer de grands sacrifices pour abolir la traite

des nègres. Ne croyez pas qu'il ait été donné à une prétention

ambitieuse d'imprimer une telle impulsion aux hommes, et d'atteindre

de tels résultats. Non, messieurs, quel qu'ait été le mélange des

intérêts personnels, de l'ambition, ou de l'égoïsme national, c'est un

mouvement moral, c'est l'ardent désir de mettre fin à un commerce

honteux, c'est le désir d'affranchir une portion de l'humanité

(_Très-bien! très-bien!_) qui a lancé et accompli cette oeuvre.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 163 / 219 题